Claudia R. Binder est nommée doyenne de la Faculté ENAC

Alumni de l’ETH de Zurich, Claudia R. Binder a rejoint l’EPFL en 2016. © Alain Herzog / EPFL

Alumni de l’ETH de Zurich, Claudia R. Binder a rejoint l’EPFL en 2016. © Alain Herzog / EPFL

Faire de la Faculté ENAC un pôle de compétences pour l’environnement naturel et construit reconnu en durabilité est l’objectif principal de la Professeure Claudia R. Binder, qui entrera en fonction le 1er janvier 2020. Interview.

Vous avez été nommée doyenne de la Faculté ENAC jusqu’en 2024. Quelle est votre ambition durant ce mandat?

Nous sommes actuellement confrontés à beaucoup de défis de société, à l’exemple du changement climatique, comme nous pouvons le constater dans les #FridaysForFuture (manifestations pour la protection du climat lancées par l’activiste Greta Thunberg, ndlr.), dans la raréfaction croissante des ressources, la transition énergétique et la croissance de l’urbanisation. Pour répondre à ces enjeux, une approche holistique est requise. A l'ENAC, nous avons un atout majeur à cet égard: nos compétences en architecture, en génie civil et en ingénierie de l'environnement nous donnent un savoir et des synergies uniques pour développer des innovations transversales. Avec mes collègues de l'ENAC, je veux ainsi faire progresser ce potentiel en créant les conditions cadres pour l’excellence dans la recherche, dans l’enseignement et l’innovation pour un environnement bâti et naturel plus durable, et ceci sur la scène nationale et internationale.

Comment comptez-vous vous y prendre?

J'ai l'intention de m'appuyer sur l'excellente performance et les succès de l'ENAC de ces dernières années: le NeighborHub, qui a remporté le Solar Decathlon en 2017, le Smart Living Lab de Fribourg, spécialisé dans l'environnement bâti du futur, le Transportation Center, le Centre de Recherche Habitat, le Pôle de recherche sur l’environnement alpin et polaire ALPOLE, en Valais, et sur nos liens étroits avec le Centre de l’Energie de l'EPFL. Au-delà de l'excellence de la recherche et de l'enseignement, notre écosystème de recherche a donné naissance à un certain nombre de retombées très prometteuses. Mon objectif est de tirer parti de ces réalisations et de positionner l'ENAC en tant que centre d'excellence pour faire progresser la durabilité de notre environnement naturel et bâti. Cela se fera dans les trois missions fondamentales de l'EPFL: l'enseignement, la recherche et l'innovation.

Avez-vous des exemples concrets?

Récemment, de nouvelles initiatives ont vu le jour à l'ENAC, tout comme l’initiative CLIMACT «Center for Climate, Impact and Action», en coopération avec l’Université de Lausanne, ainsi que le Centre pour les infrastructures digitales. Avec mes collègues, j'ai pour objectif d'explorer le rôle de clusters de recherche, liés à des initiatives de l’ENAC, et d'aborder des sujets clés liés à la durabilité de l'environnement bâti et naturel. J'aimerais également que l'ENAC s’engage à réfléchir à un enjeu crucial, à savoir comment la numérisation peut être utilisée pour stimuler la durabilité, et comment les big data peuvent aider les scientifiques à construire une intelligence collective, afin d'aider les responsables politiques à bâtir des villes vivables. Ces efforts seront menés en association avec les autres facultés et l'initiative Tech4Impact de l'EPFL, qui vise à trouver des solutions technologiques aux grands défis de société. Grâce à Tech4Impact, nous serons en mesure de transformer nos recherches en innovations qui profiteront à la société.

Et quels sont vos objectifs pour l’éducation?

