Actualités

Un prix pour des cours confrontant les étudiants aux défis du terrain

Dominique Pioletti enseigne à l'EPFL depuis une quinzaine d'années. © Alain Herzog 2019 EPFL

Dominique Pioletti enseigne à l'EPFL depuis une quinzaine d'années. © Alain Herzog 2019 EPFL

Le professeur Dominique Pioletti a remporté le Credit Suisse Award for best teaching 2019. Dans son cours Master, dédié à la biomécanique du système muscolo-squelettique , les étudiants travaillent avec des chirurgiens sur des problèmes cliniques concrets.


La première fois que Dominique Pioletti s’est rendu à l’EPFL, il avait trois ans. Il accompagnait son père, chauffeur poids lourd, sur le chantier du campus actuel. Depuis, ce fils d’immigré italien et de mère suisse, professeur associé à la Faculté des sciences et techniques de l'ingénieur, s’y rend tous les jours. Quand il fait beau, au volant de sa Fiat 500 rouge des années 60. Une voiture dont il a longtemps rêvé avant qu’elle ne soit parquée dans son garage. «Je ne suis jamais sûr de redémarrer, c’est une mini aventure à chaque fois.»

Le prise de risques constitue un des carburants de ce physicien de formation qui a débuté ses études à l’EPFL en 1987. «La pression me donne de l’énergie». C’est pourquoi l’enseignement lui plaît tant. «Les étudiants sont exigeants et le retour est immédiat, en tant que chercheur cela permet de garder les pieds sur terre.» Fortement impliqué dans l’éducation, le professeur a décidé l’année dernière de repenser son cours Master sur la biomécanique du système musculo-squelettique, basé depuis plusieurs années sur des mini projets. Son objectif ? Offrir aux étudiants l’opportunité de travailler sur des problèmes cliniques réels rencontrés par des chirurgiens dans leur pratique. Cette approche inédite par projet, la mise en place de travaux pratiques novateurs et la qualité générale de son enseignement valent aujourd’hui à Dominique Pioletti le Credit Suisse Award for best teaching 2019.

Mobiliser le savoir

Amener des chirurgiens de cliniques ou hôpitaux de Lausanne, Genève, Berne ou Zurich, à collaborer avec de futurs ingénieurs n’était pas aisé. Mais au fil de son parcours, Dominique Pioletti s’est constitué un joli réseau dans le monde médical. Un domaine qui l’a toujours attiré, puisqu’au moment de choisir sa voie, il a hésité entre ingénieur et médecin. Le contact avec les patients n’étant pas vraiment sa tasse de thé, il a opté pour la première option, mais l’envie «d’apporter des solutions pour soigner les gens» ne l’a jamais quitté. D’ailleurs, l’ingénieur «baigne dans le monde médical» depuis sa thèse sur le comportement mécanique des tissus des ligaments croisés du genou. Ligaments qu’il s’est déchiré deux fois avant son doctorat, la faute au football et au ski.

Pour son cours Master, il a donc décidé de mettre à profit des étudiants son expérience interdisciplinaire. Les chirurgiens qui ont accepté de participer au projet ont soumis des problèmes cliniques concrets sur lesquels les étudiants ont dû plancher durant 14 semaines. Ceci en groupe de 4-5, le cours réunissant des personnes issues de génie mécanique, science et ingénierie du vivant, matériaux et microtechnique. «Leur motivation a dépassé mes espérances, sourit le professeur. Ces projets les préparent à la vie professionnelle, car ils doivent appliquer leurs connaissances en prenant en compte les contraintes du terrain. Et interagir avec des personnes issues de différents domaines.»

Permettre aux étudiants de mobiliser leur savoir théorique est primordial pour le directeur du laboratoire de biomécanique en orthopédie. C’est pourquoi il a aussi remodelé son cours Bachelor, «Méthodes expérimentales en biomécanique», dédié aux étudiants de génie mécanique. Durant le semestre, ces derniers doivent plancher sur six questions ouvertes émanant des projets de son laboratoire. Par exemple ? «Quels tests biomécaniques suggéreriez-vous à votre collègue chirurgien pour un tendon réalisé en tissu synthétique ?» Après une rapide introduction théorique, les étudiants disposent de six heures par question pour élaborer en groupe de deux un protocole expérimental et tirer des conclusions basées sur leurs expériences. «Ils apprennent ainsi à tenir un cahier de laboratoire et se confrontent à la démarche scientifique. D’ailleurs, ce n’est pas le résultat qui compte mais le processus.»

Avec ces nouvelles approches, Dominique Pioletti a «retrouvé du plaisir à enseigner, car je ne suis plus frustré de constater que les étudiants écoutent passivement sans appliquer leurs connaissances.» Ces nouvelles formules de cours lui ont demandé de «sortir de sa zone de confort». Mais l’adepte de Fiat 500 des sixties apprécie les chemins jalonnés d’incertitudes.


Auteur: Laureline Duvillard
Source: Mediacom