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Les drones de l'EPFL attirent la foule à Las Vegas

Les drones de l'EPFL présentés au CES de Las Vegas par les entrepreneurs et Nicolas Bideau, directeur de Présence Suisse © 2019 EPFL

Les drones de l'EPFL présentés au CES de Las Vegas par les entrepreneurs et Nicolas Bideau, directeur de Présence Suisse © 2019 EPFL

Cette semaine, quatre drones conçus à l’EPFL se présentent à un parterre d’industriels sur la scène du Pavillon suisse au Consumer Electronics Show de Las Vegas. Les spin-off qui les développent veulent ainsi se faire une place sur le marché international, comme l’ont fait avant elles Flyability ou Pix4D. Si la « Drone Valley » n’a pas encore la renommée du chocolat outre-Atlantique, les spécialistes américains regardent d’un œil enthousiaste les technologies qui s’y développent.

Cette semaine, toutes les deux heures, des vrombissements se font entendre au CES de Las Vegas, lorsque les drones entrent en scène au Pavillon suisse. Certains visiteurs sont intrigués par le bruit, d’autres sont venus spécialement pour ces shows de 15 minutes, introduits à l’américaine par Nicolas Bideau, directeur de Présence Suisse. Les 200 mètres carrés du stand ne suffisent pas, et certains tentent d’apercevoir les engins volants sur la pointe des pieds depuis les allées. On le constate à chaque représentation et aux questions qui s’ensuivent, ces engins, dont la majorité est issue de l’EPFL, intéressent les professionnels à la recherche des perles rares pour une collaboration ou un investissement.

On s’en doute cependant, la Suisse de la « Drone Valley » n’est pas la première nation qui vient à l’esprit des acteurs du marché américain. Mais comme le note Romeo Durscher, directeur d’intégration dans la sécurité publique pour DJI, multinationale du drone, « les vrais experts ne s’y trompent pas et notent l’approche positive, sérieuse et visionnaire qui émerge en Suisse, particulièrement autour des écoles polytechniques ». Certaines start-up helvétiques parviennent d’ailleurs à tirer leur épingle du jeu à l’image de Flyability -issue comme Dronistics et FlyJaket du Laboratoire de systèmes intelligents et soutenus par le NCCR Robotics- ainsi que Pix4D, deux spin-off de l’EPFL qui comptent outre-Atlantique. Alors que les engins en cage de la première rebondissent sur les obstacles pour se frayer rapidement un chemin, les logiciels de cartographie et mesure de la seconde y sont utilisés par de très nombreux professionnels.

Place au pilotage intuitif

Une douzaine de spin-off ont déjà été officiellement créées dans le domaine du drone à l’EPFL alors que plusieurs technologies sont encore peaufinées dans les laboratoires avant de se tourner vers une application, et pourquoi pas, le lancement d’une société, à l’image de Flyjacket. Pour Carine Rognon, l’une des conceptrice de ce projet, « un salon tel que celui-ci nous offre non seulement de la visibilité, mais aussi la possibilité de confronter notre système à l’avis d’un grand nombre de spécialistes qui nous permettra de mieux nous positionner sur le marché ».

Timothée Peter et Arthur Gay, qui ont fondé la start-up MotionPilot avant même d’avoir terminé leurs études, profitent de l’occasion pour se déplacer sur les stands de potentiels partenaires afin de présenter leur joystick permettant un pilotage intuitif. « Depuis 60 ans qu’existent les drones, note Romeo Durscher, on ne connait quasiment que les télécommandes traditionnelles. Ces applications, ainsi que le joystick haptique pliable qui peut s’appliquer aux drones, s’inscrivent parfaitement dans une tendance qui vise à trouver des moyens plus intuitifs de piloter, notamment pour des missions de sauvetage ».

Il ne cache pas son enthousiasme non plus pour Dronistics, dont les drones insérés dans une cage pliable et légère pourraient remplacer les entreprises de livraison de colis sur de courtes distances, comme les applications de messageries l’ont fait pour les lettres.

Entrer dans les starting-blocks au bon moment

La participation au CES organisée par Présence Suisse et Switzerland Global Entreprise, mais aussi de nombreux autres programmes mis sur pieds par des organismes publics ou privés, permettent aux jeunes start-up helvétiques de se confronter aux spécificités du marché américain et de prendre leurs premiers contacts. Plus encore qu’en Suisse, le marché américain impose d’aller vite et d’anticiper les prochains pas. « Est-on prêt à amener une partie de l’entreprise outre-Atlantique en cas d’un investissement ou d’un partenariat ? », projette Christian Simm, directeur de Swissnex Boston après avoir eu la même fonction à San Francisco durant une dizaine d’années.

Une course qui, d’après Romeo Durscher, d’origine suisse mais émigré depuis plus de vingt ans aux États-Unis, ne doit pas démarrer trop tôt dans la vie de l’entreprise : « mieux vaut utiliser au maximum toutes les aides financières afin de bâtir un projet solide avant de se lancer. Convaincre un investisseur, par exemple dans la Silicon Valley, n’est pas facile et mieux vaut arriver avec une technologie aboutie et un message clair ». Une fois dans les starting-blocks, la course commence. Comme le note Christian Simm, il ne faut pas hésiter à frapper aux portes et à relancer les contacts. « C’est presque une norme ici, particulièrement dans la Silicon Valley de recevoir un email après un rendez-vous avant même d’avoir regagné son bureau », sourit-il.

L’atout surprise

Enfin, le fait que la Suisse ne soit pas -encore- considérée comme une des grandes nations du drone aux États-Unis peut parfois être un atout. L’effet de surprise peut faire la différence, d’après Christian Simm, qui entend souvent des commentaires tels que « comment ne pouvions-nous ne pas être au courant que vous aviez ce niveau de technologie en Suisse ?» En attendant, peut-être, que les drones relèguent à la seconde place le chocolat et les montres.