«À l'EPFL, j'ai pu conjuguer ma passion pour l'humain et la nature»

Spécialiste des sciences de l’environnement, Kristin Becker van Slooten a effectué son doctorat en chimie environnementale et écotoxicologie à l’EPFL - 2026 EPFL/Alain Herzog - CC-BY-SA 4.0

Spécialiste des sciences de l’environnement, Kristin Becker van Slooten a effectué son doctorat en chimie environnementale et écotoxicologie à l’EPFL - 2026 EPFL/Alain Herzog - CC-BY-SA 4.0

Étudiante à l’EPFL à une époque où l’environnement n’était qu’un champ émergent, Kristin Becker van Slooten, membre du Conseil des EPF de 2017 à 2026, a toujours avancé, guidée par une conviction simple: la science doit servir le vivant.

Spécialiste des sciences de l’environnement, Kristin Becker van Slooten a effectué son doctorat en chimie environnementale et écotoxicologie à l’EPFL. Elle y débute comme collaboratrice scientifique avant de diriger un groupe de recherche et d’obtenir le titre de maître d’enseignement et de recherche. Elle travaille ensuite au cœur de la gouvernance de l’EPFL comme adjointe de Patrick Aebischer et du secrétaire général. Depuis 2017, elle est cheffe de projet pour l’égalité à l’EPFL et représente, en tant que déléguée, l’EPFL et l’ETHZ au Conseil des EPF.

« Je suis née à Hanovre, au nord de l’Allemagne. Ma mère avait fui la Prusse orientale devant l’Armée rouge et mon père venait de l’Allemagne de l’Est », zone soviétique après 1945, devenue RDA en 1949. À quatorze ans, l’adolescente déménage à Genève. Elle fait ses classes à l’École internationale, où les cours sont prodigués en anglais. Après le baccalauréat, elle choisit d’étudier la biologie à l’Université de Genève. « J’ai beaucoup hésité. Une carrière plus sociale m’aurait aussi plu. Mais j’ai toujours eu un lien très fort avec la nature et les animaux. » C’est finalement cela qui l’a guidée.

Pour son travail de diplôme, Kristin Becker quitte Genève pour la Station fédérale de recherches de Liebefeld, une ancienne station agricole et laitière de la Confédération située près de Berne. « J’ai eu la chance d’y rencontrer Jürg Fuhrer qui rentrait des États-Unis et qui m’a encadré dans ma recherche sur l’effet de l’ozone troposphérique sur les plantes. Mon diplôme en poche, j’avais envie d’approfondir mes connaissances dans le domaine de l’environnement. Dans les années 80, la seule possibilité était le cours postgrade en sciences et ingénierie de l’environnement donné à l’EPFL. »

Dans le laboratoire de Joseph Tarradellas avec toute l’équipe de recherche © 2003 EPFL

Dans le laboratoire de Joseph Tarradellas avec toute l’équipe de recherche (2003)

Kristin Becker van Slooten intègre alors le Laboratoire de chimie environnementale et écotoxicologie du professeur Joseph Tarradellas à l’EPFL. « J’y suis restée pour ma thèse, consacrée à l’origine, la contamination et le comportement des organoétains dans les écosystèmes lacustres. Puis comme chercheuse, encadrant quelque 37 travaux de recherche. Une expérience que j’ai adorée. Joseph Tarradellas, très humain et humanitaire, nous a permis de coopérer avec des pays alors dits en développement, comme le Honduras ou le Vietnam. Il m’a fait confiance en m’envoyant à ma première conférence avant même d’avoir des résultats, pour rencontrer des spécialistes de mon domaine. » Plus tard, elle collabore avec Environnement Canada dans le domaine de l’écotoxicologie des sols, intéressé par son expertise sur un invertébré que l’on trouve dans le sol. Étant la seule germanophone du laboratoire, le professeur l’envoyait également dans les commissions à Berne, un premier pas vers son futur professionnel.

