Des initiatives pour soutenir les étudiants avant les examens

Les étudiants en sciences de l'ingénierie et de l'environnement parviennent à trouver des créneaux pour se retrouver en petits comités sur le campus et travailler ensemble. © 2020 Alain Herzog

Les étudiants en sciences de l'ingénierie et de l'environnement parviennent à trouver des créneaux pour se retrouver en petits comités sur le campus et travailler ensemble. © 2020 Alain Herzog

Les étudiants et étudiantes de l’EPFL se préparent à passer leur seconde période d’examen en temps de coronavirus. Entre cours à distance, manque de lien social, difficulté à maintenir une routine de travail, il n’est pas toujours évident de rester motivé. Pourtant des solutions existent. L’EPFL s’engage à soutenir les étudiants, et les initiatives ne manquent pas pour permettre à tous d’aborder la fin de semestre aussi sereinement que possible.

Alors que les premières neiges tombent sur Lausanne, quelques dizaines d’étudiants bravent le froid devant les food trucks du campus de l’EPFL. Après avoir réservé un créneau pour venir sur le campus, beaucoup sont là pour réviser, seuls ou en petits groupes, à un mois du début des examens de fin de semestre. Pour certains, c’est une nécessité, le calme du Rolex Learning Center ou des quelques salles encore ouvertes leur offrant une échappatoire hors d’un foyer familial bruyant ou d’une petite chambre d’étudiant, la connexion internet stable en prime. Pour d’autres, c’est l’occasion de retrouver des amis ou des groupes de travail, à condition de porter un masque et de respecter les distances de sécurité. 

« Vous arrivez à suivre les séries d’exercice en maths ? » demande un jeune homme à deux camarades qui se frottent les mains dans le froid, en attendant de commander un plat thaïlandais. « Pas vraiment, c’est super difficile à distance, perso j’ai du mal à me concentrer », répond son amie.

Arriver à rester motivés dans le contexte actuel peut s’avérer ardu pour les étudiants, qui ont connu dès le début de semestre des cours donnés au tiers en présentiel, puis un passage au 100% en ligne dès novembre. La disparition du cadre académique habituel, des interactions en cours, pendant les pauses ou à la fin de la journée, la difficulté de rester longtemps concentré sur Zoom ou de poser des questions, sans oublier le format inédit de la session d’examens de la session d’hiver, qui se déroulera en partie à distance, en a déstabilisé plus d’un. 

« L’accès restreint au campus change tout, affirme Manon Boissat, étudiante en troisième année de bachelor génie électrique et électronique et vice-présidente de l’Association Générale des Étudiant·e·s de l'EPFL (AGEPoly). C’est aussi pour ça qu’on avait demandé la non comptabilisation des échecs aux examens, parce qu’il n’est pas évident de savoir si on pourra avoir un 4 ou non quand on ne voit pas ses amis, qu’on ne peut pas se comparer aux autres. » En effet, cet hiver l’EPFL permet exceptionnellement aux étudiants ayant obtenu une note inférieure à 4 de repasser l’épreuve échouée à la prochaine session d’hiver sans que cela compte comme une nouvelle tentative. En cas de seconde tentative, le Service académique conservera uniquement la meilleure des deux notes sur le bulletin de notes.

En fin d'article, retrouvez des témoignages d'étudiants et étudiantes de l'EPFL, et une liste de liens utiles

Multitude d’initiatives

Le déroulement des examens reste pour autant « le plus grand facteur d’incertitude sur le futur de la vie de chaque étudiant, et l’incertitude est une grande source de stress et de démotivation », conclut le rapport du dernier sondage de l’AGEPoly, paru le 16 novembre, et auquel plus de 6 800 étudiants de l’EPFL ont répondu.

Extrait du groupe Facebook "EPFL memes" montrant que les prochains examens sont une préoccupation majeure. © 2020 EPFL memes

Pour faire face à la situation, une multitude d’initiatives ont éclos sur le campus, à tous les niveaux : entre les étudiants, de la part des associations de section, des membres du corps enseignant, de la Vice-présidence pour l'Éducation… Chacun a appris du semi-confinement du printemps, alors totalement inédit. 

