«La meilleure manière d'apprendre, c'est d'enseigner»

Michel Bierlaire, élu meilleur enseignant 2025 de la Section génie civil de l’EPFL. - 2026 EPFL/Alain Herzog - CC-BY-SA 4.0
Disponible pour les étudiantes et étudiants et doté d’une expertise mondialement reconnue: Michel Bierlaire n’est pas seulement «Monsieur Transports», il est aussi le meilleur enseignant 2025 de la Section génie civil de l’EPFL.
Il a fallu attendre que son propre fils entame des études universitaires pour que Michel Bierlaire réalise «à quel point la disponibilité d’un professeur est importante pour les étudiantes et les étudiants». Désormais, le meilleur enseignant 2025 de la Section génie civil de l’EPFL participe systématiquement aux séances d’exercices, «durant lesquelles on me pose beaucoup plus de questions qu’en salle de cours».
«Au début de mon activité d’enseignant, j’avais tendance à me retirer, pensant que les étudiantes et étudiants se sentiraient ainsi plus à l’aise.» À l’inverse, l’engagement humain accru du responsable du Laboratoire transport et mobilité a eu deux effets positifs: accroître la motivation des personnes inscrites à ses cours et «mieux cerner leurs besoins, donc pouvoir adapter la matière dispensée».
L’adaptation figure d’ailleurs au cœur de la philosophie de celui qui enseigne depuis près de trente ans à l’EPFL. «Lorsque je commence à m’ennuyer, je remanie mes cours, car je me dis que les étudiantes et étudiants doivent s’ennuyer aussi.» Le professeur procède ainsi à un lifting en profondeur du programme «tous les deux à trois ans». Invité à décrire les autres caractéristiques de ses enseignements, il répond: «J’accorde beaucoup d’importance à la clarté des informations que je communique. Et puis je fais en sorte qu’il y ait toujours une histoire derrière, ce qui rend le tout plus vivant et, surtout, ancre les savoirs théoriques dans la réalité concrète.»
Très préparé et très anxieux
C’est au Massachusetts Institute of Technology (MIT), où il a travaillé deux ans en tant que collaborateur scientifique, que Michel Bierlaire s’est vu confier sa première charge de cours formelle. «J’étais très préparé – et très anxieux! – car les étudiantes et étudiants américains sont réputés exigeants.» Passées ses premières appréhensions, ce diplômé de l’Université de Namur (Belgique) a développé un réel intérêt pour l’enseignement. Au point de ne plus jamais y renoncer, «même lorsque j’exerçais des fonctions managériales au sein de l’EPFL», notamment la direction du programme doctoral en génie civil et environnemental (2009-2017) ou celle de l’Institut de génie civil (2017-2021). «Ma recherche est alimentée par l’enseignement. En tant que professeur, je suis obligé d’aller au bout des choses, de connaître la matière sur le bout des doigts.» Il résume: «La meilleure manière d’apprendre, c’est d’enseigner.»
Il suffit de jeter un coup d’œil au CV de Michel Bierlaire pour s’en convaincre: sa matière, il la connaît bel et bien sur le bout des doigts, lui qui a consacré plus de trente ans à développer et appliquer des modèles mathématiques et des algorithmes pour la gestion de systèmes de transports. «Mon tout premier amour d’adolescent, c’était l’informatique. Mais comme cette branche n’était pas (encore) proposée à l’université, j’ai étudié les maths.» L’intérêt pour la programmation est néanmoins resté. «J’ai notamment créé un logiciel permettant d’affecter les arbitres de volleyball – le sport que je pratiquais à l’époque - aux divers matches.»
Le mélange des approches tirées des mathématiques et du génie civil, c’est probablement ce qui fait ma particularité en tant que chercheur. J’ai construit ma carrière là-dessus
Pour Michel Bierlaire, les mathématiques ne constituaient pas pour autant un choix par défaut. «Il s’agit d’un très bel exercice intellectuel. J’aime leur côté abstrait et formel. La rigueur mathématique permet de faire tourner les ordinateurs et, de façon plus large, de résoudre des problèmes concrets.» Tout au long de son parcours académique, il a d’ailleurs toujours fait l’aller-retour entre les maths et leur application sur le terrain. «Le mélange des approches tirées des mathématiques et du génie civil, c’est probablement ce qui fait ma particularité en tant que chercheur. J’ai construit ma carrière là-dessus.»
Modéliser le comportement humain
Quand son directeur de mémoire lui a proposé de consacrer sa thèse de doctorat à un sujet pour le moins appliqué - l’utilisation de modèles mathématiques pour analyser la demande dans le domaine des transports -, l’étudiant d’alors n’a pas hésité. La passion était née. «C’est un domaine qui ne cesse de m’étonner, tant ses facettes ainsi que les outils utilisés pour l’appréhender sont multiples.» Le professeur cite notamment l’importance de la dimension humaine, «puisqu’il s’agit de prédire comment les gens vont se comporter». Le sujet a encore gagné en importance après 2000, lorsque l’Américain Daniel McFadden a reçu le Nobel d’économie pour ses travaux sur les «choix discrets». Ces derniers ont influencé l’étude des comportements individuels, notamment au niveau des transports.
À l’échelle internationale, Michel Bierlaire figure désormais parmi les spécialistes les plus reconnus dans le domaine de la modélisation des comportements de transport. Malgré son expertise, il reste confronté à un défi de taille. La complexité croissante des systèmes de transports, combinée au rôle de plus en plus important des activités de loisirs -qui sont intrinsèquement difficiles à prévoir – «demandent des compétences accrues.» Heureusement, son équipe peut s’appuyer sur des données dont la précision augmente, «ce qui nous permet de construire des modèles mathématiques pour représenter une réalité aussi complexe que le comportement humain».