«Un cours doit ouvrir une fenêtre sur un savoir plus vaste »

© 2026 EPFL/Lundi13 - François Wawre - CC-BY-SA 4.0

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Andreas Mortensen est professeur de science des matériaux à l’EPFL depuis près de 30 ans et a occupé divers postes à responsabilité, dont celui de vice-président pour la recherche. Il a été désigné meilleur enseignant de sa section en 2026. 

Lorsqu’on lui demande ce qui le motive à entrer dans un auditoire après quatre décennies d’enseignement, Andreas Mortensen répond sans détour : « Les étudiants et les étudiantes. » Avant d’ajouter, avec humour : « Sous-entendu, s’ils sont aussi là. » Après le Covid et la généralisation des cours enregistrés, la présence en classe a passablement diminué, constate-t-il. Le professeur de science des matériaux continue cependant à miser sur ce qui se passe dans la salle. « Si on arrive à retenir leur attention pendant le cours, c’est qu’on a réussi. Et si l’on parvient ensuite à leur donner envie d’approfondir le sujet, c’est encore mieux. »

Il a connu la craie et le tableau, puis les transparents, qu’il évitait de rendre trop parfaits : « une présentation trop léchée risquait de transformer les étudiantes et étudiants en spectateurs devant un écran ». Les diapositives se sont ensuite imposées, mais le principal outil pédagogique demeure à ses yeux la parole et la capacité à raconter un sujet plutôt qu'à simplement commenter ce qui est projeté.

Devenir professeur sans l’avoir prévu

Rien ne destinait Andreas Mortensen à l’enseignement et à la recherche. Son parcours commence dans le système scolaire français, puis passe par les classes préparatoires et l’École des Mines de Paris, dont il obtient son diplôme d’ingénieur en 1980. La science des matériaux était au départ « un excellent non-choix » : une discipline suffisamment généraliste pour ne pas devoir se spécialiser trop tôt. « Contrairement à des domaines définis par une méthode, les matériaux sont définis par leur objet d’étude et permettent donc de convoquer différentes approches scientifiques ». Il choisit de poursuivre sa formation au MIT, « deux ans, le temps d’obtenir un Master ». Il y restera finalement seize ans. C’est sur le campus de Boston qu’il réalise l’étendue de ce qu’il lui reste à apprendre au sein de sa discipline, ainsi que l’intérêt intellectuel d’une thèse. Après un bref passage comme postdoc dans l’industrie au Japon, il revient au MIT, comme professeur, où il reste dix ans.

Aujourd’hui à la tête du Laboratoire de métallurgie mécanique, les recherches d’Andreas Mortensen naviguent de l’élaboration des matériaux à la compréhension des relations entre leur microstructure et leurs propriétés. « Je suis expérimentaliste à la base, résume-t-il. Mais l’expérience n’a de sens que si l’on cherche à comprendre ce qui se cache derrière les observations ». Il aime ainsi « cheminer entre l’appliqué et la théorie, entre science et technologie. L’un nourrit l’autre dans les deux sens. » Parmi les résultats qui lui restent particulièrement en mémoire figure un matériau développé il y a une vingtaine d’années : 50% de céramique, par nature fragile, sont incorporés dans un métal tout en conservant une ténacité proche de celle du métal seul. Un résultat qu’il qualifie aujourd’hui d’« assez intéressant. Voire amusant. »

Apprendre à être curieux

Ses nombreuses années à l’EPFL l’ont amené à occuper plusieurs postes à responsabilité. Il a successivement été doyen des études doctorales, directeur de l’Institut des matériaux, doyen de la recherche, vice-provost puis vice-président pour la recherche. « Ça m’a permis de mesurer les contraintes auxquelles se heurte une grande institution lorsqu’elle veut évoluer, mais aussi d’observer et de contribuer un peu à la transformation rapide d’une université relativement jeune », résume-t-il.

Il regarde avec quelques réserves certaines transformations de l’enseignement universitaire, dont la définition toujours plus précise des learning outcomes, ces acquis d’apprentissage qui énumèrent ce qu’une étudiante ou un étudiant doit savoir ou savoir-faire au terme d’un cours. Cette clarification possède des avantages, reconnaît-il, mais elle comporte aussi le risque de circonscrire excessivement le savoir : si quelque chose n’apparaît ni dans les objectifs ni sur les diapositives, pourquoi faudrait-il le connaître ? À cette conception très structurée de l’apprentissage, Andreas Mortensen préfère une autre image. Un cours peut aussi être « une fenêtre que l’on ouvre sur un savoir qui est quasi infini », l’ouverture sur un panorama dont l’enseignant ne montre forcément qu’une partie. Il tient donc à conserver la possibilité de demander aux étudiants de faire quelques pas au-delà de ce qui leur a été explicitement présenté. Autrement dit, leur apprendre aussi à être curieux et récompenser l’ambition intellectuelle.

Le chercheur a reçu des distinctions scientifiques au cours de sa carrière mais il assure ne pas courir après les honneurs. Cette récompense liée à l’enseignement lui fait néanmoins plaisir, notamment parce qu’elle vient largement des étudiantes et étudiants. « C’est très sympa, ça me fait plaisir, mais ce n’est pas la peine d’en faire tout un plat », glisse-t-il.


Auteur: Cécilia Carron

Source: Sciences et techniques de l'ingénieur | STI

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