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16.09.15 - Que la Suisse choisisse les énergies fossiles, renouvelables ou le nucléaire, la facture sera sensiblement la même à l’horizon 2050. C’est ce que montre un modèle énergétique développé à l’EPFL.

Trop chères les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique? Que les Suisses choisissent un avenir essentiellement basé sur les énergies fossiles, le nucléaire ou une combinaison d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique, les coûts de notre futur système énergétique pourraient s’avérer très similaires. C’est ce que révèle le calculateur Energyscope.ch mis au point par l’EPFL.

D’ici à 2050, le système énergétique suisse va subir des transformations fondamentales suite à la décision du Conseil Fédéral et du Parlement de sortir du nucléaire et à son engagement de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Le futur système énergétique suisse devra répondre à ces objectifs. Le Centre de l’Energie et le laboratoire IPESE ont développé un calculateur qui permet de comparer différentes options pour cette transition énergétique. De ce fait, il permet de comparer leurs impacts en termes d’émissions de CO2, d’indépendance énergétique, de balance des paiements de l’énergie et de coûts. Ces derniers incluent le coût des importations d’agents énergétiques (produits pétroliers, électricité, uranium….) et celui des infrastructures (réseaux, unités de production, etc.).

Or que l’on choisisse un avenir basé essentiellement sur les énergies fossiles, les énergies renouvelables associées à une meilleure efficacité énergétique ou le nucléaire, les coûts des systèmes résultants seront très proches. Les différences restent inférieures à 10% (voir graphe ci-dessous), ce qui est dans la marge d’incertitude des estimations. «Ce résultat n’est pas vraiment surprenant. La raison principale est que les énergies renouvelables (notamment le solaire photovoltaïque) et les solutions d’efficacité énergétique (véhicules électriques, etc.) seront de plus en plus compétitives. Les coûts de ces technologies vont continuer de baisser, tandis que ceux des solutions classiques risquent fort d’augmenter notamment à cause des coûts accrus des nouvelles technologies nucléaires et de la hausse des prix à terme des ressources finies (pétrole, gaz, etc.)», détaille François Vuille, directeur du développement du Centre de l’énergie.

Une facture en hausse mais stable par habitant
Si le scénario des renouvelables couplé à l’efficacité énergétique était retenu, il provoquerait certes un surcoût des investissements. Mais ceux-ci seraient compensés par une facture d’importation des carburants et combustibles plus faible. Dans un hypothétique scénario de poursuite nucléaire, le remplacement de nos centrales par de nouvelles, plus sûres, plus efficaces et plus chères, engendrerait un coût de production nettement supérieur à celui d’aujourd’hui, même si le niveau de cette hausse reste difficile à estimer.

A noter aussi que les scénarios qui dépendent de ressources non-renouvelables présentent la plus grande incertitude sur les coûts compte tenu de la volatilité des prix du marché. A contrario, les énergies solaire ou éolienne sont gratuites en tant que ressources et bénéficient d’un coût opérationnel très faible et largement prédictible. Même si l’importance de la baisse des coûts des équipements renouvelables reste à l’heure actuelle difficilement quantifiable à l’horizon 2050, en particulier pour le photovoltaïque et la géothermie profonde.

Le calculateur en ligne Energyscope.ch montre en outre que le coût annuel du futur système énergétique, quel qu’il soit, se situera entre 24 et 26 milliards de francs par an (hors taxes), contre 22 milliards de francs aujourd’hui (graphe ci-dessous). Cette augmentation est essentiellement liée à l’accroissement de la population qui devrait passer de près de 8 millions aujourd’hui à quelque 9 millions en 2050. En revanche, si l’on considère le coût par habitant et par an, il sera quasi identique à celui d’aujourd’hui: entre 2700 et 2’900 CHF en 2050 contre 2’700 aujourd’hui. Ce coût inclut la facture énergétique (essence, mazout, électricité, etc.), les coûts des équipements (pompes à chaleur, etc.) et des infrastructures (réseaux, centrales de production, etc.).

Variation de tous les autres indicateurs
Si le paramètre économique se révèle relativement insensible au scénario énergétique choisi, ce n’est pas du tout le cas des autres indicateurs: dans les futurs scénarios, tous les autres varient considérablement en fonction des choix énergétiques. Les retombées en termes d’émission de CO2, d’empreinte environnementale, de sécurité d’approvisionnement ou de balance des paiements de l’énergie dépendront très fortement de l’option retenue. Par exemple, les impacts CO2 pourront varier de près de 70% entre un scénario fortement renouvelable et un scénario basé essentiellement sur les ressources fossiles (graphe ci-dessous). Le niveau d’indépendance énergétique variera dans les mêmes proportions, tandis notre consommation d’énergie finale et l’impact environnemental de nos déchets varieront de l’ordre de 30% entre les différents scénarios.

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