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09.05.17 - Construire un canoë en béton armé et le faire concourir à une régate internationale en Allemagne. C’est le pari un peu fou que relèvent ce semestre huit étudiants de master en génie civil. Ces derniers viennent de soumettre leur dossier technique aux examinateurs.

«C’est en discutant avec des étudiants en génie civil d’Outre-Atlantique, puis de l’ETH Zurich, qu’est née l’idée de faire participer pour la première fois l’EPFL au concours», explique Charles Jeanbart, président de l’Association des Étudiants en Génie Civil (AEGC), à l’origine du projet.

Ils sont en tout huit étudiantes et étudiants à plancher durant un semestre sur la construction d’un canoë en béton armé. Quasi une tradition sur les campus canadiens et américains, la «régate de canoës en béton» (BetonKanu Regatta) se tient en Allemagne du côté européen depuis 1986. Les 9 et 10 juin 2017, la ville de Cologne accueillera le concours. Une cinquantaine d’universités du monde entier s’y affrontera sur le Fühlinger See, un nombre record pour toute l’histoire de la compétition.

L’équipe de l’EPFL vient de soumettre le rapport technique de son projet aux examinateurs, validant par la même occasion sa participation officielle au concours. Une étape délicate, sachant que le prix le plus prestigieux de la compétition récompense précisément la qualité du rapport technique, notamment son innovation. Les étudiants de l’EPFL pourront toutefois aussi viser d’autres prix, si celui-ci devait leur échapper: le prix du canoë le plus léger, du canoë le plus lourd, du beau canoë, du canoë le plus rapide sur l’eau… et même, dans le pire des cas, le prix du canoë qui fait naufrage lors de la régate. Celle-ci, séparée entre hommes et femmes, comprend un 100 mètres en ligne droite et un slalom.

Comme un meuble IKEA

Le projet de l’EPFL est devenu un travail de semestre encadré par le professeur Aurelio Muttoni et un véritable défi technique pour les huit étudiants en master. Le concours impose en effet de nombreuses contraintes aux participants: outre le béton armé, seuls 2kg au maximum de matériel synthétique peuvent être utilisés. La longueur et la largeur du canoë sont également limitées. Hanne Cloesen: «Nous concourons pour la première fois, nous avons donc tout à découvrir. Sur le principe, nous avons décidé de construire un canoë de 5 mètres de long démontable en trois parties, comme un meuble IKEA afin d’en faciliter le transport. Nous nous servons de la précontrainte, une technique liée à la construction de ponts, pour faire tenir le tout ensemble.» En référence au constructeur de meubles, les étudiants ont baptisé leur canoë «Kånöepfl» et conçu leur rapport technique comme un fiche de montage.

Câbles de précontrainte et béton textile

Partis d’une maquette à 1:5 testée dans une fontaine, l’équipe a ensuite essuyé quelques revers lors de la première construction du modèle à taille réelle, notamment lors des premières couches de béton posées à la main: «Il nous a fallu lutter contre les imperfections en surface et préserver l’étanchéité des joints des trois parties du canoë. Nous alternons les couches de béton avec celles de fibre de carbone. Ce matériau a l’avantage d’être ultra léger. Il transforme le béton en béton textile», précise Stephan Mühlberg. L’astuce des étudiants: la fibre de carbone joue le rôle d’armature pour le béton et des câbles de précontrainte en acier, habituellement utilisés dans la structure les ponts, compressent le béton et retiennent ensemble les trois parties du canoë. C’est cette idée originale qui a convaincu Aurelio Muttoni d’encadrer le projet: «Dans notre Laboratoire de construction en béton, le doctorant Patrick Valeri travaille justement sur les potentialités du béton textile, notamment d’un point de vue écologique, car en rendant le béton résistant à la corrosion, la fibre de carbone diminue la production de C02 nécessaire à sa fabrication.»

Recherche de sponsors complémentaires

Les étudiants seront également amenés à piloter leur canoë lors de la régate. Dans ce but, ils ont déjà démarré d’intenses séances de rameurs au fitness Viv’Eden de l’EPFL, l’un des sponsors du projet. Le Domaine de la Formation de l'EPFL (DAF), l'Association Générale des Étudiants de l'EPFL (AGEPoly) et la Section de Génie Civil de l'EPFL (SGC) soutiennent également l’initiative. L’Association des Étudiants en Génie Civil (AEGC), qui gère toute la logistique du projet, est toutefois à la recherche de sponsors complémentaires pour couvrir son budget, fixé à 20'000 francs.

Auteur:Sandrine PerroudSource:Mediacom
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