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10.11.16 - Des microbiologistes de l’EPFL et de l’Université d’Edimbourg ont découvert que les écureuils roux, en Grande-Bretagne et en Irlande, sont porteurs des deux espèces de bactéries qui provoquent la lèpre chez l’homme.

Endémique dans l’Europe médiévale, la lèpre a fortement diminué à la fin du Moyen-âge, pour des raisons qui demeurent peu claires. Il y a environ un siècle, la lèpre avait virtuellement disparu d’Europe, du moins chez les humains. En examinant des écureuils roux malades provenant d’Angleterre, d’Irlande et d’Ecosse, des scientifiques de l’EPFL et de l’Université d’Edimbourg viennent de découvrir que la bactérie qui provoque la lèpre chez les humains infecte aussi les écureuils roux. Ce travail est publié dans Science.

La lèpre est une maladie infectieuse qui affecte principalement la peau, les nerfs périphériques, les voies respiratoires supérieures et les yeux. Elle est provoquée par la bactérie

Mycobacterium leprae et une bactérie récemment découverte, Mycobacterium lepromatosis. La lèpre est une des maladies les plus anciennes, elle a eu un impact social énorme à travers de multiples cultures tout au long de l’Histoire. Bien qu’elle soit aujourd’hui largement sous contrôle grâce aux antibiotiques, on dénombre encore plus de 200'000 nouveaux cas de lèpre chaque année dans le monde.

On le sait peu, mais la lèpre affecte aussi des animaux tels que le tatou, qui a semble-t-il provoqué quelques cas d’infections transmises de l’animal à l’homme (infection «zoonotique»). Partant de cette constatation, le laboratoire de Stewart Cole à l’EPFL et d’Anna Meredith à l’Université d’Edimbourg ont effectué des test ADN sur 110 écureuils roux provenant d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande. Certains de ces animaux présentaient des symptômes cliniques de lèpre, d’autres pas; néanmoins, la plupart d’entre eux étaient infectés par la bactérie de la lèpre.

Curieusement, les écureuils roux de Brownsea Island, située au large de la côte méridionale de l’Angleterre, étaient infectés par une souche de M. leprae étroitement liée à celle retrouvée sur le squelette d’une victime de la lèpre enterrée à Winchester, à 70 km de Brownsea Island, il y a 730 ans.

Par ailleurs, les écureuils roux d’Ecosse, d’Irlande et de l’Ile de Wight (Angleterre du Sud) étaient infectés par l’autre bactérie de la lèpre, M. lepromatosis. Cette souche provoque la lèpre chez les hommes au Mexique, et une analyse plus poussée a montré que les deux souches, mexicaine et européenne, ont divergé à partir d’un ancêtre commun il y a 27'000 ans.

«Découvrir que des siècles après sa disparition chez l’homme au Royaume-Uni, M. leprae causait la maladie chez les écureuils, était complètement inattendu,» dit Stewart Cole. «Cela n’a jamais été observé auparavant.»

L’étude montre comment un pathogène peut demeurer inaperçu dans l’environnement, même pendant des centaines d’années après qu’il a été éradiqué de la population humaine. «La découverte de la lèpre chez les écureuils roux et inquiétante dans une perspective de préservation de l’espèce, mais elle ne devrait pas inquiéter la population au Royaume-Uni», dit Anna Meredith. «Nous avons besoin de comprendre pourquoi et comment la maladie s’attrape et de transmet parmi les écureuils roux, afin de pouvoir mieux gérer la maladie chez cette espèce emblématique.»

Mais y a-t-il un danger pour les humains ? «Il n’y aucune raison de paniquer,» dit Andrej Benjak, l’un des auteurs principaux de l’article. «La lèpre autochtone n’a plus été détectée au Royaume Uni depuis des décennies, bien que nous ne puissions pas exclure l’éventualité de cas rares, non déclarés ou mal diagnostiqués à l’intérieur du Royaume Uni.» Il suggère que des efforts supplémentaires soient faits pour suivre la maladie, dans le cadre du Global Leprosy Surveillance Programme de l’OMS, dans lequel il y a encore une marge de progrès.

«La prochaine étape logique après cette étude consiste à contrôler la population d’écureuils roux en dehors des Iles britanniques, y compris en Suisse,» dit Benjak. «Même si la lèpre existe chez les écureuils d’Europe continentale, le risque de transmission à l’homme est généralement bas en raison de leurs contacts limités avec les humains. De plus, la chasse de l’écureuil roux est interdite dans la plupart des pays européens.»

Ce travail a été financé par des subventions de la Fondation Raoul Follereau à S. T. C., par le Fonds national suisse, et la Thomas O’Hanlon Memorial Award in Veterinary Medicine.

Référence

Charlotte Avanzi, Jorge del-Pozo, Andrej Benjak, Karen Stevenson, Victor R. Simpson, Philippe Busso, Joyce McLuckie, Chloé Loiseau, Colin Lawton, Janne Schoening, Darren J. Shaw, Jérémie Piton, Lucio Vera-Cabrera, Jesùs S. Velarde-Felix, Fergal McDermott, Stephen V. Gordon, Stewart T. Cole, Anna L. Meredith. Red squirrels in the British Isles are infected with leprosy bacilli.Science 11 November 2016. DOI: 10.1126/science.aah3783

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