«Je suis toujours et encore émerveillée par mes collègues à l'EFPL»

Ingrid Le Duc - 2026 EPFL/Lucien Wullyamoz - CC-BY-SA 4.0
Présidente de la nouvelle Commission du personnel de l’EPFL, Ingrid Le Duc raconte dans la série «Mind to Mind» à quel point les contacts sociaux sont pour elle une ressource importante pour maintenir une bonne santé mentale.
Elle fête ses vingt ans d’EPFL ce mois d’octobre. Ingrid Le Duc a décidé de donner en retour un peu de ce qu’elle estime avoir reçu au cours de cette longue collaboration. Mexicaine d’origine, docteure en psychologie sociale de la London School of Economics et Suissesse d’adoption, la présidente de la Commission du personnel (CoPe) s’engage pour les autres, et ça lui fait du bien.
Comment gérez-vous le stress à l'EPFL?
Quand je sens que je commence à aller dans tous les sens, je fais une pause, soit en allant discuter avec quelqu'un, soit pour boire un café ou faire une petite promenade. En dehors du travail, j’ai mis en place des choses que j'aime bien faire en groupe: un club de lecture une fois par mois avec des copines, un groupe de natation avec qui je vais nager trois fois par semaine.
Cela passe donc souvent par des contacts sociaux.
Oui, j'ai besoin de me ressourcer avec des gens. Je viens d'une culture latine, d'un pays où on socialise tout le temps. Alors oui, j’ai toujours fait l'effort de voir des personnes, de discuter. Bien sûr je nage et je lis les livres seule, mais je me réjouis toujours des moments où je peux partager et rire avec les gens. C'est important de rire tous les jours.
Quel a été votre parcours à l'EPFL?
Quand je suis arrivée à l'EPFL, en 2006, je venais d'accoucher de mon fils. Il avait sept semaines quand j'ai été interviewée pour le poste de conseillère pédagogique de ce qui allait devenir le Centre d’appui à l’enseignement (CAPE). Avec des enfants en bas âge, c'est dur, parce qu'ils sont souvent malades, qu'on court tout le temps à la garderie, même si le conjoint est aussi impliqué. On essaye de tout faire bien, d'être parfaite. Puis j'ai eu ma fille en 2009. Alors mon stress de l’époque, c’était de trouver un équilibre entre le travail et ma vie familiale. C'est là qu’il est important d'avoir un groupe social: je me suis entourée de personnes qui étaient au même stade de parentalité que nous. Certaines sont devenues des copines de balade et de sport.
Du CAPE à votre rôle actuel, quels ont été les changements?
J’ai travaillé 17 ans comme conseillère pédagogique, un job toujours très chouette en relation avec les profs, les sections. Puis, il y a deux ans et demi, on m’a proposé un projet à la faculté ENAC et au Bureau de l'égalité, portant sur le climat de travail, principalement en architecture. J’ai beaucoup de plaisir à me renouveler et à utiliser différemment les compétences que j'ai développées. En tant que psychologue sociale – ma thèse de doctorat portait sur le travail des femmes –, je peux appliquer ce que j'avais mis partiellement en pause pendant ces années concentrées sur la famille.
Puis vous avez rejoint la nouvelle Commission du personnel…
Ce qui m'a motivé à postuler pour représenter le Corps administratif et technique (CAT), c’est la fidélité à l'institution. J'ai discuté avec des collègues engagés soit à l'Assemblée d'École, soit dans d’autres comités. Et je me suis dit qu'après tant d'années, il faut donner quelque chose en retour. C'est une belle aventure, on apprend des choses qui nous aident à comprendre le fonctionnement interne de l'institution. On rencontre des gens que l'on n'aurait pas connus autrement dans notre poste de travail.
Quels sont les principaux sujets et priorités de la CoPe?
La CoPe, c'est une commission, pas un syndicat ni une association. Notre force, c'est la connaissance interne de l'institution. On est à l’interface entre le personnel et la Direction, une sorte de catalyseur. Tout ce qui est lié aux conditions de travail fait partie du mandat. Cela peut toucher par exemple à la canicule, au sentiment d’incertitude liée à la durée de certains contrats, etc.
