Start-up : un booster pour l'immunothérapie

Li Tang, cofondateur de la start-up Leman Biotech et professeur à l'EPFL© 2022 Alain Herzog

Li Tang, cofondateur de la start-up Leman Biotech et professeur à l'EPFL© 2022 Alain Herzog

Leman Biotech, spin-off de l’EPFL, développe une protéine capable de booster l’action de l’immunothérapie dans le traitement de certains cancers. Elle vient de clore un premier tour de financement de 11 millions de dollars.

L'immunothérapie, qui vise à dynamiser le système immunitaire du patient, représente un traitement très efficace pour certains cancers. Pourtant dans deux tiers des cas, il n’a aucun effet en raison d’un épuisement des lymphocytes T, principaux acteurs dans le combat contre les cellules cancéreuses. L’une des pistes suivies par les scientifiques pour améliorer ce taux d’efficacité est la mise au point de « boosters » qui donnent une seconde jeunesse aux lymphocytes fatigués. Sortie d’un laboratoire de l’EPFL il y a moins de six mois, Leman Biotech teste une protéine-booster prometteuse, dont l’efficacité sur les souris est proche des 90%. Elle vient de clore une première levée de fonds de 11 millions de dollars.

Des tests précliniques très prometteurs

Au printemps 2021, le Laboratoire de biomatériaux pour l’immunoingénierie de l’EPFL, en collaboration avec une équipe interdisciplinaire d’autres universités, publiait dans Nature Immunology le résultat de ses recherches autour d’une protéine artificielle, l’interleukin-10-Fc, utilisée comme booster pour l’immunothérapie. Les lymphocytes T visés sont les CD8+, qui jouent un rôle crucial dans la défense de l’organisme contre les cellules cancéreuses. Pour leur donner une seconde jeunesse et les aider à continuer le combat contre les cellules cancéreuses, la protéine artificielle doit pénétrer dans les mitochondries, véritables centrales énergétiques des cellules. Alors qu’elles sont au bord de l’épuisement, la nouvelle protéine artificielle entre discrètement dans leur mitochondrie, en s’associant à un convoyeur habituel -le transporteur de pyruvate-, et reprogramme ni vu ni connu le métabolisme. Ainsi revigorés, les lymphocytes T repartent efficacement au combat.

Cette nouvelle protéine a fait l’objet de plusieurs études précliniques sur des souris. Les résultats sont prometteurs puisqu’en complément d’un traitement d’immunothérapie, plus de 90 % des rongeurs ont été guéris. « Nous avons, ces derniers mois, mené des études précliniques sur plusieurs types de tumeurs humaines greffées sur des modèles animaux. Les résultats sont toujours aussi encourageants et les souris ont ensuite une longévité normale », souligne Li Tang, professeur de l’EPFL.

Une protéine qui pourrait être utilisée en complément de traitements existants

À la suite des premiers résultats prometteurs, Li Tang a déposé des brevets avec l’aide de l’Office de transfert de technologie de l’EPFL (TTO) et créé la start-up Leman Biotech. Comme le souligne Natalia Giovannini, du TTO, « deux éléments nécessitaient d’être protégés : le fragment de protéine (interleukin-10-Fc) utilisé pour la modification du métabolisme des cellules T ainsi que les cellules qui portent ces fragments ». Son innovation ainsi protégée, Leman Biotech espère conclure ses essais précliniques et obtenir les autorisations sanitaires nécessaires d’ici deux ans afin de débuter les essais cliniques. Le principe d’administration de cette protéine ne diffère pas des procédés connus, comme la thérapie CAR-T, et déjà utilisés dans les hôpitaux. Le principe est un prélèvement de sang du patient, dont les cellules T vont subir un traitement d’immunothérapie associée à ce booster, avant d’être réinjectées.

La chasse aux talents pour un démarrage rapide

La start-up s’est d’ores et déjà assuré un premier financement de 11 millions de dollars. « Une marque de l’intérêt porté à cette innovation, estime Natalia Giovannini. Il s’agit d’un montant conséquent pour un premier tour ». Cela permet à la jeune entreprise d’envisager un démarrage rapide. « Nous avons d’ores et déjà ouvert deux laboratoires. Un dans les locaux de Superlab Suisse, au Biopôle à Épalinges et l’autre au sud de la Chine où se trouve mon cofondateur », souligne Li Tang qui se réjouit de pouvoir embaucher plusieurs chercheurs ainsi que du personnel technique et administratif. « Nous allons lancer des offres d’emploi ces prochaines semaines », se réjouit-il.

https://actu.epfl.ch/news/une-proteine-modifiee-booste-les-cellules-anti-can/