L’une des principales nouveautés ce semestre, c’est le système de mentorat, destiné aux étudiants en première année de bachelor, pour qui tout est nouveau et qui n’ont pas forcément eu l’occasion de se faire des amis ou créer des groupes de travail avant la fermeture du campus. Mis en place par l’AGEPoly et les sections avec l’appuis de la Vice-présidence pour l'Éducation de l’EPFL, le projet consiste à assigner une dizaine d’entre eux à un « mentor » de deuxième ou troisième année de bachelor, voire de master, qui les soutient. « Notre idée était de faire un système où l’aide va vers les étudiants : les mentors encouragent à demander de l’aide, à poser des questions. Ils et elles créent aussi un esprit de groupe en faisant travailler tout le monde ensemble, pour que la dynamique de travail ne soit pas perdue », explique Nicolò Ferrari, étudiant en troisième année de bachelor physique et président de l’AGEPoly. S’il regrette que le système ait été mis en place un peu tard dans le semestre, menant une partie des premières années à ne pas s’y greffer, il se félicite des retours positifs.

« Même en temps normal, la première année de bachelor à l’EPFL est très difficile. Ça a été accentué cette année par l’impossibilité de se voir, l’absence de rapport avec les autres étudiants en série d’exercices ou en tutorat. Une partie a retrouvé la motivation grâce au mentorat et se sont rendus compte qu’ils et elles n’étaient pas seuls dans la galère. C’est rassurant et motivant, en plus du soutien académique très utile que ça apporte », ajoute Jeanne Estienne, étudiante en première de master Sciences et ingénierie de l’environnement et responsable d’AGEPolytique.

« Accompagner au mieux »

La sensation de solitude, l’isolement, le stress, la perte de motivation ou la crainte de ne pas être prêt pour janvier touche les étudiants de l’EPFL au-delà de la première année de bachelor, bien que celles et ceux en master semblent s’être relativement mieux adaptés. La Consultation sociale du Service des affaires estudiantines (SAE), continue d’accompagner en entretien individuel les étudiants de tous cursus sur ces thématiques. Elle s’est également mobilisée avec l’AGEPoly pour mettre en place le groupe de travail Helping Hand. Suivant des thèmes en lien avec le déroulement du semestre, une newsletter est envoyée chaque lundi à la communauté estudiantine, avec des actions comme les Bots Telegram ou le projet PolyPrev Bridge. Et chaque jeudi paraissent des « tips » sur le bien-être signés de la Consultation sociale du SAE, qui regroupe les ressources à disposition pour améliorer son bien être pendant les études.

Une partie des étudiants et étudiantes a retrouvé la motivation grâce au mentorat et se sont rendus compte qu’ils et elles n’étaient pas seuls dans la galère.

Jeanne Estienne, responsable d’AGEPolytique.

« Avec la situation actuelle, l’équilibre et le bien-être des étudiants et étudiantes sont fragilisés. La perte de repères amène certains à mettre de côté la gestion de soi (avoir une routine, manger sainement, dormir correctement, faire un planning d’activités…), qui est importante pour bien fonctionner dans ses études, explique Nathalie Ritter, responsable du SAE. C’est pourquoi, la Consultation sociale et notre collaboration au Helping Hand est importante car elle essaie de donner des ressources pour les accompagner au mieux. »

Astuces individuelles

Entre eux, les étudiants de l’EPFL font aussi preuve de solidarité et de résilience pour aborder les examens le plus sereinement possible. Dans l’habituellement très animé bâtiment GR, fief des étudiants en Sciences et ingénierie de l’environnement, quelques éclats de rire rompent avec le silence du campus. Diama, Henri et Violette, en deuxième année de bachelor, et David, en première année de master, parviennent à venir assez souvent, en s’inscrivant au préalable sur l’appli EPFL Campus qui limite l’accès au campus à 1000 personnes par jour. « Ce qui m’avait vraiment motivée en première année, c’était de travailler avec des gens, d’être avec mon groupe d’étude. Là, comme on est chacun chez soi, si je ne vais pas en cours, personne ne me le fera remarquer. On travaille seuls, on a moins de motivation… ça nous pousse vraiment vers le haut de travailler dans les lieux communs », explique Diama Bassé, par ailleurs mentor de huit étudiants. 

