Confluence à l'EPFL : explorer l'avenir de l'informatique

Confluence26 Workshop participants © 2026 EPFL/Mauro Kunz

Confluence26 Workshop participants © 2026 EPFL/Mauro Kunz

Que se passe-t-il lorsque des chercheurs sortent du cadre de leur propre discipline et commencent à se poser des questions auxquelles ils n’auraient peut-être jamais songé autrement ? Lors de l’atelier Confluence 2026 organisé par la faculté IC, certains des esprits émergents les plus brillants se sont réunis pour explorer comment des liens inattendus pourraient façonner l’avenir de l’informatique.

Alors que l’intelligence artificielle et l’apprentissage automatique transforment des domaines allant des neurosciences à la physique, les frontières entre les domaines de recherche traditionnels s’estompent de plus en plus. Dans le même temps, certaines des découvertes scientifiques les plus fascinantes ne se produisent pas au sein d’une seule discipline, mais à la croisée de plusieurs d’entre elles.

C’est ce qu’a motivé l’édition 2026 de Confluence @ EPFL, qui a réuni des chercheurs de l’EPFL, de Berkeley, de la CMU, de Columbia, de Cornell, de l’IST d’Autriche, de la LMU de Munich, des instituts Max Planck, du Massachusetts Institute of Technology (MIT), de l’université Pompeu Fabra et de Stanford. «Confluence» a été spécialement conçu pour encourager les échanges interdisciplinaires, remettre en question les idées reçues et créer des opportunités de nouvelles collaborations.

«Une confluence est le lieu où deux rivières se rejoignent pour former un cours d’eau plus grand que chacune d’entre elles. Aujourd’hui, les idées les plus passionnantes en informatique naissent à la croisée de l’informatique, du langage, des marchés, de la physique, de l’esprit et du corps. C’est pourquoi nous avons invité à l’EPFL certains des jeunes chercheurs les plus créatifs travaillant à ces points de rencontre, afin de discuter de la manière dont ils inventent la prochaine ère de l’informatique», a expliqué le professeur George Candea de l'EPFL, l'un des organisateurs de l'événement.

Les applications inattendues des ordinateurs quantiques

John Bostanci est chercheur postdoctoral à l’université de Berkeley ; il s’efforce de trouver des applications futures intéressantes pour l’informatique quantique, une technologie qu’il décrit comme un moyen computationnel de comprendre l’Univers, la manière dont tous les éléments physiques qui nous entourent évoluent dans le temps, ainsi que le processus qui les régit tous.

Au fond de lui, Bostanci avoue avoir toujours voulu être physicien, mais il s’est finalement orienté vers l’informatique. Il a donc pensé que l’informatique quantique serait un bon moyen de concilier ces deux disciplines.

« En termes d’applications, nous n’avons fait qu’effleurer la surface des algorithmes et de la cryptographie quantique. La pensée algorithmique est très puissante, et elle s’est manifestée dans de nombreux autres sous-domaines de l’informatique, où l’on finit par établir des liens avec le quantique auxquels on ne s’attendait pas. Je ne sais pas ce que nous allons découvrir, mais je m’attends à ce que nous trouvions des algorithmes vraiment géniaux, capables de réaliser des choses incroyables qui sont encore inimaginables aujourd’hui. »

M. Bostanci a été invité à participer à Confluence après avoir entretenu des contacts réguliers avec le professeur Thomas Vidick de l’EPFL, et il a trouvé cet atelier très enrichissant.

« Les participants sont tous très perspicaces. Quand on leur parle de quelque chose de nouveau, ils adoptent une approche très interdisciplinaire. Je ne m’y connais pas vraiment en réseaux neuronaux ni en IA, mais c’est formidable de discuter de ces concepts, comme le langage, ou du fonctionnement de ces dits concepts », a-t-il déclaré.

Rendre l’intelligence artificielle plus sûre

Pour Natalie Collina, chercheuse au MIT, les capacités croissantes de l’intelligence artificielle soulèvent des questions urgentes quant à la capacité des humains à garder le contrôle sur des systèmes de plus en plus autonomes.

Forte d’une formation en théorie des jeux, qui étudie la manière dont différents acteurs prennent des décisions et interagissent, Natalie Collina explore une approche non conventionnelle de la sécurité de l’IA : et si le fait de rendre les agents IA moins enclins à coopérer entre eux pouvait en réalité les rendre plus sûrs ?

