La Méditerranée antique séduit les étudiantes et étudiants

Giuseppina Lenzo, Matteo Capponi, Matthieu Pellet et Ruth Ebach - 2026 EPFL/Alain Herzog - CC-BY-SA 4.0

Giuseppina Lenzo, Matteo Capponi, Matthieu Pellet et Ruth Ebach - 2026 EPFL/Alain Herzog - CC-BY-SA 4.0

Une équipe a reçu le prix de l’enseignement 2025 pour le programme en sciences humaines et sociales. Elle met le cap sur la Méditerranée antique.

«Méditerranée antique: mythologie et pop culture», tel est l’intitulé du cours de Matteo Capponi, Ruth Ebach, Giuseppina Lenzo et Matthieu Pellet. L'Égypte, la Grèce, Rome étant une source d’inspiration des jeux vidéo aux romans grand public, le cours cartonne auprès des futurs ingénieurs et ingénieures. Dans une interview croisée, la meilleure équipe enseignante 2025 du programme en sciences humaines et sociales (SHS) de l’EPFL dévoile la recette d’un succès contagieux.

En quoi consiste l’enseignement SHS «Méditerranée»?

Matthieu Pellet (MP): Cet enseignement est composé de six cours distincts, mais thématiquement liés les uns aux autres. Ils traitent tous de champs couverts par la Méditerranée antique. Sauf erreur, il s’agit de l’un des plus vieux enseignements du programme SHS de l’EPFL.

Matteo Capponi (MC): Nous sommes quatre personnes issues de domaines culturels différents. À travers ce cours, nous invitons les étudiantes et étudiants à faire des comparaisons entre les divers champs culturels antiques. Le cours est conçu de telle manière qu’il les incite à réfléchir eux-mêmes en des termes comparatistes, sans pouvoir déléguer cette tâche à une intelligence artificielle. C’est peut-être cela, la vraie qualité pédagogique de notre enseignement.

Comment déclenchez-vous le réflexe comparatiste?

Giuseppina Lenzo (GL): On pourrait prendre les exemples de l’amour, des rites funéraires ou de la guerre. Ils sont tous en lien avec l’antiquité, mais ont également une forte résonance contemporaine. Chaque semaine, ces thèmes sont abordés sous différentes formes, en fonction d’une zone géographique donnée (le Proche-Orient, la Grèce ou l’Égypte). Les étudiantes et étudiants explorent donc plusieurs fois les mêmes sujets, mais dans des aires antiques variées.

MP: L’un des enjeux est d’aborder les questions d’altérité. Ces futurs ingénieurs vont probablement être amenés à travailler à l’international, avec des personnes de cultures très diverses. Dans ce contexte, l’ethnocentrisme n’est jamais constructif. L’une des compétences qu’ils et elles développent dans notre cours est la capacité à prendre de la distance avec leur propre culture, à raisonner les différences et à questionner les évidences. L’antiquité sert de miroir: il est plus facile de s’entraîner sur un autre qui est mort il y a 3000 ans. Il est à la fois très distant de l’époque contemporaine, mais s’en rapproche, car lui aussi fait la guerre, tombe amoureux et enterre ses morts.

Ruth Ebach (RE): Ce que je trouve très intéressant, c’est que nous enseignons à des groupes mixtes. Il y a certes des étudiantes et étudiants européens à l’EPFL, mais aussi de nombreuses personnes venues d’Israël, d’Irak, d’Égypte ou du Liban. Leurs héritages culturels respectifs sont variés.

Pour vous qui êtes habitués à enseigner à l’Unil, en quoi se retrouver devant de futurs ingénieurs est-il différent?

RE: Nous sommes toutes et tous des philologues. Normalement, nous travaillons directement au niveau du texte dans la langue antique. À l’EPFL, nous devons utiliser des traductions, ce qui n’est pas du tout la même chose.

GL: Je suis fascinée de constater à quel point nos thématiques attirent les étudiantes et étudiants de l’EPFL. Mais pour nous aussi, il est très intéressant d’être confrontés à deux types de publics différents.

MP: En effet, c’est passionnant. J’irais plus loin: avoir des ingénieurs et des architectes «à bord» est un vrai bonus, notamment lors de la réalisation de projets. On sent qu’ils et elles ont des compétences spécifiques.

Pourriez-vous donner un exemple?

MP: L’un de mes souvenirs les plus marquants est celui d’un escape game pour illustrer l’Atlantide de Platon, un mythe philosophique et politique. Le projet des étudiants intégrait de la programmation informatique, des modèles 3D, etc. C’était démentiel! Sans oublier qu’avant ça, ils avaient passé six mois à lire le texte, à le comprendre, à le vulgariser.

