L'EPFL lance une batterie de projets contre le Coronavirus

Photo prise le 3 février 2020 © EPFL / Alain Herzog

Photo prise le 3 février 2020 © EPFL / Alain Herzog

Les chercheurs de l’EPFL sont engagés depuis des semaines dans la lutte contre la pandémie et ses conséquences à court et à long terme. Des projets traitant de la prévention de la contagion, des outils de diagnostics et de la recherche de vaccins sont actuellement lancés, de même que le développement de l’application PEPP-PT qui permet de retracer les contacts avec des porteurs du virus, ou encore la mise sur pied de hackathons pour imaginer des réponses inédites à la crise actuelle. Tour d’horizon.

Pour répondre au défi que représente la pandémie actuelle pour la société, l’EPFL a réorienté sa recherche à travers une série de projets allant du développement d’un traitement ou d’un vaccin à l’établissement de réponses rapides à l’impact de la crise sur la population. En deux semaines, les chercheurs de l’EPFL ont apporté leur expertise en proposant une quarantaine de projets.

Parmi ces propositions, l’EPFL a d’ores et déjà donné son feu vert et son soutien à 12 projets de recherche qui s'attaquent directement à la crise COVID-19. «Certains s’appuient sur des recherches déjà en cours ou sur des dispositifs élaborés par le laboratoire et d’autres sont des idées complètement nouvelles nées d’un brainstorming intensif», explique Paul Sunderland, adjoint du Vice-président pour la recherche. Ces projets devront être réalisés dans le court à moyen terme, avec des retombées espérées d’ici 6 à 9 mois, et avec des budgets complémentaires de l’ordre de plusieurs dizaines de milliers de francs. Des chercheurs sélectionnés vont bénéficier d’une autorisation spéciale pour pouvoir travailler dans leur laboratoire sur le campus actuellement fermé.

Les chercheurs travailleront de manière collaborative entre les différentes facultés de l’Ecole, ainsi que des institutions partenaires en Suisse. Voici la description des premiers projets validés à ce jour :

Remèdes et vaccins

  • Conception structurée d’antiviraux et de vaccins à base de protéines ciblant le SRAS-CoV-2. Prof. Bruno Correia (STI) Ce projet vise à concevoir des thérapies à base de protéines afin de cibler le SRAS-CoV-2, ainsi que des nanoparticules à base de protéines qui présentent les protéines virales sous une forme immunogène.

  • Développement d’antiviraux virucides non toxiques pour le pan-coronavirus. Prof. Caroline Tapparel (UNIGE) en collaboration avec le Prof. Francesco Stellacci (STI) Un traitement antiviral qui ne vise pas un seul virus, mais un large spectre de virus distincts sera testé sur le SRAS-CoV-2. Déjà conçu en laboratoire, ce traitement a montré une activité contre le virus, mais elle doit encore être validée de manière approfondie.

Diagnostics et tests

  • Développement de tests de diagnostic moléculaire simples et peu coûteux utilisant des systèmes sans cellule, Prof. Sebastian Maerkl (STI) Une plateforme de diagnostic microfluidique à haut débit développée par le laboratoire sera reconvertie pour les tests sérologiques au SRAS-CoV-2. Elle permettra d’augmenter de manière significative le nombre de tests réalisables, tout en réduisant la quantité de réactif à utiliser.

  • Génétique de l’hôte d’une infection par le SRAS-CoV-2 potentiellement mortelle chez des patients précédemment en bonne santé / Prof. Jacques Fellay (SV). Ce projet vise à découvrir les facteurs génétiques qui favorisent le COVID-19, ce qui pourrait aider à mettre au point un traitement ou un vaccin. Il est prévu de séquencer le génome et le transcriptome sanguin de certains patients de moins de 50 ans qui ne présentaient pas de facteurs de risques, mais qui ont eu besoin d’une hospitalisation aux soins intensifs.

  • Épidémiologie du SRAS CoV-2 basée sur les eaux usées en Suisse / Prof. Tamar Kohn (ENAC). Le SRAS-CoV-2 est présent dans les excréments des personnes infectées 1 à 2 semaines avant que les cas ne soient confirmés cliniquement. En analysant des échantillons provenant de cinq grandes stations d'épuration d’eaux usées - plus de 700 000 personnes - ce projet permettra de suivre la dynamique de l'épidémie en Suisse. Ces données permettront aux décideurs politiques d'adapter rapidement leurs stratégies.

  • Revêtement de fenêtres photocatalytiques activées par la lumière du jour pour la désinfection des agents pathogènes d’intérieur / Prof. Paul Dyson (SB). Ce projet vise à mettre au point un revêtement transparent et non toxique à appliquer sur du verre. Les pathogènes dont le COVID-19 qui entreraient en contact avec lui seraient détruits. Ce revêtement pourra être utilisé pour réduire la charge virale dans les hôpitaux, les transports publics, les banques et les magasins.