Cet engagement rajoute-t-il une couche de stress?
J’aime bien mettre des choses en place, mais oui, ça prend beaucoup de temps. Il faut savoir le gérer et arriver à rester flexible. Par exemple, se dire: «OK, cette semaine, je n'irai pas nager», ou «Je n'ai pas eu le temps de lire les livres pour mon club de lecture, mais je vais quand même voir les gens». Et puis, finalement, on finit par lire les livres et aller nager, et ça va. Je consacre beaucoup de temps à ma famille, qui constitue pour moi un précieux indicateur d’équilibre. Lorsque je me surprends à devenir trop impatiente, je sais qu’il est temps de lever le pied ou de pratiquer une activité sportive.
Qu'est-ce qui explique qu'à l'EPFL, les gens sont aussi stressés?
J’ai l’impression que c’est une accumulation de choses: des choses nouvelles à faire, des systèmes qui changent, des unités qui changent. C'est à tous les niveaux. Et en même temps, il y a le quotidien à gérer. Il y a aussi, je pense, un tabou autour de la santé mentale. L'attitude générale, c'est: «Je gère, c'est bon, je n’en parle pas». Or, il faut apprendre à dire quand ça ne va pas.
Est-ce qu’ici on en demande plus qu’ailleurs?
L’EPFL est un milieu exigeant. Mais les conditions de travail ne sont vraiment pas mauvaises: prime de fidélité, six semaines de vacances après 50 ans, flexibilité du travail. Pour moi, les conditions de travail dépendent beaucoup de la hiérarchie directe. Dans la culture académique, on n’ose pas toujours dire à son responsable qu’on a besoin de faire un break, on ne sait pas mettre des limites parce que personne ne les met. D'un autre côté, j’ai aussi l’impression qu’il y a beaucoup de télétravail. Quand je discute avec des gens de l’extérieur, ils sont impressionnés par l’ampleur de cette flexibilité.
Quel est votre meilleur souvenir à l'EPFL?
J'ai beaucoup de bons souvenirs. En lien avec le bien-être, je dirais aller courir ou nager au lac avec des collègues. J’ai aussi un souvenir très touchant: au décès de ma mère, au Mexique, j'ai reçu un bouquet de fleurs vraiment énorme de la part de mes collègues, tellement énorme que les livreurs arrivaient à peine à le porter. J’ai trouvé beau que les gens aient pensé ainsi à moi; c'était comme si leur sympathie s’était concrétisée dans cet énorme bouquet qui m'a fait rire à un moment d'énorme tristesse.
Qu'est-ce que vous auriez envie de dire à une nouvelle collègue qui arrive à l'EPFL?
Qu’elle va se noyer dans tous les acronymes, mais que pour découvrir l’EPFL, il faut socialiser: aller manger à la cafétéria, même avec son repas préparé, ne pas rester dans son coin. Il y a aussi beaucoup de possibilités, des conférences, des manifestations, le soir comme en journée.
Et qu'est-ce qu'on peut encore améliorer?
Je suis un peu biaisée, parce que je connais tout ce qui existe de bien. Mais je réalise que beaucoup de gens ne sont pas au courant. Par exemple, il y a plein de profs qui ne connaissent pas les services de soutien, comme la consultation sociale et la consultation psychothérapeutique, ouvertes aux doctorantes et doctorants, ni même ce qui est fait pour mieux inclure les personnes neurodivergentes. Il y a aussi beaucoup de choses pour les femmes, les parents, etc.
Donc, vous serez encore à l’EPFL dans 10 ans?
Je l'espère. C'est un endroit vivant, dynamique, international. Moi, je suis toujours et encore émerveillée par les collègues que je rencontre. Peut-être que je suis trop optimiste ou admirative, mais ça me fait vivre et ça me fait dire que je peux encore apprendre. Ici, il y a un bel échantillon de compétences, et pas seulement chez les ingénieurs ou les scientifiques!