SENSE au Groenland pour étudier le méthane émis des glaciers en fonte

Forel in Greenland © 2025 Forel/Richard Mardens
Les glaciers du Groenland reculent plus rapidement que jamais. En fondant, ils pourraient libérer des quantités massives de méthane —un gaz à effet de serre 25 fois plus puissant que le CO2— directement dans les fjords arctiques. Sébastien Lavanchy, ingénieur R&D de l'unité SENSE de l'EPFL, a rejoint une expédition au Groenland à board du Forel, pour déterminer si les eaux de fonte sous-glaciaires représentent une source significative de méthane.
Le mystère du méthane sous la glace du Groenland
Des études récentes ont suggéré que le méthane pourrait transiter par les eaux sous-glaciaires et se déverser directement dans les fjords arctiques. Ce phénomène représente une source potentiellement significative mais mal comprise d'émissions de gaz à effet de serre provenant de la deuxième plus grande calotte glaciaire au monde.
Notre hypothèse, c'est que si on arrive à mesurer ce méthane, en amont proche du glacier et ensuite le long du fjord, ça nous permettrait justement de voir si c'est véridique
L'équipe de recherche utilise l'instrument SubOcean pour détecter les concentrations de méthane dissous avec une précision et une rapidité sans précédent dans l'environnement arctique difficile.
Les glaciers débouchant sur la mer, véritables filtres naturels à methane
Les glaciers à terminaison marine peuvent fonctionner comme des filtres naturels pour les émissions de méthane. Lorsque l'eau de fonte sous-glaciaire transporte le méthane dans les fjords, le gaz peut être oxydé par des processus biologiques, le convertissant en dioxyde de carbone et en eau avant qu'il n'atteigne l'atmosphère.
Les fjords fonctionnent comme un filtre naturel pour le méthane. L'eau se déverse directement dans les fjords. Par bio-oxydation, le méthane se transforme en CO2 et en eau
Bien que le dioxyde de carbone soit encore un gaz à effet de serre, le méthane est environ 25 fois plus puissant en termes de potentiel de réchauffement, rendant ce processus de conversion naturelle d'une importance critique pour la régulation climatique.
Implications climatiques du recul des glaciers
La recherche a des implications urgentes pour comprendre les scénarios climatiques futurs. Alors que le réchauffement climatique accélère le recul des glaciers à travers le Groenland, ce système de filtrage naturel pourrait être compromis.
Si par malheur, dans le futur les glaciers fondent il n'y aura plus ce filtre naturel et le méthane irait directement dans l'atmosphère et augmenterait significativement l'effet de serre
Progrès de la mission et résultats préliminaires
L'expédition au Groenland est maintenant aux deux tiers de sa completion, avec d'excellents résultats jusqu'à présent.
Le SubOcean se comporte à merveille et nous avons pu récolter de très belles données
L'équipe a complété avec succès les mesures dans les fjords d'Uummannaq et de la baie de Disko, conduisant 13 profils à travers 5 fjords différents.
L'expédition se conclura par des mesures dans le fjord de Kangerlussuaq, l'un des systèmes de glaciers émissaires les plus significatifs du Groenland. Cependant, des conditions de glace difficiles ont parfois empêché l'équipe de s'approcher aussi près des fronts glaciaires que prévu, soulignant les complexités logistiques de la recherche arctique.









