Le prix Durabilis distingue des projets liant adaptation et inclusion

(de g. à d.)  Nikita Audergon, Célia Fleury, Augustin Fragnière, Brian Salamin et Zélie Cortès. En arrière-plan, Aurélie Fornerod est intervenue via zoom.  © 2026 EPFL

(de g. à d.) Nikita Audergon, Célia Fleury, Augustin Fragnière, Brian Salamin et Zélie Cortès. En arrière-plan, Aurélie Fornerod est intervenue via zoom. © 2026 EPFL

Rénover les quartiers les plus vulnérables, revitaliser les rivières à bout de souffle, rendre plus accessibles les épiceries participatives ou donner un espace d’expression aux enfants. Des solutions concrètes pour un monde plus résilient qui ne laisse personne sur le carreau.

Au cœur du travail de Bachelor et des projets de Master des quatre lauréates et du lauréat du prix Durabilis 2025 - qui récompense de brillants travaux étudiants de l’EPFL et de l’Unil en lien avec la durabilité - se trouve l’envie d’agir pour avoir un impact environnemental et social positif. Cette enthousiaste quête de sens s’est ressentie dans les présentations des projets au public à l’occasion de la cérémonie de remise du prix le 12 mars 2026.

Une manifestation rythmée cette année par les improvisations de la troupe The Catalyst qui ont revisité avec humour les thématiques présentées, et clôturée par un apéritif dédié à l’échange. « Nous aimerions toucher plus largement la communauté étudiante pour susciter des vocations concernant l’étude de la durabilité », relève Augustin Fragnière, directeur adjoint du Centre de compétences en durabilité de l’Unil et président du jury. Par la mise en valeur des travaux primés, qui ont tous obtenu une note de 5 ou plus, il s’agit également de montrer qu’il existe des solutions à différentes échelles pour répondre aux enjeux sociaux et environnementaux.

Maquette du projet de Zélie Cortès © 2025

Rénover les quartiers doublement vulnérables

Diplômée de l’EPFL, Zélie Cortès a consacré son projet de Master en architecture à « l’adaptation et la réhabilitation d’un ensemble résidentiel à Nyon » face aux effets du changement climatique, en prenant en compte la notion de vulnérabilité spatiale, mais aussi sociale. Son travail a d’abord consisté à concevoir une méthodologie, réplicable dans d’autres contextes, pour cartographier les quartiers doublement vulnérables dans les villes de Lausanne, Vevey, Yverdon-les-Bains et Nyon. Pour ce faire, elle a croisé des données relatives à la température ressentie avec un indicateur socio-économique. « Les quartiers les plus touchés sont très différents en termes de période de construction ou de morphologie urbaine. J’ai choisi un quartier au nord de Nyon qui nécessite une importante rénovation et n’est pas classé au patrimoine. Mon intervention s'est développée autour des rez-de-chaussée semi-enterrés, dont la stabilité thermique constitue une ressource précieuse. »

Dans son projet, Zélie Cortès a réhabilité ces espaces pour mettre en place des services de proximité : une épicerie, un centre médico-social, un centre de formation et d’intégration professionnelle et une maison de quartier. Pour plus de fraîcheur, le quartier est également revégétalisé, le sol désimperméabilisé et l’eau réintroduite en surface. Par ailleurs, pour éviter de reloger les locataires durant les travaux, une surélévation en bois accueille des logements temporaires. « Ce travail m’a montré l’importance de l’interdisciplinarité lorsqu’on parle d’enjeux environnementaux, en tant qu’architecte, nous devons prendre en compte les aspects sociaux, économiques et politiques. »

En été, l'Aire souffre régulièrement d'un déficit d'eau. © Brian Salamin 2025

Des barrages « castors » pour le bien-être des rivières

Pour son projet de Master en génie civil à l’EPFL, Brian Salamin a également empoigné le problème du réchauffement climatique, en travaillant sur des solutions pour contrer le déficit d’eau critique en été de deux rivières genevoises, l’Aire et la Drize. « Ce projet est parti d’un besoin de l’Office cantonal genevois de l’eau et cela tombait bien, car je souhaitais un travail en lien avec la nature et pouvant être mis en pratique. » Outre la diminution de leur débit, les deux rivières étudiées font face à une augmentation de la température de l’eau et à des pollutions « issues des rejets agricoles, urbains et autoroutiers ».

