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14.08.14 - Série d’été - travaux d’étudiant (5): Pour son travail de master, un étudiant en constructions hydrauliques imagine un barrage dans le détroit de Gibraltar pour contenir la montée des eaux en Méditerranée. Un ouvrage d’art pharaonique qui laisserait passer les bateaux et la faune aquatique tout en maintenant constant le niveau de la mer.

Comment seront redessinées les zones côtières en 2100? Gommées, érodées, définitivement effacées ? Les prévisions les plus optimistes envisagent une montée des eaux d’une trentaine de centimètres, les plus pessimistes parlent de plus d’un mètre.

Venise et le delta du Nil pourraient être rayés de la carte. Les zones côtières marocaines disparaîtraient, elles aussi. Risque d’érosion, infiltration d’eau salée dans les cultures ou les nappes phréatiques, digues sous-dimensionnées et inaptes à supporter les variations hydrauliques, des scénarios qu’il ne faut pas négliger.

Ha-Phong Nguyen s’est penché sur le projet d’un barrage à Gibraltar. «L’objectif serait de clore la Méditerranée avec deux barrages, un entre l’Espagne et le Maroc et l’autre entre Djibouti et le Yémen, afin de contrôler le niveau de l’eau». La solution la plus simple serait de fermer le détroit à l’endroit où la distance est la plus étroite. Mais s’il n’y a que 14 km, la profondeur, elle, est de 800 mètres. «Pour que cela soit réaliste, j’ai dû situer le barrage à droite de Tanger, dans la Méditerranée. Il y a 27 km entre les 2 continents mais c’est moitié moins profond.»

Fermer en partie le détroit de Gibraltar
Le jeune ingénieur a testé de nombreuses configurations avant de trouver une géométrie qui contienne les eaux tout en laissant passer les quelques 300 navires quotidiens, les sous-marins russes qui sont positionnés dans cette zone, sans interrompre le chassé-croisé des espèces animales qui migrent dans la mer en hiver et repartent dans l’océan au printemps. «En fermant le détroit de Gibraltar à 90 % et en laissant une ouverture d’un kilomètre, on arrive à maintenir constant le niveau de la Méditerranée, en supposant que l’augmentation du niveau de l’Atlantique se situerait à 50 cm»

Son projet de master a été de construire un modèle numérique, afin de simuler les courants dans ce passage. Pour valider le modèle il a fallu comparer les données avec des valeurs historiques prélevées lors de campagnes menées dans les années 70 et 90. Les données topographiques, indispensables, sont détenues par la marine espagnole et sont considérées comme des documents confidentiels. Des demandes spéciales ont été nécessaires pour y avoir accès.

L’exploitation du barrage
En fermant ainsi le détroit, les vitesses d’écoulement des eaux s’accélèrent et peuvent permettre de générer de l’énergie. Les courants dans le détroit vont dans les deux directions. L’eau de l’Atlantique qui se déverse dans la Méditerranée pour compenser l’évaporation de la mer est plus froide et moins salée, donc moins dense, et va rester en surface. Il y a aussi un mouvement de la Méditerranée vers l’Atlantique. Il faut ajouter à cela le phénomène de marées. «Dans mon modèle j’ai pris en compte les marées dues à la lune et au soleil. A Gibraltar, il y a 2 marées hautes et 2 marées basses chaque jour».

Mais les coefficients de marée étant bas, le barrage doit compter sur d’autres apports énergétiques pour produire l’équivalent d’une centrale nucléaire. «Avec les marées, je suis arrivé à des valeurs entre 600 et 1300 GW-H (gigawatt-heure), explique Ha-Phong Nguyen. Mühleberg en produit 2 à 3000 par année. Il est indispensable de le combiner à d’autres systèmes qui peuvent produire de l’énergie comme des éoliennes et des forages géothermiques».

Le projet de Ha-Phong ne verra, sans doute, jamais le jour même s’il s’inscrit dans un rêve commun avec, notamment, un ingénieur suisse nommé Giovanni Lombardi qui avait imaginé un tunnel ferroviaire reliant les deux continents et qui n’a pu aboutir. Le déplacement des plaques africaines et européennes reste l’un des plus grand obstacle à de telles constructions.

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