«En première année, on se pose des questions de grands scientifiques»

Philippe Müllhaupt, meilleur enseignant 2025 de la Section génie mécanique de l’EPFL. 2026 EPFL/Alain Herzog - CC-BY-SA 4.0

Philippe Müllhaupt, meilleur enseignant 2025 de la Section génie mécanique de l’EPFL. 2026 EPFL/Alain Herzog - CC-BY-SA 4.0

C’est la professeure de solfège de Philippe Müllhaupt qui lui a donné le goût de l’enseignement. Même s’il a rapidement abandonné la musique, le meilleur enseignant 2025 de la Section génie mécanique de l’EPFL a conservé un goût intact pour la transmission des savoirs.

La première fois qu’il est entré dans un auditoire rempli d’étudiantes et étudiants en première année de Bachelor, Philippe Müllhaupt a failli repartir. «C’était une expérience assez violente. J’avais l’impression d’être dans une arène, jeté en pâture à 400 fauves», se souvient celui qui a été désigné meilleur enseignant 2025 de la Section génie mécanique de l’EPFL.

Le spécialiste de l’automatique non-linéaire s’empresse d’ajouter: «Maintenant, j’adore enseigner à ce niveau! Les personnes fraîchement débarquées à l’EPFL viennent en cours pour découvrir les sciences, s’y confronter.» Il ajoute: «Ils et elles se posent les mêmes questions que les grands scientifiques, ce qui est passionnant, mais constitue un défi.»

De l’avis de ce membre du Laboratoire d’automatique, un tel défi ne devrait dans l’idéal pas être confié à de jeunes enseignantes et enseignants, car il faut avoir «pas mal de bouteille» pour le relever. «Plus on descend vers la base, plus il est difficile d’enseigner. Cela nécessite une grande subtilité dans les rapports psychologiques.»

Suivre deux fois le même cours

Heureusement pour Philippe Müllhaupt, les choses se sont passées différemment. En 2000, lorsqu’il a réintégré l’EPFL – une institution qu’il connaissait bien pour y avoir décroché un Master en 1993, puis une thèse en 1999 –, il s’est d’abord vu confier des classes de niveau Master. «C’était plus facile, car il s’agissait de jeunes qui avaient déjà appris à travailler en mode EPFL.»

Dès 2013, changement d’ambiance. En raison d’une refonte des programmes, l’enseignant se voit attribuer des classes XXL de première année de Bachelor. «J’ai décidé de donner systématiquement le même cours deux fois, afin de réduire la taille de l’auditoire.» Une mesure qui permet par ailleurs aux personnes moins à l’aise avec la matière de rester à niveau, puisqu’elles ont la possibilité de suivre les enseignements une deuxième fois.

J’enseigne à l’ancienne.

Philippe Müllhaupt, meilleur enseignant 2025 de la Section génie mécanique

Une empreinte indélébile

D’aussi loin qu’il se souvienne, Philippe Müllhaupt a transmis les savoirs à d’autres avec aisance et plaisir. La première à bénéficier de cette fibre précoce pour l’enseignement fut sa sœur, qui avait de la peine en maths. Plus tard, durant ses études universitaires, le jeune homme s’est naturellement mis à donner des cours d’appui pour arrondir les fins de mois. «J’aimais déjà m’appuyer sur les images pour encourager l’abstraction», rapporte-t-il. «Une fois assimilée, l’abstraction permet une grande simplification et surtout une unification entre les domaines d’application.»

La professeure de solfège du petit Philippe était elle aussi férue d’abstractions. «Elle faisait tout avec très peu. C’était extrêmement efficace.» Il précise en riant: «J’ai rapidement arrêté la musique, mais sa méthode et son enthousiasme sont restés.» Selon lui, «la ‘bonne’ enseignante est la personne qui, sans forcément vous amener à un haut niveau, vous laisse une empreinte indélébile».

Parmi les autres enseignantes et enseignants qui l’ont marqué – et lui ont servi de modèles -, le collaborateur du Laboratoire d’automatique cite un professeur de l’Université Paris-Sud, où il a effectué un DEA (diplôme d’études approfondies) en automatique et traitement du signal avant d’attaquer sa thèse à l’EPFL. «En cinq minutes, il parvenait à synthétiser le cours précédent. Je n’ai jamais réussi à faire la même chose.»

À l’ancienne

Invité à décrire son style d’enseignement, Philippe Müllhaupt réfléchit un instant avant de répondre. «J’enseigne à l’ancienne.» Ses cours – même ceux qui font appel aux nouveaux outils technologiques – sont basés sur une logique découlant de l’écrit. En général, il privilégie les enseignements à la main et au tableau, «qui respectent le rythme de prise de note de l’audience». Durant la crise pandémique liée au Covid-19, «j’ai certes dû écrire mes cours à l’avance, mais, lorsque les étudiantes et étudiants les visionnaient sur un écran, le contenu était révélé au fur et à mesure que je parlais».

Le chercheur rappelle au passage que «plusieurs études ont mis le doigt sur un boom de la dyslexie chez les jeunes en raison de l’utilisation excessive des tablettes numériques». Il encourage pour sa part ses étudiantes et étudiants à laisser passer quelques heures après le cours, puis à relire leurs notes et à les mettre au propre.

Gentil, mais ferme

Pour ce qui est de l’atmosphère dans l’auditoire, Philippe Müllhaupt rapporte qu’il cultive la légèreté de ton et, surtout, «la gentillesse et la qualité d’écoute». Aussi disponible que possible pour les étudiantes et étudiants, toujours prêt à répondre à leurs questions et à les aider à trouver des solutions «lorsque quelque chose coince», l’enseignant n’en est pas moins «ferme et exigeant». Ainsi, ses évaluations ont la réputation d’être plutôt difficiles. Chez lui, fermeté ne rime néanmoins pas avec autorité, assure-t-il. «Il s’agit d’une fermeté axée sur la connaissance.»

Une connaissance irréprochable de la matière, voilà qui constitue le pilier des études à l’ère de l’intelligence artificielle, affirme d’ailleurs Philippe Müllhaupt. «On assiste actuellement à une explosion des faux savoirs et des connaissances lacunaires.» Selon lui, l’IA est certes un outil intéressant, mais qui n’est pas sans danger. «Le cerveau humain n’est tout simplement pas conçu pour absorber autant d’informations. Utiliser les nouvelles technologies sans un socle stable de savoirs, «c’est un peu comme construire un gratte-ciel sur des fondations branlantes».


Auteur: Patricia Michaud

Source: Sciences et techniques de l'ingénieur | STI

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