«Grâce à l'enseignement, je cultive mes compétences transversales»

Charlotte Grossiord, meilleure enseignante 2025 de la section des sciences et ingénierie de l’environnement - 2026 EPFL/Alain Herzog - CC-BY-SA 4.0

Charlotte Grossiord, meilleure enseignante 2025 de la section des sciences et ingénierie de l’environnement - 2026 EPFL/Alain Herzog - CC-BY-SA 4.0

Selon Charlotte Grossiord, les forêts sont des lieux aux mille vertus. Les auditoires aussi, à en croire la meilleure enseignante 2025 de la section des sciences et ingénierie de l’environnement de l’EPFL.

Charlotte Grossiord n’a pas attendu la mode des bains de forêt pour profiter des bienfaits des arbres. Enfant déjà, la meilleure enseignante 2025 de la section des sciences et ingénierie de l’environnement de l’EPFL passait beaucoup de temps dans les bois. Tout aussi précoce, son intérêt pour les différents milieux naturels est né lors des nombreux voyages – notamment en Afrique – entrepris avec ses parents. «Pour moi, c’était clair: à l’âge adulte, je deviendrais scientifique!»

De fait, une fois son bac en poche, la jeune Franco-Allemande se lance dans des études de biologie à Strasbourg. S’ensuit un master en écologie à l’INRAE Grand-Est de Nancy. Hasard de la vie, «à l’époque, plusieurs professeurs de l’INRAE menaient des recherches sur la forêt». Inspirée, Charlotte Grossiord se lance dans un doctorat en écologie forestière, qui lui permet de renouer avec deux amours d’enfance, les arbres et les voyages. «Ma thèse portait sur l’importance de la biodiversité dans les forêts européennes, de l’Espagne à la Finlande», précise-t-elle.

Blouses vertes

Il faudra néanmoins attendre son déménagement aux Etats-Unis - dans le cadre d’un postdoc effectué au Los Alamos National Laboratory, près de Santa Fe - pour que la chercheuse découvre les deux forêts qui, à ce jour, l’ont le plus marquée. «Le Sequoia National Park, en Californie, m’a émerveillée. La taille et l’âge de ces arbres sont tout simplement incroyables.»

Au Nouveau-Mexique, l’actuelle directrice du Laboratoire d’écologie végétale (PERL) de l’EPFL est tombée sous le charme des shrublands. «Ils ne sont certes pas à proprement parler des forêts, mais des paysages ouverts et résilients, façonnés par la contrainte et l’aridité, où chaque arbre raconte une histoire d’adaptation et de survie.»

La spécialiste en physiologie des arbres s’empresse d’ajouter qu’il n’est pas nécessaire de parcourir des milliers de kilomètres pour se frotter à la beauté végétale. «J’aime beaucoup randonner dans les forêts suisses.» Des excursions dont elle revient à la fois apaisée et revitalisée. «C’est scientifiquement prouvé: les arbres ont de nombreuses vertus pour la santé physique et mentale.»

La réponse des plantes aux contraintes climatiques

C’est en 2020 que Charlotte Grossiord a rejoint l’EPFL en tant que professeure assistante tenure track. Auparavant, elle a passé deux ans à l’Institut fédéral d’études sur la forêt, la neige et le paysage (WSL) dans le cadre d’un projet soutenu par le Fonds national suisse.

Laboratoire commun entre l’EPFL et le WSL, le PERL a pour thématique centrale le rôle de la biodiversité sur les services et fonctions écosystémiques, ainsi que les processus physiologiques de réponse des plantes aux contraintes climatiques. En 2021, la chercheuse a obtenu la bourse de recherche de la Fondation Philanthropique Famille Sandoz (FPFS)-Monique de Meuron pour la relève universitaire. Cette récompense lui a permis d’étoffer le personnel de son laboratoire et d’acquérir du matériel pour le travail de terrain.

Tout terrain

Faire apprendre par la pratique. C’est ainsi que Charlotte Grossiord décrit son style d’enseignement. Quelle que soit la météo, elle emmène volontiers ses étudiantes et étudiants sur le terrain. La professeure n’est pas du genre à se laisser démonter par la taille d’un auditoire: moyennant l’aide d’assistantes et d’assistants, «il est tout à fait possible de sortir avec de grands groupes».

Un autre élément auquel la docteure en écologie forestière accorde une importance particulière est l’acquisition par les futures ingénieures et ingénieurs de compétences transversales. «A travers mes cours, j’essaie de développer la prise de parole en public, le travail en équipe ou encore la rédaction de rapports.» Quant aux jeux de rôle axés sur la gestion de problématiques actuelles, par exemple la prolifération de la moule quagga, ils permettent d’exercer la résolution de problèmes.

«Moi-même, à travers l’enseignement, je continue à cultiver mes compétences transversales», observe-t-elle. «J’apprends à mieux captiver une audience, à garder les personnes qui m’écoutent intéressées ou encore à vulgariser.» Autant d’aptitudes qu’elle peut mettre à profit dans d’autres domaines tels que les interactions avec les médias ou la gestion d’équipe.

Maintenir l’attention de l’auditoire

Grâce notamment à une prise en compte quasi systématique des feedbacks des étudiantes et étudiants lors de la préparation de ses enseignements, à l’instauration d’une culture du «safe space» dans les auditoires, ainsi qu’à la mise sur pied d’une structure de cours faisant la part belle aux cassures de rythme, Charlotte Grossiord s’est fait en quelques années une place de choix dans le corps professoral de l’EPFL. De là à lever le pied et se reposer sur ses acquis, il y a un pas qu’elle ne saurait franchir.

«En tant qu’enseignante, je suis confrontée à de nombreux défis.» L’un des principaux est de «maintenir l’attention de mon auditoire». Or, pour la professeure en charge du PERL, une chose est sûre: pas question d’adopter la philosophie qui prévalait à l’époque où elle fréquentait elle-même les bancs de l’université. «De nombreux enseignants et enseignantes nous imposaient leur savoir, sans se demander si cela nous convenait.» A l’inverse, Charlotte Grossiord estime que son rôle est de satisfaire les besoins spécifiques des étudiantes et des étudiants.


Auteur: Patricia Michaud

Source: Sciences et ingénierie de l'environnement

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