Premier programme doctoral conjoint entre l'EPFL et l'ETH Zurich

Le nouveau programme doctoral conjoint en Learning Sciences s'adresse en particulier aux diplômées et diplômés de Master dans les disciplines liées aux STEM. © Alain Herzog 2021 EPFL

Le nouveau programme doctoral conjoint en Learning Sciences s'adresse en particulier aux diplômées et diplômés de Master dans les disciplines liées aux STEM. © Alain Herzog 2021 EPFL

Les deux universités s’unissent pour proposer un programme doctoral conjoint en Learning Sciences. Ce nouveau cursus vise à former des expertes et experts capables de mettre à profit leurs connaissances technologiques et scientifiques pour faire progresser la recherche, l'enseignement et l'apprentissage.

Chaque personne ayant foulé une salle de classe sait à quel point l’environnement d’apprentissage, la manière d’enseigner ou encore les moyens d’enseignement ont un impact sur l’assimilation des connaissances. Par le biais de la recherche fondamentale sur la cognition humaine et l’utilisation de technologies de l’information et de la communication, les sciences de l’éducation visent à améliorer l’enseignement et l’expérience d’apprentissage.

A la croisée de plusieurs disciplines, elles requièrent des personnes de différents domaines désireuses de mettre leur expertise au service de l'amélioration de l'éducation, tout en faisant progresser la compréhension de la cognition humaine et de l'apprentissage. Le nouveau programme doctoral conjoint en Learning Sciences s'adresse en particulier aux diplômées et diplômés de Master dans les disciplines liées à la science, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques (STEM), s’intéressant de près à l'apprentissage et à l'éducation.

Une étape décisive

«Notre objectif est de former des expertes et experts capables d’articuler les questions d’éducation à leur background scientifique», souligne Pierre Dillenbourg, vice-président associé pour l’éducation à l’EPFL et professeur responsable du laboratoire d’ergonomie éducative (CHILI). Ce dernier a imaginé et conçu le programme doctoral conjoint en Learning Sciences avec Manu Kapur, professeur à l’ETH Zurich en charge de la chaire pour les sciences de l’éducation et l’enseignement supérieur, également à la tête de l’initiative pour le futur de l’enseignement (The Future Learning Initiative).

Notre objectif est de former des expertes et experts capables d’articuler les questions d’éducation à leur background scientifique

Pierre Dillenbourg, vice-président associé pour l’éducation à l’EPFL et professeur responsable du laboratoire d’ergonomie éducative (CHILI)
Professor Pierre Dillenbourg © 2021 EPFL

«La recherche montre que les méthodes traditionnelles d'enseignement ne sont souvent pas optimales», relève Manu Kapur, lui-même enseignant de mathématiques. Le professeur a par exemple montré que le recours au processus d’ «échec productif» est nettement plus efficace que l'enseignement par le biais de cours magistraux. «La science des données, l'intelligence artificielle et la robotique ouvrent de nouvelles approches de recherche qui favorisent davantage de telles intuitions.» Et d’ajouter, «ce programme doctoral conjoint représente une étape importante pour les sciences de l'éducation en Suisse, et il constitue une avancée pour la science en général, car il fixe le cadre pour la mise en place de programmes doctoraux conjoints dans d'autres domaines.»

Une étape significative

En effet, ce programme doctoral est le premier associant les deux écoles polytechniques qui bénéficient d’une longue expérience en matière de sciences de l’éducation (lire ci-dessous). «Il y a de grandes synergies et opportunités entre nos deux Ecoles et nous espérons voir naître d'autres programmes doctoraux conjoints dans un avenir proche», se réjouit Luisa Lambertini, vice-présidente associée pour l’éducation postgrade à l’EPFL.

Ce programme inédit, financé par la Jacobs Foundation, s’échelonnera sur quatre ans. «Pour stimuler l’innovation, la collaboration est essentielle. C'est pourquoi nous sommes ravis que ces deux institutions de premier plan proposent conjointement ce programme qui façonnera l'avenir de l'apprentissage», souligne Simon Sommer, codirecteur général de la Jacobs Foundation.

