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05.05.17 - Des chercheurs de l’EPFL ont développé une tablette tactile pour améliorer la mobilité des malvoyants. Le dispositif est capable de générer très rapidement des formes et des plans en relief, qui se lisent du bout des doigts. Il pourrait aussi aider les écoliers malvoyants, par exemple pour les cours de géométrie.

Les déplacements dans un lieu inconnu sont un réel défi pour les personnes malvoyantes. Afin de faciliter leur mobilité, des chercheurs de l’EPFL ont développé une tablette tactile légère et reconfigurable, capable de générer rapidement des formes et des plans. Les informations graphiques peuvent être «lues» par les utilisateurs, en effleurant la tablette des doigts. La recherche s’inscrit dans le cadre du projet européen Blindpad.

D’une taille de 12 centimètres sur 15, la tablette se compose de 192 petits boutons, qui peuvent chacun être mis en relief en quelques millisecondes. Ils permettent de composer quasi-instantanément des motifs aussi divers que les plans d’un bâtiment, la configuration d’une rue ou celle d’une salle de conférence, avec la possibilité de zoomer sur la région d’un plan.
La rapidité des actuateurs permet également de générer des vibrations pour chacun des boutons. Testée par plusieurs personnes malvoyantes, la technologie sera présentée le 6 mai à Denver lors de la Conference on Human Factors in Computing Systems (CHI 2017).

Des aimants pour économiser de l’énergie
Le mécanisme de la tablette est simple. Chaque bouton est composé d’un petit aimant, placé entre deux bobines et deux fines couches d’acier. Pour déplacer un bouton vers le haut ou le bas, un champ magnétique est activé pendant 5 millisecondes. Une fois déplacé, le bouton aimanté reste en position, collé à la couche d’acier. «Grâce à ce système, aucune énergie n’est requise pour maintenir le bouton en place», explique Herbert Shea, directeur du Laboratoire des microsystèmes pour les technologies spatiales de l’EPFL, à Microcity. «Cela permet une consommation d’énergie minimale». La tablette est par ailleurs équipée d’un système Bluetooth, et peut être couplée à des ordinateurs ou des tablettes numériques.

Un complément au braille ou à la canne blanche
Pour Herbert Shea, la tablette a sa place sur le marché des technologies pour les malvoyants. «Le braille permet de lire des textes, la canne blanche de repérer des obstacles de proximité. Notre tablette, qui serait peu coûteuse à fabriquer, vise à apporter des informations graphiques en temps réel, pour que l’utilisateur se représente mentalement la configuration d’un lieu, avant de s’y aventurer».

Venu tester un prototype de cette technologie directement à l’EPFL, Denis Maret approuve. «Pour l’instant, nous, les malvoyants, utilisons la canne blanche couplée à un GPS audio dans les lieux inconnus», explique-t-il. «Tout comme dans un véhicule, le GPS nous indique quand tourner. Mais nous n’avons pas de moyen de vérifier cette information, ni de nous représenter mentalement l’endroit où nous nous trouvons. Ces informations amélioreraient notre autonomie.»

Un support pour les enfants lors des cours
En plus d’être un outil d’orientation, la tablette est pressentie pour aider les écoliers malvoyants, dans les classes. «Lors d’un cours de géométrie, on pourrait imaginer connecter le tableau à la tablette, qui reproduirait instantanément toutes les formes et graphiques dessinées par le professeur», illustre Herbert Shea. Dans ce but et en collaboration avec les partenaires du projet, la tablette est actuellement testée par des enfants malvoyants en Pologne et en Italie, afin qu’ils réalisent des exercices éducatifs.

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Projet Européen Blindpad

Partenaires du projet :

- EPFL-Microsystems for Space Technologies Laboratory, Herbert Shea, Juan Zarate, Nadine Besse, Olexandr Gudozhnik et Anthony Ruch
- Istituto Italiano di Tecnologia (IIT) (coordinateur)
- GeoMobile GmbH
- Istituto David Chiossone Onlus per i ciechi e gli ipovedenti
- FIRR Fundacja Instytut Rozwoju Regionalnego
- ATEKNEA Solutions

Auteur:Laure-Anne PessinaSource:Mediacom
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