la Suisse retrouve sa place dans la recherche européenne en fusion

Frank Levano et Franz Oberle, de l'équipe du SPC de l'EPFL travaillant sur la partie supérieure du transformateur supraconducteur © Zeljko Gataric
Depuis le 1er janvier 2026, la Suisse participe à nouveau officiellement au projet ITER dans le cadre de l’accord sur les programmes de l’Union européenne signé fin 2025. Cet accord consacre l’association de la Suisse aux principaux programmes de financement de l’Union européenne pour la recherche et l’innovation, après un arrêt des négociations sur un accord institutionnel intervenue en 2021. Pour le Swiss Plasma Center, centre national et acteur de premier plan dans la recherche mondiale en fusion, cette réintégration constitue une étape majeure et clôt une période de transition marquée par le soutien continu de la Suisse et de ses partenaires européens.
«Nous saluons chaleureusement l’intégration de la Suisse dans le programme Horizon Europe et le programme de recherche et de formation d’Euratom», se réjouit Paolo Ricci, directeur du Swiss Plasma Center (SPC). Cette avancée déterminante a été officialisée le 10 novembre 2025 à Berne par le conseiller fédéral Guy Parmelin et la commissaire européenne Ekaterina Zaharieva, avec la signature de l’accord sur les programmes de l’Union européenne.
L’association est rétroactive au 1er janvier 2025 et couvre non seulement Horizon Europe, mais également le programme complémentaire Euratom ainsi que le programme Europe numérique. La participation de la Suisse au projet ITER, pilier mondial de la recherche en fusion, a quant à elle redémarré le 1er janvier 2026, marquant un retour complet dans l’écosystème européen de la fusion.
Rôle stratégique renforcé
«Cette affiliation renforce le rôle stratégique de la Suisse dans l’implémentation et l’élaboration de la feuille de route européenne pour la fusion», poursuit Paolo Ricci. Elle permet aux institutions et à l’industrie suisse de contribuer plus efficacement aux priorités clés, telles que l’exploitation d’ITER, la conception des futurs dispositifs de fusion, le développement de matériaux et de composants, les technologies du tritium ou encore les systèmes de mesure avancés.
Plus largement, cet engagement réaffirme que la fusion est, par nature, une entreprise collective, confrontée à des défis scientifiques et technologiques d’une ampleur telle qu’aucun pays ne peut les relever seul. ITER constitue à cet égard un exemple emblématique de coopération internationale : pas moins de 35 pays y unissent leurs efforts pour repousser les frontières de la science et de l’ingénierie, avec l’ambition de fournir une source d’énergie sûre, abondante et durable au bénéfice de toutes et tous.
Soutien et résilience pendant la transition
Consciente de l’importance de ces enjeux scientifiques et technologiques, la communauté suisse de la fusion a fait preuve d’une grande résilience durant l’absence d’association à Horizon Europe et Euratom. Grâce à un soutien national fort et ininterrompu et à des partenariats internationaux solides, la dynamique scientifique a été maintenue, les projets à long terme ont été préservés et l’engagement de la Suisse en faveur de la recherche en fusion n’a jamais été remis en question. Cette continuité a permis une intégration fluide et efficace dans les programmes européens.
«Nous souhaitons exprimer notre sincère gratitude au Gouvernement suisse, et en particulier au Secrétariat d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI), pour avoir assuré la poursuite de la participation de la Suisse aux programmes de l’Union européenne durant la période de non-association», souligne Paolo Ricci. Cette participation a notamment été rendue possible grâce à des dispositifs de financement dédiés, permettant une contribution suisse à ITER via des accords spécifiques entre le SEFRI, l’EPFL et l’agence domestique européenne du projet ITER, Fusion for Energy (F4E).
Rôle clé des partenaires européens
Au niveau européen, le consortium EUROfusion, qui coordonne les activités de recherche et de développement en fusion, a joué un rôle déterminant durant cette phase de transition. Il a maintenu la collaboration avec des partenaires suisses et assuré leur pleine participation scientifique, notamment grâce au statut de partenaires affiliés de la Société Max Planck (Max Planck Gesellschaft, MPG) en Allemagne, envers laquelle Paolo Ricci exprime sa gratitude. Cette stabilité témoigne de la reconnaissance, au niveau européen, de la valeur scientifique et technologique que la Suisse apporte au programme de fusion.
L’apport suisse au programme européen de fusion
En effet, le Swiss Plasma Center, qui est intégré au campus de l’EPFL, joue un rôle important dans la formation des futures générations de scientifiques et d’ingénieurs en fusion. Grâce à un programme solide s’appuyant sur des infrastructures de recherche reconnues internationalement, notre centre suisse contribue à former des spécialistes indispensables à la réalisation et à l’exploitation de l’énergie de fusion dans les décennies à venir.
La Suisse amène aussi une forte expertise tant sur le plan de la recherche que de l’industrie. « Nous sommes fiers de la main-d’œuvre hautement qualifiée, des infrastructures et des compétences industrielles que la Suisse a développées au fil des décennies », souligne Paolo Ricci. Dans un contexte d’expansion rapide des initiatives publiques et privées dans le monde, cette excellence constitue un atout important pour accélérer les progrès vers l’énergie de fusion.
Partenariats publics-privés : un levier essentiel
À mesure que la recherche avance, le développement technologique et les liens étroits avec l’industrie deviennent cruciaux, tout en restant solidement ancrés dans la recherche fondamentale. Un programme de fusion robuste repose précisément sur ce couplage étroit entre science de pointe et innovation appliquée.
«Cette tendance se traduit également par l’émergence de nouvelles start-ups, qui ne visent pas à développer des concepts alternatifs de fusion, mais à fournir des technologies, des composants et des compétences critiques, essentiels au succès des programmes de fusion à grande échelle», pointe le directeur du SPC.
Perspectives
L’intégration complète de la Suisse dans les programmes Horizon Europe et Euratom permet de renforcer davantage son rôle, de mieux valoriser son excellence et d’apporter une contribution accrue à l’effort européen en matière de fusion. Elle s’inscrit également dans la vision à long terme d’un système énergétique sûr, durable et résilient à l’échelle du continent.
Si la fusion ne peut à elle seule répondre aux urgences immédiates de la transition énergétique, elle représente néanmoins un investissement pour l’avenir. Source d’énergie à faible émission de CO₂, elle est appelée à compléter les renouvelables en offrant, à terme, une production massive et stable, avec un impact environnemental minimal. «Dans ce contexte, l’engagement de la Suisse dans le programme européen de fusion est essentiel pour soutenir la sécurité énergétique à long terme, le développement de compétences à forte valeur ajoutée, alignés sur les objectifs climatiques», conclut le directeur du Swiss Plasma Center.