Pour éviter leur asséchement et préserver la biodiversité aquatique, Brian Salamin a étudié un éventail de mesures éco-responsables et peu coûteuses. L’Aire et la Drize étant proches de nappes phréatiques, une solution est de dériver une partie de l’eau en période de haut débit afin d’infiltrer les nappes phréatiques. Ce qui permet en période estivale d’avoir un apport naturel d’eau fraîche dans les rivières et de combler les besoins liés à l’agriculture. Une seconde mesure proposée, « inspirée par les castors », est de créer des petits barrages au fil de l’eau pour réhumidifier les plaines alluviales qui restitueront de l’eau aux rivières lors des périodes où le débit est le plus faible. Ces barrages ont aussi l’avantage de favoriser la biodiversité. Finalement, Brian Salamin souligne l’impact de la couverture végétale, l’ombrage des rivières permettant de réduire la hausse de leurs températures. Suite à son projet, il a publié un article scientifique et il travaille désormais comme ingénieur eau et environnement dans une entreprise de génie civil.

Des épiceries participatives mais un entre-soi

Via une alimentation responsable, Aurélie Fornerod diplômée de la Faculté des géosciences et de l’environnement de l’Unil, souhaite pour sa part agir pour une production durable. Elle s’est penchée pour son travail de Bachelor sur les épiceries alternatives et la question de leur accessibilité. Membre de l’épicerie participative lausannoise Coupe-circuit, elle a pris celle-ci pour cas d’étude. L’épicerie propose des produits bio et locaux qui sont pour la plupart achetés directement aux producteurs. Elle est ouverte uniquement à ses membres qui doivent participer à son fonctionnement au minimum 3h/mois. L’épicerie se veut durable et accessible à tout le monde.

Via dix entretiens semi-directifs avec des membres de Coupe-circuit et de l’observation participante, Aurélie Fornerod a cependant relevé plusieurs problèmes, en termes de visibilité du lieu, mais aussi d’un phénomène d’entre-soi. La littérature montre d’ailleurs que ceci se retrouve dans d’autres structures du même type. « On voit que la majorité des membres présentent un profil socioéconomique similaire, ils ont effectué de hautes études et s’inscrivent dans la classe moyenne à aisée. Il faut dire que les nouveaux membres viennent souvent par le bouche-à-oreille, car l’épicerie est peu mise en évidence dans l’espace public. La problématique du temps à disposition pour s’engager revient aussi beaucoup. » Afin de mettre à profit ses recherches, Aurélie Fornerod a le projet d’organiser une réunion avec les membres de Coupe-circuit pour présenter les points clés de son travail et amener des évolutions en vue de plus d’inclusivité.

Donner la parole aux enfants

Ce sont les personnes qui seront les plus touchées par le changement climatique et pourtant, ce sont les moins entendues. Nikita Audergon et Célia Fleury, diplômées de l’Unil en psychologie, ont donné pour leur mémoire de Master la parole à une centaine d’enfants âgés entre 9 à 10 ans, analysant leurs perceptions et émotions vis-à-vis des enjeux planétaires. « La recherche montre qu’il y a un manque d’études qualitatives qui abordent les émotions des enfants en lien avec le changement climatique (éco-émotions). En partenariat avec la ville de La Chaux-de-Fonds, nous avons donc coconstruit une série d’interventions dans des classes. » Elles ont réalisé ces animations avec Oriane Sarrasin, maître d’enseignement et de recherche à la Faculté des sciences sociales et politiques de l’Unil qui a supervisé leur mémoire.

Par le biais d’un jeu visant à favoriser les discussions, Nikita Audergon et Célia Fleury ont recueilli le ressenti des enfants, leurs connaissances, leurs préoccupations, leurs idées d’action. Une majorité des enfants se sont montrés particulièrement attachés à la nature, aux animaux et sensibles aux problèmes de pollution. Cet attachement génère de la tristesse, de la colère et de la peur face aux impacts du changement climatique sur la biodiversité, la faune et la flore. De manière inattendue, la thématique de la guerre a aussi émergé dans les discussions avec les enfants, qui sont surtout informés par la famille, la télévision, les réseaux sociaux et l’école.

« Notre travail a montré que les préoccupations vis-à-vis des catastrophes naturelles et d’origine humaine s’imbriquent pour façonner une perception d’un monde et d’un futur en proie à de nombreux défis. » Au milieu de ces récits, des émotions positives sont aussi apparues, particulièrement l’espoir que des actions puissent amener une amélioration de l’état de la planète. Suite à leur recherche, de nouvelles interventions ont été menées à La Chaux-de-Fonds et dans la région lausannoise auprès d’enfants âgés entre 4 et 14 ans. En parallèle, une collaboration avec la Ville de Lausanne a mené à la production d’un document vulgarisé sur les éco-émotions. Un guide pour mener des interventions sur cette thématique est également en cours d’élaboration.

L’espoir d’un changement possible, c’est également ce qui donne envie aux lauréates et au lauréat du Prix Durabilis de poursuivre leur engagement. Très sensibles aux questions environnementales, ils désirent continuer à s’investir pour un futur durable, que cela soit à titre professionnel ou personnel.


Auteur: Laureline Duvillard

Source: People

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