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«Je demande toute l'attention de mes étudiants»

© Alain Herzog/ 2018 EPFL

© Alain Herzog/ 2018 EPFL

Spécialiste des matériaux et de la mécanique quantique, Nicola Marzari a rejoint l'EPFL il y a six ans. Le professeur a été élu meilleur enseignant de la section génie et science des matériaux.

Nicola Marzari est tellement accro à la mécanique quantique, qu’il en consomme déjà au petit matin. La preuve, sur une étagère de son bureau trônent deux paquets de café labellisés Quantum ESPRESSO. Le professeur de l’EPFL les a trouvés par hasard chez un marchand de Chicago. Ils portent le nom d’un logiciel open source dédié à la simulation quantique des matériaux. Un projet mondial auquel il a participé et qui fait sa fierté. Le physicien a fait du partage un credo, et il est très actif dans la diffusion en ligne de matériel et d’outils liés à la science des matériaux. «Nous sommes rémunérés par l’argent public, en contrepartie il est donc important de s’investir pour transmettre nos connaissances au plus grand nombre.»

Élu meilleur enseignant de la section génie et science des matériaux, Nicola Marzari a pour ambition de transmettre à ses élèves bien plus que les fondements de la mécanique quantique. «Aujourd’hui, nous savons de moins en moins de choses, lorsque nous avons besoin d’une info, nous nous rendons sur Google. Mais pour conserver un esprit critique, il est important de creuser et de se questionner sur le monde qui nous entoure.» C’est d’ailleurs pour sa large portée que le professeur a choisi la physique. Une science devenue une passion qui l’a amené dans les universités les plus prestigieuses. Après un doctorat à Cambridge, il a travaillé comme chercheur à Princeton, enseigné au MIT ou encore à Oxford. Engagé dans la promotion de l’égalité des chances, le spécialiste des matériaux a aussi passé un an à l’Université d’Addis Ababa. Et il s’implique au quotidien pour que les pays en développement puissent bénéficier de tout le potentiel des nouvelles technologies. «Lorsqu’on doit compter avec une électricité intermittente, cela change la manière d’enseigner.»

Éviter la dispersion

A l’EPFL, qu’il a rejoint il y a six ans, Nicola Marzari enseigne deux cours Master. Dans le premier, il présente les fondamentaux des matériaux, tout en prenant une perspective plus large. «Par exemple, pour expliquer le fonctionnement des matériaux, je me réfère aux lois fondamentales de la nature.» Dans le second, également fréquenté par des doctorants, il invite les étudiants à appliquer les concepts enseignés grâce à des logiciels permettant de réaliser des simulations en ligne.

Dans ses classes, gare à celui ou celle qui se laisse divertir par un smartphone, un ordinateur portable ou une tablette. L’enseignant a un œil de lynx et n’hésite pas à stopper son cours s’il voit un élève tapoter sur what’s app. «Je demande toute leur attention pour ne pas qu’ils se perdent. Je vais à l’essentiel et je simplifie le plus possible. Si un élève ne comprend pas, j’ai une responsabilité.» Dans son cours de base, il a opté pour un examen oral, afin de vérifier qu’il a bien fait le job et ses étudiants aussi. «En face à face, on ne peut pas tricher sur ses connaissances.» Dans son second cours, il demande aux étudiants quatre projets, afin de voir s’ils ont bien intégré la pensée et les outils computationnels. D’ailleurs, le directeur du centre MARVEL, dédié à la conception et à la découverte de nouveaux matériaux uniquement par simulation, souhaiterait encore renforcer ces aspects dans ses cours. Car il sait que l’intelligence humaine liée à la puissance de calcul des ordinateurs peut faire des merveilles.


Auteur: Laureline Duvillard
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