Partager: 

12.04.18 - Appelés à proposer des projets collaboratifs, des chercheurs de Campus Biotech et leurs partenaires bénéficieront du soutien financier de la Fondation Bertarelli. Les projets lauréats ont été dévoilés le 11 avril en marge du Symposium Bertarelli 2018, à Harvard Medical School (Boston).

Il y a moins d’un an, Martin Vetterli et Ernesto Bertarelli annonçaient la création du « Catalyst Fund @ Campus Biotech ». Ce fonds, doté de 5 millions de francs, vise à promouvoir des projets de recherche translationnelle dans le domaine du système nerveux et faisant intervenir une ou plusieurs équipes installées à Campus Biotech (Genève) en collaboration avec d’autres institutions académiques partenaires.

Suite au premier appel à projets, cinq propositions ont été primées. « La qualité des dossiers que nous avons reçus était remarquable », souligne Patrick Aebischer, président du comité de sélection. « Nous nous réjouissons de pouvoir apporter un soutien financier à ces projets, ajoute Ernesto Bertarelli. Chacun d’entre eux représente la vision d’innovation et de collaboration qui nous a conduits à créer Campus Biotech et à en faire l’écrin de nouveaux partenariats entre scientifiques et instituts de la région. Nos félicitations aux lauréats de cette première édition pour leur ambition partagée visant à obtenir de véritables progrès pour les patents. Nous nous réjouissons de pouvoir suivre les développements de leurs recherches. »

Chacun des projets lauréats bénéficiera d’une enveloppe de quelque 300'000 francs qui lui permettra de démarrer les recherches et d’accélérer le transfert des résultats vers des applications cliniques.

Une thérapie optogénétique pour recouvrer la vision

Le projet proposé par Bernard Schneider (EPFL – Brain Mind Institute) et Sonja Kleinlogel (Université de Berne) entend amener au stade clinique une technique de rééducation de la vision. Que ce soit pour cause de dégénérescence maculaire liée à l’âge ou en raison de maladies héréditaires, une personne sur 300 souffre de cécité liée à la perte de photorécepteurs rétiniens, se traduisant par des pathologies telles que la dégénérescence maculaire liés à l’âge ou la rétinite pigmentaire. Agissant par adjonction et stimulation lumineuse d’une protéine de synthèse au sein même des interneurones rétiniens restants, la thérapie génique optogénétique de Sonja Kleinlogel permet à ces cellules de se transformer en « photorécepteurs de substitution » – et de redonner ainsi, à terme, une vision naturelle au patient. Déjà éprouvée en laboratoire, cette thérapie se heurte encore au manque d’un vecteur viral applicable à l’humain et capable de convoyer la protéine auprès des bonnes cellules rétiniennes.

Soulager les troubles visuels consécutifs à une attaque

Outre les symptômes moteurs et langagiers bien connus, 30% des victimes d’un accident vasculaire cérébral souffrent de troubles de la vision, se manifestant typiquement par la perte de la moitié du champ visuel (hémianopie). Le projet piloté par Friedhelm Hummel et quatre collègues de l’EPFL, des HUG, de l’Hôpital du Valais et de la Clinique romande de réadaptation (Sion) utilisera une approche multimodale faisant intervenir l’imagerie à résonance magnétique fonctionnelle (fMRI) et la stimulation magnétique transcrânienne (TMS) pour décrire la réorganisation de l’activité du système visuel après une attaque, afin de mieux comprendre les mécanismes de réparation. Cela permettra d’élaborer des stratégies de réhabilitation faisant appel à des stimulations cérébrales non-invasives et des entraînements visuels. Dans un troisième temps, les chercheurs entendent débusquer les marqueurs biologiques associés au succès de telle ou telle méthodologie, afin de permettre à l’avenir des thérapies médicales personnalisées.

Combattre les hallucinations liées à la maladie de Parkinson

Plus de la moitié des patients atteints de la maladie de Parkinson souffrent d’hallucinations. Les plus fréquentes sont des sentiments de présence. Les phénomènes neurologiques à l’œuvre ont été étudiés à l’EPFL dans les laboratoires d’Olaf Blanke et Dimitri Van De Ville et peuvent désormais être provoqués à la demande grâce à des outils robotiques. Une collaboration avec Paul Krack (HUG) permettra au projet d’aller plus loin dans l’exploration de ces processus auprès de patients atteints de Parkinson. Le premier objectif est de détecter les biomarqueurs de ces états hallucinatoires, puis de mettre au point des démarches thérapeutiques non-pharmacologiques et non-invasives, basée sur le retour d’informations neurologiques. Ces résultats pourront par la suite s’appliquer aux hallucinations observées dans des cas de schizophrénie ou d’autres maladies neurodégénératives.

Retrouver une motricité fine

Une lésion de la moelle épinière au niveau des cervicales peut provoquer une paralysie totale ou complète des jambes, des bras et des mains. L’électrostimulation des fibres nerveuses au-dessous de la lésion a déjà fait ses preuves pour restaurer un mouvement des jambes permettant de marcher. Mais il reste un long chemin à parcourir avant de pouvoir appliquer cette méthode avec suffisamment de finesse pour redonner aux mains une motricité assez précise pour les tâches de la vie quotidienne. Tomislav Milekovic (Unige) et Marco Capogrosso (UniFr) proposent de cartographier finement la réorganisation des réseaux neuronaux avant et après une lésion, afin d’identifier les secteurs actifs pour le contrôle de la main. Dans une deuxième étape, ces signaux pourront contrôler l’électrostimulation d’un implant placé sur la moelle épinière en aval de la blessure.

Contrôler les chemins de la douleur

Les douleurs chroniques affectent près de 20% de la population. Pourtant, elles sont encore largement méconnues, et leur traitement par des médicaments n’est souvent pas possible à long terme en raison des effets secondaires. Stéphanie Lacour (EPFL) et Isabelle Décosterd (CHUV et Faculté de biologie et médecine - UNIL) s’intéressent à l’hyperexcitabilité des neurone nocicepteurs et aux canaux ioniques qui les activent. Elles développent des outils destinés à l’établissement d’un modèle mécanistique, susceptible de servir de socle à l’élaboration de thérapies innovantes. Celles-ci feront intervenir des thérapies géniques, l’optogénétique et des neurotechnologies. Il s’agira notamment de développer un implant optoélectronique appliqué sur le nerf sciatique des souris, ainsi qu’une plate-forme destinée à son contrôle optique et à la lecture de ses signaux.

Partager: