Une nouvelle manière d'expérimenter la musique traditionnelle afghane

Extrait d’une visualisation immersive de Mathieu Clavel accompagnant l’un des enregistrements musicaux d'Ustad Sarahang. © Mathieu Clavel

Extrait d’une visualisation immersive de Mathieu Clavel accompagnant l’un des enregistrements musicaux d'Ustad Sarahang. © Mathieu Clavel

(Série d’été) Mathieu Clavel, étudiant de master à l’Institut des humanités digitales du Collège des humanités (CDH), apporte un nouveau souffle à l’héritage musical de l’Afghanistan grâce aux outils des data sciences et de la réalité virtuelle.


Mathieu Clavel veut créer une expérience virtuelle immersive à partir des archives d’un héritage culturel, dans le cadre d’un cours de master en humanités digitales. Il a décidé de dépasser le cadre du simple projet et propose un concept original, nourri par une passion de longue date pour les musiques traditionnelles de l’Afghanistan et du Moyen Orient.

“Je collectais déjà les enregistrements musicaux de l’un des artistes afghans les plus importants du siècle dernier, Ustad Mohammad Hussein Sarahang, explique-t-il. Il était donc assez naturel que je travaille sur cette archive, parce qu’il n’y a rien de vraiment comparable qui soit disponible en ligne pour ce genre de musique.”

En plus de ses études de master au laboratoire de muséologie expérimentale (EM+), dirigé par la professeure Sarah Kenderdine, Mathieu Clavel travaille régulièrement comme organisateur de concert et comme guide de tours musicaux en Iran. Il maîtrise plusieurs instruments dont le rubab – un instrument à corde, similaire au luth qui figure au centre de nombreux enregistrements d'Ustad Sarahang.

Donner vie à un héritage intangible

Mathieu Clavel a rassemblé une vaste archive numérique. Elle comprend quelque 750 enregistrements d'Ustad Sarahang, qui chante de l’une des formes de la poésie classique persane (ghazal). En ce moment, il complète chaque enregistrement avec des métadonnées qui décrivent les propriétés techniques et musicales du chant. Il développe également un site web pour explorer la sélection.

“J’essaie d’identifier les paroles et le mode musical de chaque pièce, cela prend beaucoup de temps. Quand le site sera fonctionnel, j’espère mettre en place une approche de crowdsourcing”, explique-t-il.

Il a également développé un concept unique d’expérience visuelle pour ces enregistrements musicaux, qui repose sur des représentations des textes en calligraphie persane. Son but final est de voir si un casque de réalité virtuelle ou une projection vidéo en fulldome (comme celle d’un planétarium) peut contribuer à instaurer une relation entre le public et une musique, de ce genre ou d’un autre.

Mathieu Clavel a produit une démonstration de son concept qui repose sur un casque de visualisation. Elle consiste en une expérience immersive de trois minutes et demie, basée sur un enregistrement d'Ustad Sarahang. Il compte maintenant adapter son prototype à un environnement fulldome, pour apporter une autre dimension à la curation et à l’exposition de l’archive.

Les technologies de numérisation et de visualisation figurent une occasion cruciale d’animer un héritage culturel intangible, qui sinon resterait inconnu du public, pense-t-il.

“Il est plus difficile de travailler avec un héritage intangible, puisque par définition il n’est pas gravé dans la pierre et qu’il peut facilement disparaître. Si vous voulez que cet art survive, vous devez accroître son audience. Ce projet a pour but de susciter un intérêt et de créer une expérience visuelle qui aille au-delà du simple fichier MP3. J’espère que cela servira de porte d’entrée à cette musique et à cet univers.”

Une démonstration des humanités digitales

Pendant les portes ouvertes de l’EPFL les 14 et 15 septembre prochains, Mathieu Clavel fera la démonstration de son projet avec l’expérience basée sur le casque immersif. L’événement mettra également en valeur plusieurs autres activités et expositions publiques impliquant des recherches en humanité digitale – un domaine où les méthodes en data science et les technologies numériques sont exploitées pour étudier l’art, l’Histoire et la culture.

“Les humanités digitales me permettent de conjuguer deux parties de ma propre vie, avec d’un côté l’ingénierie et les études scientifiques, et de l’autre les arts et les études culturelles, explique Mathieu Clavel. À mon sens, cette discipline est importante parce qu’elle permet de mettre les outils de la science et de l’ingénierie au service de l’art et de la culture.”

Qui était Ustad Mohammad Hussein Sarahang ?

Ustad (maître) Mohammad Hussein Sarahang est né en 1924 à Kaboul, Afghanistan. Il était le musicien le plus célèbre de sa génération dans la forme traditionnelle du ghazal. Durant s carrière prolifique, il a enregistré de nombreux programmes radios. Il est mort en 1983 et lègue de nombreux enregistrements qui, ensemble, forment un héritage musical unique.

Auteur: Celia Luterbacher
Source: Mediacom