« Mon point de vue est que le terme “alignement” est un mot fort », explique-t-elle, faisant référence au défi consistant à garantir que les systèmes d’IA agissent conformément aux intérêts humains. « Si vous disposez d’un système aligné, cela signifie en gros qu’il peut agir en votre nom, mais comment savoir si les agents d’IA agissent réellement dans notre meilleur intérêt ? »

Ses recherches visent à déterminer si des groupes d’agents IA, ayant chacun des motivations différentes, pourraient collectivement empêcher des actions nuisibles, même lorsqu’aucun agent individuel ne peut être pleinement digne de confiance. Elle admet que ses inquiétudes concernant la sécurité de l’IA se sont considérablement accrues à mesure que les systèmes sont devenus plus performants, en particulier lorsque plusieurs agents collaborent de manière imprévisible.

Le caractère interdisciplinaire de Confluence a constitué l’un de ses principaux attraits. « D’après mon expérience, les meilleures idées de recherche sont celles qu’une seule personne ne peut pas forcément garder à l’esprit en même temps. Il faut se les passer entre plusieurs personnes, comme une patate chaude », a-t-elle déclaré. « L’idée que cet événement soit délibérément interdisciplinaire, où les participants tissent des liens entre différents domaines en mettant l’accent sur la créativité, est géniale ! »

Ce que le cerveau et les machines peuvent s’apprendre mutuellement

Pour Hope Keen, une autre chercheuse du MIT, la rencontre entre l’informatique et les neurosciences offre une autre opportunité fascinante : comprendre comment les humains raisonnent et déterminer si les systèmes d’intelligence artificielle résolvent des problèmes similaires de manière fondamentalement différente.

« Ma thèse et mon programme de recherche actuel portent sur le raisonnement, et plus particulièrement sur le raisonnement logique », explique Hope Keen. « J’étudie comment notre cerveau prend en charge le raisonnement abstrait dans différents domaines. »

Ses recherches vont de la compréhension de la manière dont les individus tirent des conclusions logiques à l’étude de la possibilité qu’une stimulation cérébrale non invasive puisse un jour améliorer les capacités de raisonnement. Elle compare également les structures sous-jacentes au raisonnement humain avec celles que l’on retrouve dans les grands modèles linguistiques, tout en mettant en garde contre l’hypothèse selon laquelle les réseaux neuronaux artificiels fonctionneraient comme des cerveaux biologiques.

Hope Keen a été particulièrement attirée par Confluence en raison de l’importance délibérée que ce programme accorde au rapprochement de différentes perspectives scientifiques.

« L’EPFL et le MIT partagent de nombreux points communs intéressants que j’apprécie beaucoup », a-t-elle déclaré, soulignant leur combinaison d’approches techniques rigoureuses et d’un engagement fort en faveur de la science fondamentale. « J’ai beaucoup apprécié de découvrir les travaux menés dans d’autres domaines. Je pense qu’il est extrêmement utile de réunir différentes perspectives de manière fructueuse, et tout ce que j’ai vu s’est avéré pertinent pour mes propres travaux. C’est très stimulant. »

Au-delà des frontières traditionnelles

Cet atelier a pu refléter cette diversité, avec des présentations couvrant les langages de programmation, l’informatique quantique, la conception des marchés, la sécurité de l’IA et la cognition humaine.

Les exposés de Martin Odersky, Martin Jaggi et Amir Zamir, de l’EPFL, ont été complétés par des séances de brainstorming et une discussion explorant l’avenir de l’intelligence incarnée.

Pour Nate Foster, professeur à l’EPFL et l’un des organisateurs, le défi auquel sont confrontés les chercheurs ne consiste pas simplement à suivre le rythme des évolutions technologiques rapides, mais à trouver des occasions de repenser des problèmes familiers sous un angle totalement différent.

« Nous voulions utiliser Confluence pour explorer les frontières de l’informatique et envisager les perspectives d’avenir de ce domaine. Au cours de l’atelier, nous avons dépassé nos frontières traditionnelles et pris des risques scientifiques. Parfois, la prochaine grande idée naît d’une conversation, et nous en avons certainement eu beaucoup ! »

Le programme complet et la liste des intervenants sont disponibles ici : https://confluence2026.epfl.ch/


Auteur: Tanya Petersen

Source: Informatique et Communications | IC

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