«Comme le conteur, l'enseignant connaît la fin de l'histoire»

Pierre Gönczy donnant un cours de biologie cellulaire et du développement - EPFL/Titouan Veuillet - CC-BY-SA 4.0
Pierre Gönczy a commencé à enseigner les maths à l’école secondaire pour financer une année «off» axée sur la photographie. Quel que soit l’âge de l’auditoire, la transmission de la pensée scientifique est un privilège, estime le meilleur enseignant 2024 de la section des sciences de la vie.
«Très fun et parcours presque trop évident»; c’est ainsi que Pierre Gönczy décrit ses études de biologie à l’Université de Genève. Le meilleur enseignant 2024 de la section des sciences de la vie de l’EPFL marque une pause, avant de préciser: «Je ne veux pas dire par là que les cours n’étaient pas intéressants. Au contraire, la matière «avait tellement de sens» et il avait «tellement de plaisir à aller en cours» que le travail universitaire n’en semblait pas un.
De là à dire que, pour le responsable du Laboratoire de biologie cellulaire et du développement, les études supérieures ont ressemblé à une promenade de santé, il y a un pas qu’il ne faudrait pas franchir. Il se souvient notamment avoir passé «un mois entier à potasser un livre de biochimie de 1000 pages.». Lorsqu’il a mis le cap sur la Rockefeller University dans le cadre de son doctorat, le plaisir était heureusement toujours bien présent, «d’autant que j’adorais la ville de New York.»

Lorsque l’ampoule s’allume
En 1995, le jeune homme boucle sa thèse consacrée à la génétique moléculaire de la spermatogenèse chez la drosophile. Il décide alors de se pencher sur les mécanismes de division cellulaire et rejoint le Laboratoire européen de biologie moléculaire (EMBL/Heidelberg) en tant que postdoctorant. «C’est là que mon ‘vrai’ projet académique a démarré: comprendre comment, à l’intérieur des cellules, l'architecture de la division cellulaire se met en place et est exécutée.» En 2000, le chercheur revient au bord du lac Léman, à l’Institut suisse de recherche expérimentale sur le cancer (ISREC). Quatre ans plus tard, «mon tenure case a été transféré à l’EPFL, où j’ai eu la chance de contribuer au développement de la section des sciences de la vie».
Son retour en Suisse coïncide aussi avec une charge de cours. Pas de quoi le décontenancer: «Des années plus tôt, avant d’attaquer ma thèse de doctorat, j’avais pris une année ‘off’, consacrée à faire de la photo, ouvrir une galerie et écrire des piges pour un magazine. Pour gagner ma vie, j’enseignais les maths dans une école secondaire.» Son intérêt pour la transmission des connaissances a néanmoins émergé plus tôt encore, alors que Pierre Gönczy n’était qu’un collégien. «Je donnais des cours d’appui. J’adorais cela!» Il se souvient encore précisément de «ces moments géniaux où l’ampoule s’allumait dans la tête de mes élèves, où je constatais qu’ils et elles avaient compris.»
Plaques de chocolat et microscopes portables
Nommé professeur associé en 2005, le spécialiste du développement cellulaire est devenu professeur ordinaire en 2009. Au fil des ans, la palette des cours dispensés (ou codispensés) a logiquement évolué. Ce qui est resté inchangé, c’est la place centrale réservée à l’interactivité et à la participation des étudiantes et étudiants dans les enseignements de Pierre Gönczy.
Quiz théoriques récompensés par une plaque de chocolat, travaux de groupes axés sur des questionnements précis, excursions de terrain au bord de la rivière Sorge pour y collecter et analyser – à l’aide de microscopes portables fabriqués en cours – des matériaux vivants: l’enseignant ne manque pas d’idées en matière d’outils pédagogiques innovants. «Si j’ai affaire à une audience plus importante, je m’évertue à rester en contact direct avec elle, je me promène dans l’auditoire et pose des questions. Faire un monologue pendant une heure est tout simplement hors de question.»
Un peu comme un conteur
«Lorsque je développe les cours – en collaboration avec les autres professeurs qui en sont responsables – j’accorde une attention particulière à la transmission de compétences transversales.» Parmi celles-ci figurent la lecture critique et la discussion d’articles scientifiques, «une compétence fondamentale pour les chercheuses et les ingénieurs, que ce soit dans l’industrie ou l’académie.» De l’avis de Pierre Gönczy, les étudiantes et les étudiants ne sont pas assez confrontés à la littérature scientifique durant leurs études à l’EPFL. Une lacune à laquelle il tente de remédier. «J’essaie par ailleurs d’engager autant que possible le cerveau de mon auditoire, de titiller son esprit créatif. Les sciences de l’éducation ont montré que c’est ainsi qu’on apprend le mieux.»
«L’enseignement est un privilège,» glisse le professeur en sciences de la vie. «Je me sens parfois un peu comme un conteur que les gens du village écoutent religieusement, car il connaît la fin de l’histoire.» C’est justement pour accroître la qualité de l’enseignement scientifique, et le rendre accessible au plus grand nombre, que Pierre Gönczy s’est investi dans la création d’un programme pilote visant les maîtresses et les maîtres des 7e et 8e Harmos. Baptisée SEMIEL (Semaine d’immersion à l’EPFL), cette offre lancée en automne 2024 vise à renforcer – par le biais d’une immersion dans un laboratoire et de modules de cours thématiques – la pensée scientifique dans la société. «En fin de compte, il en va du bon fonctionnement de notre système démocratique.»