«Un superpouvoir, ça s'apprend aussi»

Clément Pit-Claudel est le lauréat de l'EPFL Award for Best Teaching 2026. EPFL/Lundi13/François Wavre -CC-BY-SA 4.0

Clément Pit-Claudel est le lauréat de l'EPFL Award for Best Teaching 2026. EPFL/Lundi13/François Wavre -CC-BY-SA 4.0

Professeur assistant à la Faculté informatique et communications, Clément Pit-Claudel est le lauréat de l'EPFL Award for Best Teaching 2026. Portrait d'un enseignant à la passion contagieuse.

«En informatique, comme en tout, on ne fera jamais de grandes choses sans avoir su faire les petites.» Clément Pit-Claudel a le sens de la formule qui claque. Le professeur assistant de 34 ans, qui dirige le Laboratoire systèmes et formalismes (SYSTEMF), a aussi une vision bien à lui de l'enseignement: concrète, exigeante, taillée pour faire grandir ses étudiantes et étudiants. Ce samedi 3 octobre, lors de la Magistrale, devant plus de 1500 nouveaux diplômés et diplômées de Master, cet art de transmettre lui a valu de recevoir l'EPFL Award for Best Teaching.

Titulaire d’un doctorat du MIT obtenu en 2022, le spécialiste des langages de programmation et de la vérification des logiciels est arrivé à l’EPFL l’année suivante. Depuis, il y dispense, avec Martin Odersky et Viktor Kunčak, le cours « Software Construction », CS-214 pour les intimes, soit jusqu’ à 400 étudiantes et étudiants de troisième semestre de Bachelor en informatique. «J'aime bien dire que je n'enseigne pas la programmation, mais plutôt l'ingénierie à travers le prisme du logiciel», résume le chercheur.

À la recherche du déclic

Face à des étudiantes et étudiants déjà riches d’un an de cours de codage, Clément Pit-Claudel vise à provoquer «un déclic». Pour ça, deux règles: qu’elles et ils perçoivent dès le premier jour la valeur de leur travail, et que les progrès puissent être mesurés au fil du semestre.

Dès l'entame, ils travaillent sur des logiciels utiles: un outil pour rechercher des fichiers, un programme qui résout des casse-têtes, etc. Au fil du semestre, chacune et chacun reprendra son code pour l'améliorer avec les notions nouvellement apprises. «Enfant, on vous montre des superhéros nés avec leurs superpouvoirs, image l’enseignant. Ils n’ont jamais besoin de les apprendre. En informatique, c’est différent: son superpouvoir, il faut l’acquérir! Quand ça arrive, vous réalisez que vous pouvez faire faire à l'ordinateur ce que vous voulez, et que vous comprenez tout ce qui se passe. C’est fabuleux!»

Le professeur dispense aussi un cours de Master et de Doctorat sur la preuve interactive de théorèmes, son domaine de recherche. Spécialisé dans les méthodes formelles, SYSTEMF cherche à traduire les programmes en équations mathématiques, pour prouver qu'ils fonctionnent plutôt que de se contenter de les tester.

L'IA change la manière de construire un programme, pas ce qu'il faut savoir pour garantir qu'il fait ce qu’il doit faire.

Clément Pit-Claudel, professeur au Laboratoire systèmes et formalismes

Cette rigueur, ses étudiants la développent en traquant les bugs comme des scientifiques: observer, formuler une hypothèse, la tester. Elle explique aussi pourquoi Clément Pit-Claudel a réintroduit les examens sur ordinateur, souvent abandonnés ces dernières années par les grands cours, faute de locaux. Quitte à mobiliser quatorze salles entre l'EPFL et l'UNIL: programmer sous contrainte, en conditions réelles, exerce selon lui «un muscle différent» de celui qu'on travaille sur papier. Tourné vers le collectif, il tient par ailleurs à rendre honneur au rôle primordial joué dans l’opération par ses deux co-enseignants, quatre doctorants «et une équipe de 20 étudiantes et étudiants de Bachelor et Master hyper motivés qui aident à faire tourner le cours et tiennent les séances d’exercices et de laboratoire.»

Reste la question de l’intelligence artificielle. Si les assistants de code permettent à chacun de créer — ce qu’il salue —, le professeur souligne que «prendre un taxi et savoir conduire, ce n'est pas la même expérience». «Un jour, mes étudiants seront responsables de systèmes dont dépendront peut-être des vies, dans le domaine médical ou pour réguler le trafic aérien, par exemple. Comme un ingénieur signe ses plans, je veux que mes étudiants soient capables d’affirmer: ce logiciel va marcher. L'IA change la manière de construire un programme, pas ce qu'il faut savoir pour garantir qu'il fait ce qu’il doit faire.»

De Montrouge à Lausanne en passant par Boston

Né en 1991, Clément Pit-Claudel a grandi à Montrouge, aux portes de Paris, avec un père ingénieur et une mère statisticienne — «beaucoup d'amour des maths dans cette famille», sourit-il. Au lycée, il écrit un logiciel de sauvegarde, Create Synchronicity, téléchargé un demi-million de fois depuis. Il est toujours disponible, gratuitement. Car le principe du savoir ouvert lui tient à cœur: aujourd’hui, ses supports de cours sont publiés sous licence libre et ont déjà été repris par deux universités européennes. Un partage qu’il perçoit aussi comme une dette: «Mon labo existe parce que la Suisse a décidé que ça valait le coup d'avoir de la recherche et de l'enseignement ici. Le moins que je puisse faire, c'est que cette science soit librement accessible.»

Autre passion: les langues. En plus de l'anglais et de l'espagnol, il a étudié le japonais et le chinois pendant ses études à l'École polytechnique. Un lien entre les langages humains et ceux des machines? «Les langues humaines décrivent le monde, les langages informatiques disent ce que l'on veut en faire. Action contre contemplation. Ce qui n'empêche pas une forme de beauté: on peut écrire du beau code!»

Après sept ans au MIT et un an comme chercheur chez Amazon, Clément Pit-Claudel a hésité entre poser ses valises en Suisse ou aux États-Unis. Une visite sur le campus de l’EPFL l’a décidé: «Je suis tombé amoureux de l'endroit.» Trois ans plus tard, il n'a pas changé d'avis. «Ici, on forme les ingénieurs pour le pays, le pays nous soutient, les étudiants savent pourquoi ils sont là. On ne peut pas rêver mieux.»

Vidéo: Clément Pit-Claudel reçoit l'EPFL Award for Best Teaching lors de la Magistrale 2026, qui a eu lieu le samedi 3 octobre 2026.


Auteur: Gregory Wicky

Source: Portail de l'enseignement

Ce contenu est distribué sous les termes de la licence Creative Commons CC BY-SA 4.0. Vous pouvez reprendre librement les textes, vidéos et images y figurant à condition de créditer l’auteur de l’œuvre, et de ne pas restreindre son utilisation. Pour les illustrations ne contenant pas la mention CC BY-SA, l’autorisation de l’auteur est nécessaire.