«Faire des erreurs est un droit fondamental»

David Strütt, meilleur enseignant 2025 de la Section de mathématiques (SMA) de l’EPFL 2025 EPFL/Alain Herzog - CC-BY-SA 4.0
David Strütt est féru de sciences depuis sa plus tendre enfance. Pourtant, le meilleur enseignant 2025 de la Section de mathématiques de l’EPFL met en garde: le plus important dans la vie, ce sont les rapports humains, pas les compétences académiques.
David Strütt a vécu un traumatisme lorsqu’il a entamé ses études universitaires. «Le personnage que je m’étais construit depuis l’enfance s’est cassé la figure», se souvient celui qui a été désigné meilleur enseignant 2025 de la Section de mathématiques (SMA) de l’EPFL.
Ce personnage excellait dans les sciences. «Depuis l’âge de 8 ans, je rêvais d’entrer à l’EPFL», précise le chargé de cours, dont les activités se répartissent entre la SMA et le Centre propédeutique. Or, lorsque le jeune homme a intégré la haute école en 2008 dans le but d’y décrocher un Master en maths, «j’ai eu un vrai choc». Fini la facilité, «les cours étaient hyper compliqués, au point que je me suis dit que je ne passerais pas le cap de la première année». Et que «j’ai été confronté à des problèmes de santé mentale».
La boucle est bouclée
L’étudiant prend alors son courage à deux mains. Il continue à aller en cours et à «voir du monde». Surtout, «j’ai découvert l’importance de réfléchir à un plan B, ce qui évite d’avoir l’impression de jouer sa vie à chaque instant». Dans le cas de David Strütt, le plan B aurait été une école de théâtre, activité qu’il pratiquait intensivement à côté de ses études. «En fin de première année, je me suis présenté aux examens avec la certitude d’échouer.» Et pourtant, il a réussi.
Tellement bien réussi, d’ailleurs, que le mathématicien n’a plus jamais quitté l’établissement. En septembre 2026, il aura passé plus de la moitié de sa vie dans les locaux de l’EPFL, successivement en tant qu’étudiant, doctorant, puis enseignant et collaborateur scientifique. «En début de semestre, je raconte toujours la même histoire à mes nouveaux étudiants et étudiantes: alors que je n’avais absolument rien compris à mon premier cours d’analyse, dix ans plus tard, c’est moi qui ai donné mon premier cours d’analyse!»
Animaux sociaux
Les mathématiques, David Strütt les aime toujours autant qu’à l’époque où, adolescent, il s’imaginait «avoir la science infuse… et une grosse bosse». Cette passion, il s’efforce de l’insuffler au plus grand nombre, notamment en s’impliquant dans le développement d’outils dépassant le cadre de l’EPFL. C’est le cas de Matheminecraft, un jeu basé sur le bestseller éponyme.
Ce qui a fondamentalement changé, «c’est mon rapport à cette discipline, qui est devenu beaucoup plus sain». Il s’explique: «J’ai réalisé – certes à la dure – qu’au fond, les maths n’étaient pas importantes. C’est bien sûr génial d’avoir une passion dont je peux vivre, mais cela ne me définit pas en tant que personne.»
Ce message figure d’ailleurs au cœur de son enseignement. «Pour moi, il est extrêmement important que mes étudiantes et étudiants comprennent qu’ils ne sont pas jugés sur leurs compétences pendant l’apprentissage. Qu’il est tout à fait acceptable d’avoir de la peine à comprendre certaines choses, voire de nombreuses choses! Et que, malgré ce qu’en pensent certaines personnes, cela ne fait pas d’eux des ratés.» Certes, «à la fin, il y aura forcément des examens», admet-il. «Mais d’ici là, le chemin n’a pas besoin d’être linéaire et, surtout, on a un droit fondamental à l’erreur.»
David Strütt recommande par ailleurs vivement aux jeunes de cultiver leur réseau social. «On peut très bien s’en sortir dans la vie sans un diplôme universitaire. En revanche, sans rapports humains, c’est quasi impossible.» Et d’ajouter en souriant: «Beaucoup de maths finissent dans l’oubli; les amis, c’est pour la vie.»
Les ressorts du divertissement
Pour David Strütt, l’enseignement des maths «est un plaisir de tous les jours». Il marque une pause, corrige: «Je devrais plutôt dire ‘interagir avec les étudiantes et étudiants’ est un plaisir de tous les jours.» Pas besoin qu’il s’agisse d’enseignement formel: aider lors des exercices ou simplement répondre à des questions au détour d’un couloir suffit. Visiblement, le plaisir est partagé, puisque les étudiantes et étudiants de l’EPFL lui ont déjà décerné à deux reprises – en 2020 et en 2025 - la Polysphère d’Or.
Reste que lorsqu’il se retrouve dans l’auditoire, face à des dizaines de visages, l’enseignant se met «en mode showman, ce qui est très fun aussi». Son expérience d’acteur de théâtre amateur lui est alors d’une grande aide.
Selon le chargé de cours, l’humour et le plaisir sont des outils très intéressants pour capter une audience, puis la fidéliser. «Le fait que le système éducatif dissocie généralement l’apprentissage et le jeu est à mon avis une aberration.» Lui n’hésite pas à s’inspirer généreusement du monde du divertissement – stand-up, théâtre, YouTube ou encore Twitch – pour faire rire son auditoire. Surtout, il s’autorise à laisser transparaître son propre contentement. «Je l’ai appris au théâtre: le plaisir, c’est contagieux!»