« Le confinement a facilité l'organisation entre start-up et études »

Pierre Bouquet © 2021 Alain Herzog
Lorsque l’on mène une double vie d’étudiant et d’entrepreneur, comme Pierre Bouquet, le confinement a parfois du bon car il permet de gagner du temps. Voilà presque un an que cet étudiant de Master en mécanique a lancé sa start-up BioT, avec deux cofondateurs. Il nous raconte son parcours et celui de son entreprise.
Votre start-up, BioT, développe un système de traçage du matériel médical basé sur l’intelligence artificielle.Comment l’idée vous est-elle venue ?
Notre CEO, David Compain, alumni de l’EPFL, a travaillé durant deux ans en tant que consultant en management dans des hôpitaux et des cliniques. Il s’est étonné du fait que le personnel médical devait quotidiennement s’inquiéter de trouver le matériel dont il avait besoin et le contrôler. C’est du temps perdu pour les soins aux patients. Un sondage qu’il a effectué auprès de plus de 50 personnes de divers hôpitaux a montré que 95% des personnes interrogées seraient heureuses de pouvoir compter sur un système comme le nôtre.
Pourquoi avoir plongé dans cette aventure alors que vous n’avez pas encore terminé vos études en mécanique à l’EPFL ?
J’ai rejoint l’aventure en septembre 2020, avec Andrea Veneziano, un autre étudiant de Master en informatique, pour accélérer le développement technologique de BioT. Je m’occupe du hardware. C’est une manière de mettre en pratique directe ce que j’apprends en cours. Bien entendu le temps n’est pas extensible : nous n’avons pas beaucoup de week-ends libres et moins de vie sociale. Mais c’est passionnant de relever ce défi. Voir le système être utilisé par des hôpitaux est une belle récompense. D’autre part le confinement et les cours en ligne m’ont permis d’optimiser mon temps.
Comment fonctionne le système que vous développez ?
Il s’agit d’un système global, personnalisé pour chaque établissement, de gestion du matériel qui permet de référencer les appareils de manière centralisée, connaître l’état de la maintenance et les localiser en temps réel. Les données alimentent l'intelligence artificielle, qui optimise le fonctionnement des hôpitaux. Le personnel médical trouve facilement sur une interface ce dont il a besoin. Le gain de temps est estimé à plus d’une heure par jour. Je précise que le système est sécurisé et hébergé en Suisse. La plateforme permet également d’aider les services de logistique et de maintenance afin de réduire les coûts puisqu’on estime qu’entre 5 et 10% du matériel n’est jamais utilisé. De plus, notre offre permet de prévenir la perte et le vol des objets.
Quels sont les prochains objectifs pour votre start-up ?
Mon objectif est actuellement d’améliorer l’algorithme de géolocalisation en lui ajoutant une partie de Machine Learning. Une étudiante de l’EPFL travaille également avec nous pour sa thèse de master. Son but est de diviser par deux la taille de la balise afin de pouvoir la placer sur n’importe quel dispositif. Notre système dans sa version QR code, sans intelligence artificielle, est déjà en phase de test dans douze centres de soins en Suisse romande. La version avec les balises et l’apprentissage automatique va être prochainement testée dans trois hôpitaux. Mais notre dispositif s’applique également à d’autres entreprises. Nous avons par exemple été contactés par le service de restauration de l’EPFL. De manière globale, notre business plan est ambitieux et nous prévoyons une première levée de fonds d’environ un million d’ici la fin de l’année. Plusieurs investisseurs se montrent déjà intéressés.

Alors justement, comment développer une entreprise avant la première rentrée d’argent lorsqu’on est étudiant ?
Pour réduire les coûts, nous ne nous versons pas de salaire pour l’instant et nous travaillons à la Forge – espace de coworking du parc de l’innovation pour les start-ups. Mais surtout nous avons déjà obtenu de nombreux prix et fonds de démarrage qui couvrent les frais. Pour n’en citer que quelques-uns, nous avons passé la première phase du concours Venture Kick, la Fit Digital, remporté le concours START Lausanne en mars ainsi que celui de Genilem. Nous avons également été soutenus par le tout nouvel accélérateur Blaze de l’EPFL qui nous a beaucoup apporté. Le programme est conçu pour accélérer les startups fondées par des étudiantes ou des étudiants jusqu'à leur lancement réussi sur le marché.