Perdu·e à l'EPFL? Un outil de guidage rend le campus plus accessible

Application StreetNav - 2026 EPFL/Mathias Udriot - CC-BY-SA 4.0
Le chantier DoubleDeck a modifié les habitudes de déplacement sur le campus EPFL. Pour trouver facilement son chemin entre le métro et le Rolex Learning Center, l’application StreetNav sert désormais de boussole, incluant les personnes en situation de handicap.
Gabriella, étudiante en génie mécanique à l’EPFL, a connu le campus EPFL sous trois angles. Le premier, quand elle était une jeune fille totalement libre de ses mouvements. Le second, après une longue réadaptation, à la suite d’une terrible chute de 10 mètres qui l’a privée presque totalement de l’usage de ses jambes. Et le troisième, depuis le début du chantier Double Deck, en été 2025, quand les itinéraires ont été transformés par le trou gigantesque qu’il s’agit maintenant de contourner en plein cœur du campus.
Avec Hervé, un collaborateur malvoyant de l’EPFL, Gabriella s’est prêtée comme cobaye pour tester le développement d’une application de guidage comme solution temporaire, le temps du chantier, appelé à se terminer en 2029. Cela en attendant l’évolution prévue de l’application EPFL Plan, objet d’un projet plus important.
L’application en question ici, StreetNav, a la particularité de s’adapter à neuf profils d’usagères et d’usagers: piéton valide, marche difficile, femme enceinte, fauteuil roulant ou électrique, poussette et valise, malvoyant ou aveugle, ainsi que «facile à lire» pour les personnes allophones, par exemple.
L’application est maintenant prête à l’emploi, après plusieurs semaines consacrées à numériser des zones intérieures à différents étages, à tester l’outil et à corriger les bugs. Il a fallu par exemple poser des balises sous certains espaces couverts afin que le signal passe plus facilement du mode GPS en extérieur au mode numérisé à l’intérieur du bâtiment CM, dont le couloir central a été intégralement scanné. Ce passage permet le contournement du chantier sur un trajet allant de l’arrêt de métro EPFL au Rolex Learning Center. Ainsi, il est possible de trouver facilement une salle précise à l’intérieur du CM, en plus de se rendre vers n’importe quelle entrée d’autres bâtiments ou points principaux du campus.
Je pourrais même recommander l’appli à des amis valides qui viennent me voir sans connaître le campus, car c'est très facile de s'y perdre.
«Je pourrais même recommander l’appli à des amis valides qui viennent me voir sans connaître le campus, car c'est très facile de s'y perdre», relève Gabriella. En ce qui la concerne, elle apprécie notamment le fait que StreetNav, connaissant son profil, évite à son fauteuil roulant d’emprunter les zones de gravier ou de pavés.
«Un chouette produit»
Hervé, lui aussi, trouve que l’application est «un chouette produit» même si, au moment des premiers tests, il a fallu pas mal tâtonner: «La voix ne disait pas toujours ce qui était écrit sur l’écran du téléphone. Parfois l’ascenseur était quelques mètres plus loin qu’indiqué, ou certains obstacles n’étaient pas indiqués.» Autant de réglages fins que la société SeedGrowth Accessibility, partenaire du projet, a dû intégrer pour que StreetNav réponde mieux aux attentes.
Pour Quentin Delval, chef de projet au Bureau de l’égalité des chances, qui pilote le programme EPFL sans barrières dans lequel StreetNav s’insère, c’est un motif de satisfaction. «Quand on est en situation de handicap, on doit anticiper beaucoup plus. On se lève plus tôt, il faut planifier les déplacements, venir en avance pour pouvoir réagir à l'imprévu si nécessaire, et parfois trouver des gens pour aider. C’est énormément de charge mentale supplémentaire, qui pompe des ressources par ailleurs nécessaires pour gérer le stress du quotidien. Ces personnes sont donc plus à risque de se retirer de leur vie sociale, de leur formation ou de leur travail, parce qu’on ne leur a pas permis de bien fonctionner dans l’espace. Or la loi exige de favoriser un maximum l’autonomie des personnes en situation de handicap.»
La loi exige de favoriser un maximum l’autonomie des personnes en situation de handicap.
Le projet EPFL sans barrières doit aboutir cette année à un plan d’action concret, à proposer à la Direction, pour aller plus loin que les constats observés lors de la phase initiale de consultation des personnes rencontrant des difficultés sensorielles ou de mobilité. Cela nécessitera des moyens conséquents, mais certaines actions plus modestes peuvent également être réalisées. StreetNav en est un exemple.
Et pour engager l’ensemble des membres de la communauté EPFL à faire preuve de solidarité avec leurs pairs marqués par des limitations physiques, il existe une application sœur de StreetNav qui s’appelle StreetCo, permettant de signaler tout problème d’accessibilité sur le campus: ascenseur en panne, escalier encombré, palissade déplacée, etc. A elles deux, ces applications forment une sorte de Waze du piéton, un outil finalement utile à toutes et tous, qu’on soit en pleine forme ou de retour du ski avec une jambe cassée.