Les doctorantes et doctorants sélectionnés devront obtenir au minimum 12 crédits. En parallèle à un large choix de cours à options allant du machine learning, à la science de l’apprentissage, en passant par l’éducation numérique, ils et elles devront suivre deux cours annuels obligatoires (4 crédits chacun). Ceux-ci seront dispensés à l’EPFL et à l’ETH Zurich. Le premier cours posera le cadre théorique des sciences de l’éducation, l’état actuel de la recherche et proposera différentes perspectives. Il se focalisera sur deux questions centrales : Comment les personnes apprennent ? Et comment améliorer l’expérience d’apprentissage ? Le second cours passera en revue les méthodologies interdisciplinaires utilisées dans différentes recherches, les outils de collecte et d’analyse des données.

Ce programme doctoral conjoint représente une étape importante pour les sciences de l'éducation en Suisse, et il constitue une avancée pour la science en général, car il fixe le cadre pour la mise en place de programmes doctoraux conjoints dans d'autres domaines.

Manu Kapur, professeur à l’ETH Zurich en charge de la chaire pour les sciences de l’éducation et l’enseignement supérieur, également à la tête de l’initiative pour le futur de l’enseignement (The Future Learning Initiative)
Professor Manu Kapur © 2021 EPFL

Le programme comprendra également des colloques communs, des séminaires, des «summer and winter schools», ainsi que des événements destinés à renforcer la communauté des expertes et experts en sciences de l’éducation, tant à l'interne du programme qu'en Suisse de manière générale. «Toute innovation naît de l'apprentissage. Notre système éducatif doit s'appuyer sur les connaissances actuelles de la recherche à tous les niveaux - de l'enfance à l'âge adulte - afin de faire face à un monde qui évolue de plus en plus rapidement. À cet égard, le nouveau programme doctoral constitue une étape importante», déclare Sarah Springman, rectrice de l'ETH Zurich.

Rendre tangible l’invisible

L’objectif est de former des expertes et experts en sciences de l’éducation capables de s’appuyer sur la recherche et les nouvelles technologies pour améliorer l’enseignement et l’expérience d’apprentissage à tous les niveaux du système éducatif. Ceci pour offrir aux élèves, aux étudiantes et étudiants, les compétences qui leur permettront d’affronter les défis de notre société en constante mutation.

Un exemple? «En science et en ingénierie, l’intuition est très importante, elle permet de jongler entre les concepts de manière fluide. Mais comment la transmettre ? Comment rendre palpables des concepts très abstraits ? C’est ce que je trouve passionnant dans ce domaine de recherche. Le robot Cellulo permet par exemple d’expérimenter les forces électriques et de les rendre tangibles même si elles sont invisibles», relève Aditi Kothiyal, directrice opérationnelle du programme doctoral conjoint en sciences de l’éducation pour l’EPFL et collaboratrice scientifique au laboratoire d’ergonomie éducative (CHILI). La post-doctorante au Centre de l’éducation à l’ère digitale s’est elle-même tournée vers les technologies éducatives après avoir obtenu un Master en génie électrique.

Le programme doctoral pourra être effectué à l’EPFL ou à l’ETH Zurich, suivant l’institution à laquelle est rattaché le principal directeur ou directrice de thèse. Cependant, les doctorantes et doctorants seront également suivis par un professeur ou une professeure de l’autre institution. Le logo des deux écoles polytechniques figurera sur le diplôme. Les personnes intéressées ont jusqu’au 1er décembre pour postuler. Un second appel à candidature aura lieu au printemps 2022.

Deux universités avec une grande expérience en matière de sciences de l’éducation

Depuis sa création, l’ETH Zurich forme les enseignantes et enseignants de gymnase dans les disciplines liées à la science, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques (STEM). En 1999, elle a initié des programmes de développement de la technologie numérique pour l'enseignement et l'apprentissage. Depuis lors, l’ETH Zurich a créé trois centres d'apprentissage visant à améliorer l’enseignement des STEM à tous les niveaux scolaires. Et elle accroît régulièrement ses efforts de recherche dans le domaine des sciences de l’éducation.

De son côté, l’EPFL dispose depuis plus de quinze ans d’une grande expertise en matière d’éducation numérique. En 2018, elle a inauguré le Centre LEARN qui réunit de nombreux acteurs impliqués dans la recherche en sciences de l’éducation et le développement de nouvelles méthodes et outils d’enseignement, notamment les 85 startups du Swiss EdTech Collider. Ceci à tous les niveaux du système éducatif suisse.


Author: Laureline Duvillard

Source: EPFL