«Vingt étudiantes peuvent impressionner plus que cent pairs»

Mathieu Salzmann, meilleur enseignant 2025 de la Section humanités digitales. 2026 EPFL/Alain Herzog - CC-BY-SA 4.0
C’est par un apprentissage d’électronicien que Mathieu Salzmann a démarré son parcours. Désormais, le meilleur enseignant 2025 de la Section humanités digitales de l’EPFL figure parmi les spécialistes les plus pointus de l’apprentissage machine.
S’il fallait choisir quelqu’un pour illustrer la particularité et la flexibilité du système suisse de formation, Mathieu Salzmann serait le candidat idéal. C’est par un apprentissage d’électronicien que le meilleur enseignant 2025 de la Section humanités digitales de l’EPFL a débuté son parcours. Environ dix ans plus tard, il bouclait sa thèse de doctorat en informatique.
Le gymnase, ce spécialiste de l’apprentissage machine lui a bel et bien donné une chance. «Mais après une année, je me suis réorienté vers l’École des métiers.» Le maître d’enseignement et de recherche précise: «Si j’avais poursuivi les études gymnasiales, qui ne me convenaient pas vraiment, j’aurais peut-être été dégoûté des études.» Or, l’inverse s’est produit: après avoir décroché son CFC, le jeune homme a enchaîné sur une maturité professionnelle, qui lui a ouvert les portes de la Section informatique de l’EPFL.
Cette fibre pour les ordinateurs est venue progressivement. «Je ne suis pas un digital native. Je me souviens très bien du jour où ma mère, qui était enseignante, a rapporté son premier Mac à la maison.» L’adolescent apprivoise gentiment l’appareil - via les jeux vidéo - et manifeste un certain intérêt pour la programmation, «sans vraiment ‘passer à l’acte’». Il faudra pour ce faire, attendre les cours d’informatique de l’École des métiers, qui font partie de l’apprentissage d’électronicien.
Autour de la Planète
Une fois sa thèse (sur la reconstruction 3D de surfaces déformables à partir d’images) achevée à l’EPFL, Mathieu Salzmann met successivement le cap sur UC Berkeley et TTI-Chicago pour y effectuer des postdocs. Puis il s’exile encore plus loin, en Australie, en tant que chercheur pour un institut nommé NICTA, avec une affiliation à l’Australian National University.
En 2015, le chercheur rentre en Suisse, où il intègre le Laboratoire de vision par ordinateur (CVLab) de l’EPFL. Depuis 2024, l’informaticien a une casquette supplémentaire, celle de responsable adjoint de l’équipe «Recherche» au Swiss Data Science Center. Issue d’une initiative conjointe entre l’EPFL et l’EPFZ, rejointe plus tard par l’Institut Paul Scherrer, cette infrastructure nationale de recherche a pour mission d’encourager une science des données axée sur l’impact sociétal.
«Mon retour à l’EPFL correspondait plus ou moins au lancement du Master en humanités digitales», précise l’enseignant. C’est dans le cadre de ce nouveau programme que s’est développé le cours d’introduction à l’apprentissage machine de Mathieu Salzmann, qui, à partir de 2019, a servi de base à son cours de Bachelor de la Section informatique et communications.
L’erreur du débutant
«Il s’agissait de ma toute première charge de cours», rapporte le collaborateur du CVLab. «Même si j’avais l’habitude de donner des conférences devant des centaines de personnes, j’étais très impressionné de me retrouver tout à coup face à des étudiantes et étudiants», se souvient-il. Heureusement, «j’ai été surpris en bien».
Pour construire son cours, Mathieu Salzmann s’est inspiré d’enseignements dénichés en ligne. Son travail préparatoire minutieux ne lui a pas épargné quelques erreurs de débutant, dont une classique: «J’ai voulu fourrer beaucoup trop de matière dans le programme du premier semestre.»
Huit ans plus tard, il semble avoir pris ses marques, même s’il n’est pas à l’abri de temps à autre d’un nouveau défi. Cela a notamment été le cas en automne 2024, lorsque son cours en informatique a changé de format et que le nombre d’étudiantes et étudiants le suivant a bondi à 450.
Vers une culture de l’échec
Pour soutenir au mieux les jeunes dans leur apprentissage, l’enseignant consacre un soin tout particulier à la structure de ses cours. «Cela leur permet, tout au long du semestre, d’avoir un fil rouge sur lequel s’appuyer.» Il avoue par contre ne pas encore avoir trouvé la recette magique pour interagir avec l’ensemble de la classe, «et pas seulement avec les 2-3 mêmes personnes».
Contrairement à Mathieu Salzmann, la plupart des personnes qui fréquentent ses cours sont des digital natives. Cela ne veut pas dire pour autant qu’ils ont la science informatique infuse, avertit le spécialiste. «Je constate néanmoins qu’ils intègrent beaucoup plus rapidement les nouveautés technologiques, par exemple les derniers modèles d’intelligence artificielle, dans leurs projets.»
Cette évolution est à mettre en lien avec la démocratisation des outils technologiques, mais aussi avec un changement de paradigme. «La nouvelle génération est davantage encline à tester des choses, en se disant qu’en cas d’échec, rien ne peut lui arriver.»