GL: J’ai l’impression que les étudiantes et étudiants se prennent complètement au jeu. Ils s’investissent pour proposer des idées originales en réutilisant les compétences acquises à l’EPFL.

MC: Il faut peut-être préciser que notre enseignement comporte une gradation. Les cours de début de Bachelor sont plus académiques, de type ex cathedra. En fin de Bachelor et en Master, on s’approche davantage des œuvres. Les étudiantes et étudiants doivent, par exemple, étudier une pièce de théâtre, un passage de la Bible ou un papyrus. Et les réinterpréter, les raconter à leurs collègues dans un langage moderne. En cursus Master particulièrement, il s’agit de faire dialoguer le passé et le présent. C’est là qu’ils peuvent laisser éclater leur créativité. Et qu’on assiste à la naissance d’épopées en mode Minecraft, de pièces de théâtre ou de comédies musicales.

MP: Elle est là, toute la richesse de cet enseignement à l’EPFL! Il est axé sur la médiation des savoirs, ce qui permet l’ouverture à des modèles variés qui sont parfois plus actuels que les modèles un peu poussiéreux utilisés ailleurs.

À votre avis, pourquoi le prix 2025 du meilleur enseignement de section vous a-t-il été décerné?

MP: Il ressort souvent des évaluations des étudiantes et étudiants que «les profs s’entendent bien». Apparemment, le fait que nous prenions du plaisir et que nous nous amusions est vraiment considéré comme un bénéfice.

MC: Cela dit, on ne fait pas que s’amuser. Il y a beaucoup de boulot derrière ce module. Nous n’arrêtons pas de le peaufiner, de l’adapter. Cela fait dix ans que j’y participe et je ne pense pas avoir donné deux fois le même cours. Nous venons, par exemple, de créer un nouvel enseignement qui demande d’interroger le passé dans le présent. De s’intéresser à l’antiquité par le biais de la pop culture. Nous testons des choses et, en cas d’échec, nous n’hésitons pas à laisser tomber et à en essayer d’autres. Le système d’évaluations régulières nous aide beaucoup. Nous prenons leur avis très au sérieux.

En plus, vos enseignements – qui ne sont pas obligatoires – affichent systématiquement complet…

MC: En effet. Il paraît que les places sont prises en quelques minutes. Honnêtement, nous nous sommes demandé si nous offrions des crédits faciles. Mais après analyse, nous avons conclu que ce n’était pas le cas. Simplement, les étudiantes et étudiants s’amusent en les acquérant.

MP: Ce qui ne veut pas dire qu’ils bâclent leur travail! Parfois, nous devons les recadrer en cursus Master et leur rappeler que les SHS ne sont qu’une branche parmi d’autres.

GL: À mon avis, une autre raison expliquant le succès de nos cours est l’intérêt pour l’antiquité – peut-être un peu sous-estimé – de nombreuses personnes à l’EPFL.

Matteo Capponi est docteur en grec ancien, maître d'enseignement et de recherche à l'Unil. Les questions liées à la pragmatique, à la gestualité et à la « performance » sont au fondement de ses recherches actuelles. - 2026 EPFL/Alain Herzog - CC-BY-SA 4.0
Ruth Ebach est professeure d’exégèse historico-philologique de la Bible hébraïque/Ancien Testament et directrice de l’Institut romand des sciences bibliques à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Unil. - 2026 EPFL/Alain Herzog - CC-BY-SA 4.0
Giuseppina Lenzo est maîtresse d'enseignement et de recherche en religion de l'Égypte ancienne à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l'Unil. Elle est notamment spécialiste des textes funéraires et de la question des noms des dieux en Égypte ancienne. - 2026 EPFL/Alain Herzog - CC-BY-SA 4.0
Matthieu Pellet est maître d'enseignement et de recherche en histoire des religions en Faculté de théologie et de sciences des religions de l'Unil, spécialiste du comparatisme et de l'antiquité grecque. - 2026 EPFL/Alain Herzog - CC-BY-SA 4.0


Auteur: Patricia Michaud

Source: People

Ce contenu est distribué sous les termes de la licence Creative Commons CC BY-SA 4.0. Vous pouvez reprendre librement les textes, vidéos et images y figurant à condition de créditer l’auteur de l’œuvre, et de ne pas restreindre son utilisation. Pour les illustrations ne contenant pas la mention CC BY-SA, l’autorisation de l’auteur est nécessaire.