  • Rôles protecteurs du surfactant pulmonaire contre l’infection par le SRAS CoV-2/ Dr. Vivek Thacker et Prof. John McKinney (SV)
    À partir d’un modèle d’infection pulmonaire in vitro, ce projet va étudier comment la maladie COVID-19 se développe dans les voies respiratoires inférieures. Des médicaments déjà approuvés pour l'usage humain vont également être testés pour voir s’ils peuvent être reconvertis et avoir un effet de réduction de l'infection et de l'inflammation.

Politique et données

  • MedCo pour lutter contre le COVID-19 : comprendre la pathologie par un partage des données international et respectueux de la vie privée / Prof. Jacques Fellay (SV) et Prof. Jean-Pierre Hubaux (IC). Le logiciel MedCo déjà installé dans trois hôpitaux suisses sera utilisé pour effectuer des calculs sur des données décentralisées tout en garantissant leur protection.

  • Comprendre la propagation des épidémies / Prof. Pascal Frossard (STI). Pour maximiser l'efficacité des efforts d'analyse et de modélisation des données, il est essentiel de fournir un accès à des données agrégées, référencées et fiables. Ce projet va s’y atteler avec la collaboration du Swiss Data Science Center (SDSC) qui a déjà lancé un projet visant à rassembler diverses sources de données du monde entier dans un ensemble de données conservées sur sa plateforme ouverte Renku.

  • La pandémie COVID-19: une perspective économique / Prof. Jean-Pierre Danthine (E4S Center : EPFL-UNIL-IMD). Ce projet va explorer les tensions entre les préoccupations sanitaires et économiques qui rendent les décisions des autorités si difficiles. Ceci notamment en vue d'être mieux préparé en cas d’une nouvelle pandémie.

  • “Sauvez la ville", un jeu pour encourager la distanciation sociale / Dr. Tom de Geus, Mario Geiger, Leonardo Petrini et Prof. Matthieu Wyart (SB). Dans le jeu interactif qui sera développé par ce projet, l'utilisateur sera confronté au défi de la gestion de la nouvelle épidémie de coronavirus. Il aura notamment le choix entre différents degrés de mesures de confinement. L'objectif est que l'utilisateur se rende compte de l’importance de ses actions en tant qu’individu.

  • Recherche collaborative sur le Logement et le bien-être en lieu au COVID-19 : lancement d’une équipe suisse de recherche sur la science citoyenne autour du Coronavirus. Prof. Vincent Kaufmann, Prof. Claudia Binder et Prof. Daniel Gatica-Perez (ENAC). Ce projet de recherche va inviter les citoyens à participer à un sondage. Il a pour objectif d’élaborer des stratégies pour faire face aux nouvelles conditions de vie et de travail amenées par le COVID-19 et de mieux comprendre comment ces crises peuvent être maîtrisées au mieux à l'avenir.

Une application pour détecter ses contacts avec un porteur du virus

Des chercheurs de l’EPFL sont également impliqués dans un projet européen réunissant 130 partenaires de huit pays : le projet Pan-European Privacy-Preserving Proximity Tracing (PEPP-PT). Ce projet vise à retracer les contacts avec une personne infectée par le virus grâce à une application sur un smartphone, installée de manière volontaire et dont les données sont anonymisées. Il est notamment porté à l’EPFL par les professeurs Marcel Salathé, Jean-Pierre Hubaux et James Larus, par le Vice-président pour les systèmes d'information à l'EPFL Edouard Bugnion et par les professeurs assistants Carmela Troncoso et Mathias Payer.

Basée sur la technologie Bluetooth, l'application développée permettra à tout un chacun d’être informé s’il s’avère qu’il a été en contact avec un porteur du virus. À noter que de telles applications existaient déjà à Singapour, en Corée du Sud ou en Chine. Mais elles ne sont toutefois pas utilisables telles quelles en Europe pour des raisons de protection des données, qui seront anonymisées dans ce projet. Le développement de la plateforme devrait être terminé à la fin de la semaine. Il sera ensuite mis en libre accès.

Des hackathons pour préparer les conséquences du coronavirus

Les chercheurs ont également la possibilité de lancer des projets avec le soutien du Fonds national suisse, et de prendre part à plusieurs hackathons qui veulent imaginer des solutions inédites pour répondre à la crise.

Ouvert à tout un chacun et organisé par l’association d’étudiants LauzHack, le hackathon« LauzHack Against COVID-19 » était organisé le week-end dernier. Les meilleurs projets seront poursuivis soit par des étudiants de l’École comme projet de semestre, soit en dehors de l’EPFL.
L’EPFL était également impliquée dans le hackathon #VersusVirus. Sous le patronage de la Confédération, une vingtaine d’institutions de premier plan se sont associées. Parmi les organisateurs de cet événement, on trouve l’initiative Tech4Impact de l’EPFL ainsi que d’autres écoles (EPFZ, HEG Fribourg), des associations et des entreprises.

>En savoir plus sur ces nouveaux projets de recherche

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Auteurs: Nathalie Jollien, Sarah Aubort
Source: EPFL