Antarctique : défis et avenir du continent

© 2025 EPFL

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Le professeur Jérôme Chappellaz, glaciologue et climatologue à l’École d’architecture, de génie civil et d’environnement (ENAC) de l’EPFL, a rejoint la journaliste de TV5MONDE Guénola Fourel et le journaliste de la RTBF François Mazure pour discuter de l’avenir de l’Antarctique et de son rôle crucial dans le climat mondial, dans le cadre de l’émission Objectif Monde : L’Hebdo.

Un continent sous pression

S’appuyant sur ses dix expéditions scientifiques en Antarctique, le professeur Chappellaz a décrit les pressions auxquelles le continent est confronté : l’accélération du réchauffement climatique et l’intensification des activités humaines.

Nous brûlons des combustibles fossiles et émettons des gaz à effet de serre dans l’atmosphère, ce qui réchauffe la planète et réchauffe l’Antarctique. L’Antarctique représente potentiellement 60 mètres d’élévation supplémentaire du niveau des mers sur cette planète, avec des conséquences potentiellement monstrueuses pour nombre de nos sociétés.

Jérôme Chappellaz

Il a également évoqué la croissance rapide du tourisme antarctique, dont la fréquentation a été multipliée par quatorze en 25 ans, atteignant plus de 106 000 visiteurs en 2023. Plutôt que d’appeler à une interdiction, il plaide pour un encadrement renforcé :

Je crois vraiment qu’il devrait y avoir des observateurs officiels systématiquement présents à bord des navires pour contrôler la manière dont les touristes interagissent avec les animaux rencontrés sur place et comment ils gèrent leurs déchets. Un contrôle rigoureux est essentiel.

Jérôme Chappellaz

Un modèle de coopération internationale

La discussion a mis en lumière la solidité du Traité sur l’Antarctique et du Protocole de Madrid, qui protègent le continent depuis respectivement 1959 et 1991. Chappellaz décrit cet ensemble juridique comme « extrêmement intelligent », rappelant que toute modification au protocole nécessite l’unanimité des parties décisionnaires et l’accord de 70 % des pays signataires.

Interrogé sur les risques d’exploitation potentielle des ressources — notamment de supposées réserves pétrolières — il souligne que les conditions naturelles restent un puissant obstacle :

Il faut traverser l’océan Austral pour s’y rendre, et imaginer un pétrolier traverser régulièrement cet océan pour transporter du pétrole… techniquement c’est extrêmement compliqué.

Chappellaz

La science au cœur de l’Antarctique

Près de 80 stations de recherche sont actuellement en activité sur le continent, dont environ 65 fonctionnent toute l’année. L’établissement de nouvelles stations — comme la cinquième base de recherche antarctique récemment approuvée par la Chine — doit faire l’objet d’une évaluation environnementale rigoureuse par l’ensemble des signataires du traité.
Ces infrastructures jouent un rôle essentiel pour étudier les changements climatiques, les écosystèmes polaires et l’évolution de la cryosphère, fournissant des données indispensables à la communauté scientifique internationale.

Regarder vers l’avenir

Malgré les incertitudes géopolitiques, les deux invités ont souligné l’importance de préserver l’Antarctique comme espace dédié à la paix, à la science et à la coopération internationale.

L’Antarctique est une utopie géopolitique qui appartient à tout le monde et à personne. Nous devons rester collectivement responsables de ce joyau de notre planète.

François Mazure

Chappellaz fait écho à ce point de vue en comparant le rôle des scientifiques à celui des médecins :

PNotre rôle est de délivrer un diagnostic fondé sur les observations. Il revient ensuite aux citoyens et aux décideurs politiques d’agir.

Chappellaz