Un patch intelligent permet le suivi des grossesses à risque

Le patch de MoleSense permet un suivi des grossesses en continu © 2026 EPFL
Un spin-off de l’EPFL développe un patch capable de détecter des signaux biologiques dans la sueur. Le suivi des grossesses à risque est leur premier objectif.
En Suisse, près de la moitié des grossesses sont aujourd’hui considérées comme à risque. D’une part, car la médecine a élargi le nombre de critères qui en font partie, et, d’autre part, parce que davantage de futures mamans sont concernées du fait de l’âge maternel plus élevé, du recours plus fréquent à la procréation médicalement assistée ou de la présence accrue de maladies chroniques. Elles font l’objet d’un suivi particulier et de contrôles plus rapprochés. Mais l’inquiétude et le doute des futurs parents, attentifs au moindre changement, subsistent au quotidien. Grâce au patch sans aiguille, développé par le spin-off MoleSense, la patiente peut suivre en continu sa grossesse. Le dispositif analyse en permanence la présence et la quantité de certaines molécules dans sa sueur. « Cette transition vers une médecine plus préventive pourrait non seulement améliorer les résultats cliniques, mais aussi réduire les hospitalisations inutiles et alléger la charge sur les systèmes de santé », soutient Gian Luca Barbruni, CEO de la start-up.
Tout est dans la sueur
En capturant des données moléculaires au fil du temps, nous révélons des changements biologiques significatifs que les tests ponctuels classiques ne peuvent pas détecter
Longtemps considérée comme un fluide secondaire, la sueur contient pourtant de nombreuses molécules reflétant notre état physiologique. Ces données commencent à peine à être exploitées. Les patchs de MoleSense explorent des signaux moléculaires complexes, comme des hormones ou des marqueurs d’inflammation. Générée localement, la sueur est guidée par un réseau de micro-canaux vers des biosenseurs moléculaires basés sur l’ADN capables de reconnaître avec précision des hormones ou des protéines inflammatoires, pourtant présentes en quantités infimes. Les interactions biologiques sont transformées en signaux mesurables et exploitables.

Actuel CTO de la start-up, Ata Golpavar a jeté les bases de ce dispositif durant son doctorat au Laboratoire des Interfaces Bio/CMOS de l'EPFL. Voyant dans l’analyse de la sueur un champ d’application encore largement en friche, il songe à la création d’une entreprise à peine son diplôme en poche et spécialise son dispositif pour la détection des hormones et des biomarqueurs inflammatoires spécifiques à la grossesse.
L’interprétation des données repose sur des algorithmes prédictifs qui croisent les informations recueillies pour générer des indicateurs utiles. Elle permet de détecter des schémas échappant à l’expertise humaine. « En capturant des données moléculaires au fil du temps, nous révélons des changements biologiques significatifs que les tests ponctuels ne peuvent pas détecter », souligne Gian Luca Barbruni. « À ce stade, il ne s’agit pas encore d’une intelligence artificielle au sens strict, mais plutôt de modèles capables d’identifier des tendances et d’alerter en cas d’anomalie. » À mesure que davantage de données cliniques seront collectées, ces systèmes devraient gagner en précision et permettre un suivi toujours plus personnalisé.
Des tests pilotes auprès de patientes
L’entreprise collabore déjà avec des spécialistes en obstétrique à Lausanne, où des tests pilotes auprès de patientes ont été menés afin d’évaluer l’ergonomie et l’acceptabilité du dispositif. Les prochaines étapes de développement incluent la validation de la fiabilité de la détection des biomarqueurs et la démonstration de son utilité médicale. L’objectif des entrepreneurs est d’obtenir l’autorisation de la Food and Drug Administration (FDA) aux États-Unis afin de pouvoir vendre leur patch dès 2029.
Le CEO parmi les « 30 under 30 »

parmi les "30 under 30" du magazine Forbes © 2026 MoleSense
L’innovation de MoleSense ne se limite pas au domaine de la grossesse. « La même approche est également envisagée dans un large éventail d'autres domaines où l'urgence et les besoins du marché sont évidents, notamment les techniques de procréation médicalement assistée et les soins de santé reproductive, deux domaines dont l'importance ne cesse de croître », explique Ata Golpavar. Partout où une surveillance continue peut apporter une valeur ajoutée, ce type de dispositif ouvre de nouvelles perspectives. Il pourrait également trouver des applications dans le suivi de l'ovulation et le bien-être, en permettant aux utilisatrices et utilisateurs d'accéder à des données biochimiques qui, jusqu'à présent, étaient largement réservées aux milieux cliniques. La start-up s’est assuré environ 1,5 million de francs grâce à un mélange de subventions et de financements non dilutifs et a reçu un Innogrant en 2025. En outre, elle a remporté le Swiss Innovation Challenge en 2025, compétition internationale d’innovation et d’entrepreneuriat. Fin 2025, le magazine Forbes a par ailleurs sélectionné Gian Luca Barbruni pour son classement «30 Under 30» des entrepreneurs prometteurs de Suisse.