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Quand les algorithmes de l'EPFL Valais Wallis redessinent les villes

François Maréchal, professeur titulaire à l’EPFL Valais, et les chercheurs Sébastien Cajot, à gauche, et Nils Schüler, à droite. © 2019 Sabine Papilloud - Le Nouvelliste

François Maréchal, professeur titulaire à l’EPFL Valais, et les chercheurs Sébastien Cajot, à gauche, et Nils Schüler, à droite. © 2019 Sabine Papilloud - Le Nouvelliste

Face à la complexification des villes, une spin-off de l’EPFL Valais Wallis a mis au point un logiciel pour développer des planifications urbaines inédites. De quoi faire trembler les urbanistes? Pas si sûr…

Voir l'article dans Le Nouvelliste.

Les urbanistes sont des jongleurs vers qui nous lançons toujours plus de balles. «Nous voulons plus d’espaces verts et des pistes cyclables, mais aussi des commerces et des salles de spectacle. Nous voulons une architecture moderne, des énergies renouvelables et des loyers bon marché. Et rapidement s’il vous plaît.» Pour répondre à ces demandes, les urbanistes se fient à leur expérience et leur intuition pour dessiner des quartiers qui répondent aux attentes de leurs interlocuteurs et aux contraintes du lieu. «Or, on s’est rendu compte que les questions énergétiques n’arrivaient souvent que très tard dans les processus de planification. Nous avons voulu proposer une alternative», explique Sébastien Cajot, chercheur a l’EPFL-Valais et cofondateur de la spinoff «URBio».

Cet outil rationalise les choix de l’urbaniste. Il permet de prendre des décisions plus justifiées et plus justifiables.
Sébastien Cajot, chercheur à l’EPFL Valais

Avec son collègue Nils Schüler et le professeur François Maréchal, spécialisés dans les processus industriels et les systèmes énergétiques urbains, ils ont répondu à un projet européen et développé une application capable de planifier des zones, des quartiers ou des villes. En donnant tous les critères désirés à la machine, il en ressort les meilleurs scénarios possible pour chaque situation.

 

Un renversement de situation

Cette nouvelle méthodologie prend le contre-pied des approches actuelles. «On va entrer tous les critères que l’on désire dans le logiciel, comme l’efficacité énergétique des bâtiments, les coûts, le type d’énergie renouvelable à utiliser, le nombre de bâtiments avec vue, la distance maximum à un arrêt de bus ou encore l’emplacement des espaces verts. Le logiciel les analyse et propose ensuite plusieurs solutions où tous les critères entrés seront considérés», affirme François Maréchal. Pour développer cette nouvelle approche, les chercheurs ont collaboré avec le canton de Genève, notamment en travaillant sur les quartiers des Cherpines et des Palettes.

La ville idéale n’existe que sur le papier, pas dans la réalité. Tous les paramètres ne peuvent pas être totalement maîtrisés.
Lucien Barras, cofondateur de nomad architectes

Actuellement, les urbanistes développent généralement plusieurs variantes d’un quartier avec un style qui leur est propre – créativité et intuition font partie intégrante du processus – puis comparent l’impact de ces variantes. Dans cette logique, le meilleur scénario possible pour un quartier est hors de portée des urbanistes. Cela ne signifie pas pour autant que, même si un logiciel techniquement parfait existait, il pourrait y parvenir.

Les urbanistes survivront

Alors se dirige-t-on vers la mort du métier? «Non, cet outil rationalise les choix de l’urbaniste. Il permet de prendre des décisions plus justifiées et plus justifiables», assure Sébastien Cajot, qui a déjà présenté cette nouvelle méthodologie à une délégation de la ville de Sion. «Il y a actuellement tellement de données disponibles à prendre en compte que les approches se complexifient passablement. Ce logiciel pourrait permettre de changer une variable et voir l’impact sur toutes les autres, donc de gagner en précision. Dans ce sens c’est un vrai outil d’aide à la décision pour les urbanistes», réfléchit à haute voix Lucien Barras, architecte-urbaniste chez «nomad architectes» et pilote du projet Ronquoz 21 pour la Ville de Sion.

S’il n’a pas étudié tous les détails précis du logiciel, l’architecte relève les limites générales de cette approche: «Les ingénieurs ont cette tendance, géniale ou fâcheuse, de vouloir tout maîtriser par les calculs. Mais c’est impossible. La ville idéale n’existe que sur le papier, pas dans la réalité. Tous les paramètres ne peuvent pas être totalement maîtrisés.»

Sébastien Cajot et Nils Schüler acquiescent: «Il n’y a pas de solution parfaite, mais tout un jeu de solutions qui tentent de s’en approcher. Et selon les sensibilités des acteurs impliqués, les décideurs pourront choisir l’une ou l’autre proposition.» Un logiciel d’urbanisme demande du temps pour que se révèle pleinement tout l’éventail de ses capacités.

Et le quartier des Ronquoz 21?

Si les chercheurs de l’EPFL Valais y voient un terrain parfaitement adapté à leur logiciel, les autorités de la ville se montrent plus prudentes. «Nous ne connaissons pas encore suffisamment bien cette nouvelle approche pour pouvoir la commenter, mais nous nous y intéressons», a répondu le service de l’urbanisme, au travers de la responsable communication de la ville, Judith Mayencourt.

L’appel à candidature pour le concours d’urbanisme du projet Ronquoz 21 sera lancé dans deux semaines. La zone concernée, entre les voies CFF et le Rhône, occupe un espace de 60 hectares. Dans les quinze prochaines années, la moitié des bâtiments existants auront été remplacés, et l’identité complète du quartier aura été redessinée.

Auteur: Julien Robyr - Le Nouvelliste
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