Voir à nouveau la lumière grâce à une rétine artificielle

L'implant "Argus II" de Second Sight

L'implant "Argus II" de Second Sight

Une prothèse rétinienne permet à des patients privés de la vue par une maladie appelée rétinite pigmentaire de retrouver une forme de vision. La société Second Sight, dont l’antenne européenne est installée au Parc scientifique de l’EPFL,a obtenu hier l’autorisation de la commercialiser en Europe.

Pour les personnes atteintes de rétinite pigmentaire, c’est un peu de lumière au bout du tunnel. La société Second Sight Medical Products, dont l’antenne européenne est installée au Parc scientifique de l’EPFL, a développé une prothèse de la rétine qui leur redonne la capacité de discerner à nouveau leur environnement. Elle vient de recevoir la certification CE lui permettant de commercialiser cette invention en Europe.

Cette maladie dégénérative prive progressivement les patients de la vue. Ils perdent généralement la vision nocturne entre 10 et 20 ans, la vision périphérique entre 20 et 30 ans, et deviennent finalement totalement aveugles autour de 40 ans. Elle touche une personne sur 4’000 et est la cause de cécité la plus fréquente chez les personnes d’âge intermédiaire dans les pays développés. Elle est provoquée par une mutation génétique dans les bâtonnets, puis dans les cônes, les deux cellules photo-réceptrices de la rétine.

Contourner ces cellules abîmées est précisément le rôle de l’implant que propose la société Second Sight. Une petite caméra apposée sur une paire de lunettes enregistre une image, qui est transformée en impulsions électriques et transmise à un récepteur situé au fond de l’œil. Implanté sur la rétine, celui-ci envoie ces impulsions aux neurones. Le cerveau se sert de ces signaux pour reconstruire une image.

«La vision que notre appareil procure aux patients n’est pas comme celle que l’on a à l’état naturel et ne peut pas la remplacer, commente Grégoire Cosendai, directeur du bureau européen de Second Sight. Il leur amène principalement un confort supplémentaire dans leur vie quotidienne, pour se déplacer ou cuisiner par exemple.»

La prothèse rétinienne a été implantée à ce jour sur trente patients à titre d’essais cliniques. Tous ont retrouvé la faculté de faire la différence entre le jour et la nuit. Vingt-neuf d’entre eux arrivent à localiser un objet dans une pièce. 57% détectent des mouvements autour d’eux tandis que 80% peuvent distinguer des lettres sur un écran – bien que certains aient besoin, pour cela, de plus de temps que d’autres. Et enfin, sept personnes ont constaté une nette amélioration de leur acuité visuelle et parviennent à lire par exemple les gros titres d’un journal. «Les résultats dépendent du positionnement de l’implant sur la rétine, et aussi de la manière, différente d’un individu à l’autre dont celle-ci se réorganise après l'opération», ajoute Grégoire Cosendai.

Second Sight travaille maintenant à la deuxième étape du projet : améliorer le système en collaboration avec trois équipes de recherche de l’EPFL – le Laboratoire d’analyse du mouvement, le Laboratoire de microsystèmes et le Laboratoire de mécanique appliquée et d’analyse de fiabilité. Il s’agit notamment de développer le système qui permet de transformer l’image de la caméra en impulsions électriques interprétables par le cerveau, de mieux comprendre les différences de résultats obtenus auprès des patients et de pouvoir ensuite adapter l’appareil aux besoins spécifiques de chacun.


Auteur: Sarah Perrin
Source: EPFL