Pierre Wets traduit la physique en expériences

Pierre Wets sur la scène de la Magistrale, après avoir reçu le Prix de l’engagement exceptionnel de l’EPFL - 2026 Mark Henley / EPFL - CC BY SA

Pierre Wets sur la scène de la Magistrale, après avoir reçu le Prix de l’engagement exceptionnel de l’EPFL - 2026 Mark Henley / EPFL - CC BY SA

Préparateur en physique n’est pas un métier commun. Mais dans une école d’ingénieur, il revêt une importance primordiale. Sa dévotion, sa créativité et son enthousiasme valent à Pierre Wets le Prix de l’engagement exceptionnel de l’EPFL 2026.


Il est une date que Pierre Wets n’oublie pas : le 18 septembre. C’est celle de son anniversaire. C’est aussi celle de la naissance de Léon Foucault, célèbre physicien français. Tous deux sont des hommes d’expériences. Expériences au pluriel. Le second est connu pour avoir conçu son pendule, un dispositif expérimental pour mettre en évidence la rotation de la Terre par rapport à un référentiel galiléen. Le premier, ingénieur, conçoit des expériences qui traduisent des notions fondamentales de la physique. Sa dévotion, sa créativité et son enthousiasme depuis 23 ans à l’EPFL lui valent le Prix de l’engagement exceptionnel de l’EPFL 2026.

«Une belle surprise», sourit-il. À lire l’argumentaire des personnes qui l’ont proposé à ce prix, paraphé par 33 enseignantes et enseignants, le préparateur en physique l’a amplement mérité. Les témoignages louent son «dévouement hors norme pour l’enseignement de la physique à plus de 4'000 étudiantes et étudiants par année», «sans doute l’un des collaborateurs les plus passionnés et engagés dans sa mission», «d’une disponibilité et d’une créativité remarquables», un investissement personnel «bien au-delà des attentes liées à son poste», le «plaisir de travailler avec lui»… tout est à l’avenant.

L'expérience du canon à vide

Samedi 3 octobre, lors de la Magistrale, c’est l’humilité qui transparait chez Pierre Wets. Jouant le comédien sans en avoir l’air, il a apporté sur scène une des 700 expériences qui constituent le catalogue de l’EPFL: le canon à vide. Il permet d’expérimenter la force de pression de l’air. Le résultat est la pulvérisation d’une cannette par une balle de tennis de table. Une belle explosion suivie d’une salve d’applaudissements. Chapeau!

«Mon rôle est de ramener le phénomène à l’essentiel, essayer de le rendre visible et de le faire comprendre au plus grand nombre », résume-t-il. Les professeures, professeurs, enseignants et enseignantes commandent l’une ou l’autre manipulation pour leur cours. Avec ses collègues, il les prépare dans son grand laboratoire-atelier où se côtoient les éléments les plus insolites, juchés sur des tables à roulettes. Une centaine sont «prêtes à l’emploi», les plus demandées. Pour d’autres, il faut bricoler un peu, monter, régler, assembler, puiser dans les stocks. «Tous les domaines de la physique sont concernés, de la thermodynamique à la physique quantique, en passant par la mécanique, le magnétisme ou l’électricité, débordant parfois sur la chimie», explique l’ingénieur.

Illustrer une théorie, un phénomène, un principe constitue un puissant outil d’apprentissage. «C’est vraiment important pour les étudiantes et étudiants de voir des choses concrètes, car ils perdent parfois pied avec ce qu’ils voient sur les réseaux ou en vidéo. Voir une expérience de leurs propres yeux les marque beaucoup plus», poursuit Pierre Wets. L’expérience va susciter leur curiosité, faire fonctionner leur esprit scientifique pour aborder des problèmes. «Elle provoque aussi de l’émotion et, souvent, 10 ans après leurs études, les étudiantes et étudiants ne se souviennent plus de la théorie, mais ils ont retenu l’expérience.»

Voir tourner la terre

Le travail de préparation, c’est la routine, imprimée sous forme d’un horaire hebdomadaire, qui reflète les demandes. Cela représente environ 150 expériences par semaine au plus fort des semestres. «Les bases de la physique ne changent pas, mais c’est la manière de les présenter qui évolue», précise Pierre Wets. Et c’est là que le métier devient vraiment passionnant. Des vieilles expériences qui reviennent à la mode parce qu’on a enfin trouvé une démonstration plus élégante ou des expériences qui prennent vie grâce à des évolutions technologiques, par exemple dans l’optique. Il y a aussi les précieuses interactions avec les enseignants et enseignantes. Les spectacles auprès du grand public, de gymnasiennes et gymnasiens ou lors de show scientifiques constituent aussi de grands moments de partage.

Après 23 ans, le préparateur n’a pas perdu de son enthousiasme. Il aime toujours profondément la physique. «C’est la science des lois qui régissent l’Univers, de l’infiniment petit à l’infiniment grand. C’est avec la physique que l’on décrit une grande partie des phénomènes qui nous entourent.» Les nouvelles expériences à créer entretiennent aussi sa flamme. Certaines résistent encore à la créativité de l’ingénieur comme pouvoir montrer la pression de radiation. «C’est la force de la lumière, la quantité de mouvement que peut transmettre un photon, mais elle est tellement faible qu’elle est difficile à mettre en œuvre en auditoires.» En attendant, il peut se targuer d’avoir relevé le défi d’avoir conçu un pendule de Foucault entretenu, suffisamment compact pour être installé en auditoires. Vous pourrez d’ailleurs bientôt en admirer un exemplaire à l’entrée du bâtiment de Physique et voir «tourner la terre».


Auteur: Anne-Muriel Brouet

Source: Programme Doctoral en Physique

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