Philippine Milward, la voix de ses pairs

Philippine Milward sur la scène à la Magistrale - 2026 Mark Henley / EPFL - CC BY SA

Philippine Milward sur la scène à la Magistrale - 2026 Mark Henley / EPFL - CC BY SA

Doctorante au Laboratoire des circuits quantiques hybrides, Philippine Milward est colauréate du Prix de l’engagement exceptionnel 2026 de l’EPFL. Elle est une des représentantes du corps intermédiaire scientifique.

Philippine Milward ne s’attendait vraiment pas à remporter ce prix. À tel point qu’elle s’est engagée pour être cheffe de poste des secouristes durant la Magistrale. Le 3 octobre dernier, la doctorante est donc montée sur scène en uniforme de secouriste, la radio allumée dans la poche, pour recevoir des mains de la présidente de l’EPFL, Anna Fontcuberta i Morral, le Prix de l’engagement exceptionnel. Outre sa présence au sein de l’équipe des secouristes de l’EPFL, elle est une des voix de l’Association du corps intermédiaire scientifique (ELSA) et des doctorantes et doctorants de l’École à travers PolyDoc. «Philippine incarne parfaitement ce que ce prix vient récompenser: une personne dont l'engagement est un exemple, qui œuvre pour le bien commun et dont l'influence se fait sentir dans toute l'université», a argumenté une des personnes en soutien à sa candidature.

«Philippine est connue comme une doctorante qui semble avoir trouvé le moyen d'ajouter plusieurs heures à ses journées. Depuis son arrivée à l'EPFL, elle n'a cessé de mettre cette énergie au service de sa communauté. Son engagement exceptionnel au sein de l'EPFL, qui s'étend sur de nombreuses années et touche de multiples aspects de la vie de l'École, en fait une candidate naturelle pour ce prix», poursuit l’argumentaire. «C’est très gratifiant. Ça me motive pour continuer», s’émeut la lauréate.

Anna Fontcuberta i Morral, Présidente de l'EPFL, et Philippine Milward, colauréate du Prix de l’engagement exceptionnel 2026 de l’EPFL - 2026 Mark Henley / EPFL - CC BY SA

Qui est donc cette magicienne, porte-voix d’une partie conséquente de la communauté scientifique? On la rencontre dans le Laboratoire des circuits quantiques hybrides, devant un ordinateur quantique en devenir qui ressemble à une bombonne perfusée de câbles menant à des racks de serveurs clignotants. Très schématiquement, le but de sa thèse est de créer des dispositifs et puces électroniques qui permettraient d’accéder plus facilement aux capacités des ordinateurs quantiques en amplifiant les signaux qu’ils produisent. Créer les conditions pour que quelque chose fonctionne au mieux est une préoccupation qui dépasse largement le cadre de ses recherches. Au cœur de son engagement auprès des secouristes ou de ses pairs, on retrouve le souhait de mettre en place un environnement favorable pour que tout le monde se sente bien là où il ou elle est.

La main pleine d’échardes

Énergique et passionnée, Philippine raconte comment tout a commencé: «Quand je suis arrivée à l’EPFL, en 2018, lors de la semaine d’intégration, je me suis recouverte la main d’échardes! J’ai passé une bonne heure auprès des secouristes qui me les ont retirées. J’ai bien eu le temps de discuter avec eux et c’est comme ça que je les ai découverts.» L’étudiante en microtechnique commence dans l’équipe, puis devient leur représentante. Elle épaule les responsables d’unité dans l’exercice de leur fonction et accompagne le service lors des changements organisationnels et hiérarchiques. Parallèlement, elle devient cheffe de poste en charge de gérer les effectifs pour appuyer lors des grands événements le groupe d’intervention. Aujourd’hui, si elle ne relaie plus leur voix, elle reste engagée, comme en témoigne son uniforme.

En Master, Philippine Milward rejoint l’AGEPoly, toujours dans l’équipe représentation. Elle s’évertue à améliorer la communication. «Le problème, c’est qu’il y a énormément de choses qui se font, mais personne n’est au courant», déplore-t-elle. Elle rédige des textes, crée des groupes de travail, se passionne. S’engage à fond pour défendre une meilleure inclusion des étudiantes et étudiants en architecture, différer les sessions d’examens, améliorer et clarifier le système de représentation, promouvoir le serment d'Archimède. Sans oublier de donner un coup de main lors d'événements.

Naturellement, quand elle décide de poursuivre un doctorat à l’EPFL après son Master, Philippine Milward s’engage dans PolyDoc, pour représenter ses pairs. Dans une même logique, elle prend la vice-présidence Stratégie de l’Association du corps intermédiaire scientifique (ELSA). Les sujets de préoccupations du corps intermédiaire sont multiples, très individuels quand ils sont liés à des conflits au sein d’un labo ou à l’organisation d’événements ou, au contraire, collectifs quand il s’agit de rester au frais en été ou de bien manger sur le campus. Pont entre ce corps et la direction, la jeune femme apprécie le renforcement des relations entre la Présidence et les représentantes et représentants du corps intermédiaire, d’être davantage intégrée dans les discussions et se réjouit des nouvelles initiatives qui en émergent.

Un avenir à dessiner

«Je ne parle jamais en mon nom, précise la doctorante. Je parle au nom de la communauté, même si ce n’est pas toujours mon avis.» Pour autant, elle a ses préoccupations, comme celle d’être une femme dans un monde quand même très masculin. «Quoique, j’ai de la chance, nous sommes quatre femmes dans mon laboratoire. Mais encore aujourd’hui, une femme d’un mètre 60 à la voix aigüe n’est pas traitée de la même façon qu’un homme d’un mètre 80 avec sa voix grave. Il y a un véritable travail de fond à faire.»

Philippine Milward s’inquiète aussi parfois de ce que l’avenir lui réserve quand elle aura terminé son doctorat, vers la fin 2028. Mais, jusqu’à présent, ce qui émerge du parcours de la jeune femme, c’est la continuité de son engagement au service de la communauté EPFL tout en menant avec succès ses études et ses recherches. «Un résultat qui ne serait pas possible sans les précieuses personnes en qui j’ai confiance, qui m’épaulent et me remettent sur le droit chemin si nécessaire dans mon cercle professionnel et personnel», reconnait-elle.


Auteur: Anne-Muriel Brouet

Source: People

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