«Faire évoluer les pratiques architecturales»

Emmanuel Rey, responsable du  Laboratoire d’architecture et technologies durables - 2025 EPFL/Alain Herzog - CC-BY-SA 4.0

Emmanuel Rey, responsable du Laboratoire d’architecture et technologies durables - 2025 EPFL/Alain Herzog - CC-BY-SA 4.0

Architecte et professeur associé, Emmanuel Rey a fondé le Laboratoire d’architecture et technologies durables (LAST) il y a 15 ans. Pionnier de l’intégration des questions environnementales et climatiques dans la culture du bâti à l’EPFL, il crée inlassablement des synergies entre enseignement, recherche et pratique.

Aussi loin qu’il s’en souvienne, Emmanuel Rey a toujours été intéressé par les espaces et comment les transformer. C’est la construction de la maison de ses parents dans sa petite enfance en Valais qui fut sans doute le déclencheur d’une passion pour sa future profession. Architecte, il le deviendra comme une évidence, tout en étant habité très tôt par les enjeux environnementaux et climatiques. Alors étudiant en deuxième année d’architecture à l’EPFL, sa prise de conscience se matérialise en 1992 pendant le Sommet de la Terre de Rio. Depuis, tous ses choix professionnels tournent autour du projet architectural intégrant des enjeux de durabilité.

Son Master achevé, il poursuit, parallèlement à sa pratique professionnelle, sa quête de connaissance avec une formation postgrade en architecture et développement durable en 1998-99. Pionnière dans son domaine, elle est dispensée conjointement par plusieurs universités européennes et l’EPFL. Un jalon marquant à cette occasion: la visite du chantier du bâtiment principal de l’Office fédéral de la statistique à Neuchâtel, imaginé par le bureau d’architecture Bauart, avec l’application concrète de principes bioclimatiques associés aux questions d’énergie renouvelable et de construction écologique.

Atelier Rhodanie urbaine à Avignon. © EPFL / LAST / Olivier Wavre

La philosophie de Bauart, basé à Berne, Neuchâtel et Zurich, résonne avec la sienne et une collaboration démarre en 2000 avant qu’Emmanuel Rey ne devienne associé du bureau quatre ans plus tard. À Neuchâtel, il conçoit et réalise avec sa nouvelle équipe le quartier Ecoparc sur le plateau de la gare. «L’idée était de transformer le lieu et les bâtiments en intégrant une approche de la transition écologique à tous les niveaux. À l’époque, la démarche était rare à l’échelle d’un quartier urbain, en intégrant simultanément des questions de densité, mixité, mobilité, urbanité, énergie et environnement. Ce quartier pilote construit sur 15 ans et plusieurs fois primé est devenu une référence en la matière», se souvient Emmanuel Rey. Ce vaste chantier fut aussi à l’origine de sa thèse de doctorat à l’Université catholique de Louvain, qu’il a menée conjointement avec l’objectif de théoriser la régénération des friches urbaines comme alternative durable à l’étalement urbain. Une recherche qui sera couronnée du prix européen Gustave Magnel en 2009.

Travailler sur la ville existante

L’équilibre entre pratique et académie nourrit le quotidien d’Emmanuel Rey, qui portera dès 2010 les casquettes d’architecte, professeur et fondateur du Laboratoire d’architecture et technologies durables (LAST) à la Faculté de l’environnement naturel, architectural et construit. «Mon envie profonde a toujours été de faire évoluer les pratiques architecturales. Être sur le terrain me permet d’accumuler de l’expérience afin de pouvoir mieux transmettre». Son fil rouge est inscrit au cœur du laboratoire qui a fêté ses 15 ans l’année dernière. Le LAST est le premier à intégrer concrètement les questions liées au projet architectural, la transition écologique et l’adaptation climatique au même niveau. Au centre de ses recherches: les territoires déjà urbanisés et comment les transformer et les régénérer dans une optique de société bas carbone. Mêlant transformation de l’existant et nouvelles constructions, on y explore aussi bien les quartiers en transition, les bâtiments bioclimatiques que les composants innovants.

Projet de recherche Working Space, dispositif pour la surélévation des bâtiments administratifs existants. © EPFL / LAST / Olivier Wavre

Emmanuel Rey y a notamment généralisé l’approche de «research by design», soit l’utilisation du projet architectural comme outil de connaissance et de recherche. L’un des derniers exemples en date est le projet d’enseignement et de recherche baptisé Rhodanie urbaine. Il s’intéresse au devenir des rives urbaines le long du Rhône. Un travail collaboratif où architectes, spécialistes, étudiantes et étudiants ont développé et comparé des visions prospectives pour la densification qualitative de quatre lieux sélectionnés en Suisse et en France, avec, à la clé, le développement de plusieurs outils spécifiques d’aide à la décision.

Rester en mouvement

La démarche du LAST – travailler à l’échelle du quartier et transformer les bâtiments existants – a également convaincu les Académies suisses des sciences, qui ont distingué pour la première fois en 2015 un laboratoire d’architecture du Prix suisse de la recherche interdisciplinaire (td-award) pour son projet Green Density sur les quartiers en transition. Parallèlement à l’enseignement au sein de son atelier, une autre source de grande satisfaction dans le quotidien d’Emmanuel Rey est la supervision du travail des doctorantes et doctorants, 12 à ce jour. «C’est un vrai épanouissement de transmettre une passion.»

À l’heure où les enjeux climatiques réveillent les craintes d’un avenir sombre, l’architecte, lui, explique rester en mouvement. «La situation actuelle ne doit pas nous empêcher d’agir. Viser l’action concrète est un bon moyen de dépasser des postures de dogmatisme idéologique, de fuite du réel ou de repli résigné. Par son caractère inventif et transformateur, le projet architectural est dans ce sens un outil particulièrement stimulant pour affronter la complexité.»

Creative Factory, transformation d’un ancien centre logistique en édifice multifonctionnel à Renens. © Bauart


Auteur: Rebecca Mosimann

Source: People

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