Affiche pour la soutenance de thèse publique. © 1994 EPFL

Une carrière bien remplie à l’EPFL

La chercheuse a passé toute sa carrière à l’EPFL, ce qui peut sembler étonnant. Mais elle ne s’est jamais ennuyée, affirme-t-elle, ayant constamment changé de fonctions, de perspectives et de lieux de travail. « Au fil de ma carrière de chercheuse, j’ai découvert de nombreux pays — Honduras, Vietnam, Chili, Uruguay, Afrique du Sud, Thaïlande, Canada, États-Unis, Europe — en participant à des conférences et en collaborant avec des scientifiques, tout en cultivant ma passion pour la rencontre humaine et la découverte de la nature. » Durant ces années passionnantes, elle a eu l’impression d’effectuer des missions utiles, entourée de personnes très engagées, comme elle.« À l’EPFL, j’ai pu conjuguer ma passion pour l’humain et la nature. »

En tant que doctorante, elle a siégé à l’Assemblée d’École et représenté le corps intermédiaire. C’est ainsi qu’elle a eu son premier contact avec le Conseil des EPF. En 2004, une place s’est ouverte pour représenter les assemblées d’École de l’EPFL et de l’ETHZ au Conseil des EPF. Elle a candidaté et a été retenue. Son rôle était de porter la voix des quatre corps de l’EPFL: corps estudiantin, personnel administratif et technique, corps intermédiaire et enseignants — groupes qu’elle a d’ailleurs successivement intégrés au fil de sa carrière.

Son élection au CEPF parue dans le Flash,© 2003 EPFL

Puis nouvel élan, nouvel engagement en 2006 à la Présidence et au Secrétariat général. « Je discutais parfois avec Patrick Aebischer, alors président de l’EPFL, dans le train pour Berne. Je me souviens lui avoir dit que je réfléchissais à quitter la recherche. Il m’a répondu que, le jour où je prendrais cette décision, je devrais lui faire signe. » Kristin Becker van Slooten a travaillé pendant 10 ans « au troisième » : « Patrick Aebischer savait parfaitement transmettre son enthousiasme. Quand je sortais de son bureau, j’étais gonflée à bloc. »

À cette période, l’EPFL a été une des pionnières de l’International Sustainable Campus Network (ISCN), réseau mondial dédié aux campus durables. « Nous avons organisé une grande conférence à Lausanne, réunissant des responsables de la durabilité des campus, quelques présidents et présidentes, recteurs et rectrices des universités membres d’ISCN et du Global University Leaders Forum (GULF), émanant du WEF. Cette rencontre a mené, en 2010, à la mise en place de la « ISCN-GULF Sustainable Campus Charter », sous l’impulsion de Patrick Aebischer et de Ralph Eichler, alors président de l’ETHZ, signée par 29 universités. C’était une chose remarquable à une époque où les deux écoles étaient bien moins proches qu’elles ne le sont aujourd’hui."

Des projets menés tambour battant à la présidence © 2016 EPFL

En 2010, la vie de Kristin bascule : elle perd son mari et doit faire face seule à l’éducation d’un enfant en bas âge. « Ça a été déterminant dans ma vie ainsi que pour mes choix professionnels, d’autant plus que je n’avais pas ma famille dans la région.» En 2016, on propose à Kristin de repostuler au poste de représentante des assemblées d’École. Son point faible : sa proximité avec la Présidence. Son atout : sa proximité avec l’Assemblée d’École et le Conseil des EPF. Pendant 10 ans, elle n’avait jamais cessé de suivre les dossiers du Conseil. Elle est réélue en 2017, tout en s’investissant avec grand plaisir au Bureau de l’égalité de l’EPFL, un choix qu’elle n’a jamais regretté.

« Lorsque je partirai du Conseil fin juillet 2026, je resterai encore au Bureau de l’égalité. Et à l’été 2027, lorsque je partirai en retraite, j’aurai des projets, certainement comme bénévole. Je ne sais pas encore si cela sera du côté humanitaire ou du côté environnemental. J’aimerais aussi voyager en prenant le temps et le train, et me connecter à la nature. »


En 2019, l’EPFL a fêté le 50ème anniversaire de sa fédéralisation. A cette occasion, nous étions partis à la rencontre de celles et ceux qui ont vécu l’évolution du campus de l’intérieur. Kristin Becker Van Slooten, arrivée à l'EPFL, nous avait offert son témoignage.


Auteur: Sandy Evangelista

Source: People

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