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La géomédecine pour mieux dépister le cancer du sein

Les points rouges représentent les femmes n'ayant pas effectué de mammographie. © EPFL/ LASIG

Les points rouges représentent les femmes n'ayant pas effectué de mammographie. © EPFL/ LASIG

Une étude conjointe menée entre les Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) et l’EPFL a démontré que des quartiers entiers de la ville de Genève échappaient au dépistage du cancer du sein. Explications.

Chaque année, 1’400 femmes décèdent en Suisse des suites du cancer du sein. Actuellement, environ 90'000 personnes en sont atteintes. La meilleure lutte contre ce cancer passe par son dépistage précoce. Les femmes ne sont toutefois pas égales face à ces mesures préventives, notamment en fonction du quartier où elles habitent.

Telle est la conclusion d’une étude menée sur 5’002 résidentes genevoises de 50 à 74 ans par les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et l’EPFL. En combinant médecine et analyse spatiale, les chercheurs ont dressé une carte montrant la dépendance géographique de la participation ou non au programme de dépistage dans le canton de Genève. Un lot de données sur ces femmes, tels que leur lieu de résidence, leur revenu et leur niveau de formation, récoltées par l’étude «Bus Santé» des HUG a permis de générer cette carte.

L’étude montre que 12% des femmes interrogées n’ont jamais effectué de mammographie et que la plupart d’entre elles résident dans les mêmes quartiers. Cette carte montre donc que certaines parties de la ville échappent au dépistage systématique du cancer du sein et ce, depuis des années probablement.

Mieux cibler la prévention

L’étude vise à permettre aux institutions de prévention du cancer du sein de mieux cibler leur campagne. Cette recherche résulte d’une collaboration entre Idris Guessous, médecin-chef du service de médecine de premier recours des HUG et Stéphane Joost, collaborateur scientifique au sein du Laboratoire des Systèmes d’Information Géographique (LASIG) de l’EPFL, tous deux auteurs correspondants de l’article qui vient de paraître dans la revue Cancer Medicine.

La rive droite de Genève, le centre, Meyrin, Onex et la Jonction apparaissent comme les quartiers où les femmes sont moins enclines à effectuer une mammographie de dépistage. Les chercheurs avancent des causes socio-économiques à cette inégalité. Ces quartiers sont en effet économiquement plus précaires que la rive gauche de la ville et ses habitants présentent un niveau de formation moins élevé. L’étude révèle aussi un effet de mimétisme entre les femmes: elles s’auto-influenceraient en fonction de leur proximité géographique. Par ailleurs, la distance avec un centre de mammographie, également analysée par les chercheurs, n’est pas un paramètre permettant d’expliquer la non-participation au programme de dépistage.

Précédentes études

Idris Guessous et Stéphane Joost ont créé le GIRAPH Lab (Geographic Information Research and Analysis in Population Health), dédié au traitement de données environnementales, spatiales et sanitaires pour apporter des solutions sur les causes et les mécanismes des maladies, principalement en milieu urbain. Une précédente étude conjointe sur la dépendance spatiale de l’indice de masse corporelle à Lausanne, parue en 2016 dans la revue British Medical Journal Open, et une étude parue en juin 2018 dans l’International Journal of Hygiene and Environmental Health, sur la qualité du sommeil des Lausannois, ont ainsi bénéficié du même principe d’analyse que la présente recherche.


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