Chat perché

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Aurélie Terrier compte parmi les lauréates du concours d’images scientifiques 2026 du Fonds national suisse (FNS). Architecte-archéologue au Laboratoire des Arts pour les Sciences (LAPIS), son cliché illustre des chercheurs durant une prise de mesures impressionnante, alliant outils modernes et traditionnels.
C’est la photo de la photo. On ne voit pas l’objet photographié. Perchés sur des échafaudages à plus de 15 mètres du sol, les deux collègues sont tout sourire. Solidement harnachés, ils balancent adroitement une longue perche portant un appareil photo. Ils sont là où personne ne va, dans ce sanctuaire gréco-romain visité chaque jour par des milliers de touristes. Situé à 40 km au nord d’Assouan, le temple de Sobek et Haroeris à Kom Ombo, est une des étapes phares des circuits touristiques égyptiens qui longent le Nil. C’est aussi l’objet d’étude d’un groupe international et interdisciplinaire de scientifiques mené par Aurélie Terrier, architecte-archéologue au Laboratoire des arts pour les sciences de l’EPFL. Elle est l’auteure du cliché, pris à partir d’un iPad.

Il y a un décalage temporel entre le concentré de technologie suspendu au bout de la perche, ce que produiront les clichés et les reliefs taillés deux millénaires plus tôt. Le jury du Concours de photos 2026 du Fonds national suisse ne s’y est du reste pas trompé en lui décernant le prix « lieux et instruments » : « Les lignes fortes de la composition de l’image encadrent des scientifiques dans une position quelque peu instable, voire dangereuse, dans un cliché contrastant outils modernes et traditionnels. »
La majeure partie du temple a été détruite par l’érosion du Nil, les tremblements de terre, le réemploi des pierres, l’usure, le temps. S’ajoute aujourd’hui l’affluence du tourisme de masse. Des grands temples gréco-romains édifiés sur le sol égyptien, il est pourtant le seul à n’avoir bénéficié d’aucune étude architecturale moderne. Enfin, jusqu’à ce qu’une poignée de scientifiques s’y intéressent.
Au bénéfice d’une bourse FNS PostDoc Mobility puis Ambizione, Aurélie Terrier l’ausculte depuis 2019. Avec une vingtaine de collègues, elle multiplie les relevés et les clichés afin de réaliser une analyse architecturale complète, allant du contexte environnemental aux questions liées à la construction des espaces autour des fonctions théologiques ainsi qu’à l’évolution des méthodes et des techniques de construction. L’équipe a recours aux nouvelles technologies et à un matériel de pointe pour consigner le passé. « Cette scène peut paraître improvisée, mais elle aboutira à des images précises et de grande qualité. C’est une belle illustration du potentiel des humanités numériques, à la croisée des sciences humaines et des nouvelles technologies », relève la chercheuse.
Le projet se traduira en effet par une modélisation 3D de l’ouvrage, un outil scientifique intégrant toutes les sources d’informations existantes, qui sera accessible aux chercheuses, chercheurs et public. À l’horizon 2027.