Extrait du groupe Facebook "EPFL memes" © 2020 EPFL memes

De son côté, Marie-Lise Bellemin-Magninot, étudiante en première année de bachelor en Ingénierie des sciences du vivant, tiens le rythme sans venir sur le campus et profite de la présence de son copain et de ses colocataires, aussi étudiants à l’EPFL et à l’UNIGE. « C’est compliqué de se motiver, mais c’est possible. Je me lève le matin pour suivre les cours en direct sur Zoom. Je fais une des tâches de ma ‘to do list’, et je prends 15 minutes de pause, pendant laquelle je fais autre chose, avec une minuterie. Ceci quatre à cinq fois par jour, A midi, on prend vraiment le temps de se faire à manger, on cuisine, on pense à autre chose », explique-t-elle.

D’autres ont trouvé des astuces techniques, comme Diego Dorn, étudiant en troisième année de bachelor mathématiques. « J’ai essayé plusieurs techniques de travail qui n’ont pas marché, et jusqu’au trois quarts du semestre je n’avais pas suivi la moitié des cours. Récemment, j’ai trouvé l’astuce de programmer mon ordinateur pour qu’il se mette en veille automatiquement à 21h. Ça me force à stopper le travail et prendre le temps de réfléchir sur ce qui s’est bien passé dans la journée, comment améliorer ma technique de travail, mais aussi me poser, préparer les vêtements du lendemain, ranger mon studio ». Depuis, il dort mieux, arrive mieux à se concentrer, et a arrêté de travailler le plus longtemps possible. 

Autant de techniques qui permettront aux étudiants, avec le soutien de l’EPFL, d’aborder un peu plus sereinement les examens et le prochain semestre, en attendant le retour des cours en présentiel, des soirées étudiantes et des éclats de rire sur tout le campus.

Témoignages d’étudiants : quelques conseils pour se motiver individuellement ou collectivement

  • Léo Theytaz - Bachelor 3 en informatique
« Pour ce qui est du stress, la méditation et le sport m'ont passablement aidé. »
  • Antoine Fontaine – Bachelor 3 en microtechnique
« Pour éviter l’isolement, j'essaie de voir des amis “physiquement” environ une fois par semaine, plus si possible. Et ce, même si l'emploi du temps d'un étudiant EPFL à plein temps tend à être trop chargé pour que cela soit raisonnable académiquement parlant. »
  • Lola Bardel – Bachelor 3 en ingénierie des sciences du vivant
« Avec les équipes de l'AGEPoly, nous sommes fiers d'avoir pu mettre en place des initiatives pour alléger l'ambiance et animer le "campus virtuel", notamment avec AfterPoly (des concerts tous les samedis), AGEP's got talent (un concours de talent à distance) et la décoration de Noël du campus.»
  • Marie-Lise Bellemin-Magninot - Bachelor 1 en ingénierie des sciences du vivant
« Avec mon copain, nous travaillons en face l’un de l’autre. Ça aide à garder la motivation et ne pas décrocher.»»
  • Maxime Roux – Bachelor 5 en physique
« À JDR-Poly, la commission associative qui promeut le Jeu de Rôle au sein de l’EPFL dont je suis président, nous avons organisé une vingtaine d'événements en ligne auxquels ont participé près de 500 étudiants depuis le début de l’épidémie. Les étudiants en informatique de notre comité ont notamment développé des logiciels afin d'organiser des évènements à distance tout en restant innovant, comme des scénarios d’enquêtes interactives en ligne. Nous mettons un point d’honneur à proposer aux étudiantes et étudiants qui ont besoin de se changer les idées, la possibilité de passer des soirées sur le thème du jeu de rôle tout en respectant les contraintes sanitaires. »
  • Sam Rahnemayan – Bachelor 3 en microtechnique
« Avec le Coaching General, nous allons envoyer des cartes de Noël aux 1ere années dans le but de les aider à garder le moral. Un petit truc, mais qui peut faire toute la différence. »
  • Maxence Grangeot, Master 3 en architecture
« Les masters ont essayé de tirer la situation à leur avantage, le passé en bachelor ayant permis de s’adapter relativement bien à certains processus des projets. On est plus sereins surtout en dernière année où on est assez libres avec un projet plus personnel, Zoom permettant de voir les profs. »
  • Diama Bassé, Bachelor 3 en Sciences et ingénierie de l’environnement
« J’ai appris dans ma première année qu’il ne faut pas se poser trop de questions, que plus on passe de temps à stresser, moins on en passe à travailler efficacement. Stresser fait perdre ses moyens et n’apporte rien. »