Les ingénieures, ingénieurs et architectes de demain devront collaborer dans des environnements de travail complexes et en évolution constante. J'aimerais donc encourager davantage notre programme unique de cours "Projeter Ensemble", où les étudiants en architecture, en génie civil et en ingénierie de l’environnement unissent leurs forces pour trouver de nouvelles solutions pour un avenir durable. Dans le même ordre d'idées, je souhaite soutenir et développer notre "Student Kreativity and Innovation Laboratory" (SKIL), où les étudiants de l'ENAC proposent eux-mêmes des sujets de cours qui les préparent à affronter les défis actuels. Le programme Projeter Ensemble et le SKIL encouragent les étudiantes et étudiants à développer des solutions créatives et innovantes à nos problèmes urgents et ont déjà généré plusieurs spin-off - toutes au service de la mission d'innovation de l'EPFL.

Quel rôle joue selon vous la Faculté ENAC au sein de l’EPFL?

L'EPFL offre à notre école un environnement de recherche et d'apprentissage dynamique et stimulant. Il est possible que de nombreux laboratoires d'autres facultés étudient également les questions liées au développement durable. En nous basant sur la composition unique de l'ENAC, qui permet de créer des passerelles vers d'autres facultés, nous souhaitons donc partager et intégrer toutes ces connaissances pour développer davantage le domaine de la durabilité, non seulement avec les membres des autres facultés de l'EPFL, mais aussi avec toute la Suisse.

Justement, aux niveaux suisse et international, quels sont les points forts et les défis de la Faculté ENAC ces prochaines années?

Les chercheurs des trois instituts d'architecture, de génie civil et d'environnement de l'ENAC ont d'excellents bilans et sont reconnus internationalement. Il est rare que ces trois disciplines soient réunies sous un même toit. Cette structure avant-gardiste nous donne donc une marge de manœuvre inégalée en matière d'innovation. Cela implique également que les étudiants et les chercheurs de nos trois différentes disciplines doivent trouver un langage commun et penser de manière créative pour déployer tout leur potentiel. Nous avons donc l'occasion de développer davantage notre approche unique, notamment en adoptant la révolution numérique déjà en cours et en mettant en place des processus qui facilitent la collaboration interdisciplinaire. Cela est particulièrement important à une époque où notre société est confrontée à des problèmes complexes qui ne peuvent être résolus du point de vue d'un seul domaine. Comment le changement climatique affectera-t-il nos montagnes et nos modes de vie urbains? Comment éviter que nos villes ne deviennent étouffantes en été? Ce ne sont là que deux des nombreuses questions que nous pourrons aborder à l'ENAC au cours des prochaines années, si nous travaillons tous ensemble.

BIOGRAPHIE

Claudia R. Binder a rejoint l’EPFL en mars 2016, où elle dirige le Laboratoire de relations humaines-environnementales dans les systèmes urbains (HERUS), rattaché à la Chaire La Mobilière pour l’écologie urbaine et un mode de vie durable, au sein de la Faculté de l’environnement naturel, architectural et construit (ENAC).

Ses recherches portent sur l'analyse, la modélisation et l'évaluation de la transition des systèmes urbains vers la durabilité. Elle examine en particulier comment nous pouvons mieux comprendre la dynamique du métabolisme urbain, ce qui caractérise une ville durable et ce qui anime et entrave les processus de transformation. Elle le fait en combinant les domaines des sciences naturelles, de la science des données et des sciences sociales. Ses recherches portent sur l'alimentation, l'énergie, les modes de vie et les transports durables dans les systèmes urbains.

En Suisse, Claudia R. Binder a été nommée membre du Conseil de la recherche, Division des programmes du Fonds national suisse (FNS) en 2016 et fait partie du Comité directeur du Programme national de recherche 71 du FNS, "Gestion de la consommation d'énergie" et du Swiss Competence Centers for Energy Research (SCCER). Elle est également membre du comité directeur du groupe «Sustainability Research» des Académies suisses des sciences et des lettres. En 2019, elle a été élue membre du Conseil universitaire de l'Université de Munich (LMU).

A l’EPFL, Claudia R. Binder est la directrice académique du programme d’enseignement interdisciplinaire «Projeter Ensemble». Elle a été nommée membre de la Direction du Centre de l'énergie en 2018 et dirige depuis 2019 le groupe de travail sur la Stratégie énergétique et de durabilité de l’école.


Source: EPFL