Une application amène la «voix du visiteur» dans l'expérience muséale

Les utilisateurs peuvent prendre des photos ou faire des enregistrements audio pour décrire leurs réactions © Sarah Kenderdine

Les utilisateurs peuvent prendre des photos ou faire des enregistrements audio pour décrire leurs réactions © Sarah Kenderdine

Le Laboratoire de muséologie expérimentale de l’EPFL (eM+), dirigé par Sarah Kenderdine, a reçu le soutien d’Engagement Migros pour produire muse, une application d’avant-garde conçue pour évaluer le public, en collaboration avec une vingtaine de musées suisses. Cet outil offre aux visiteurs une manière conviviale de communiquer leurs expériences et fournit aux musées une évaluation pour développer des expositions ou d’autres manifestations.

Il est notoirement difficile d’inciter le public à participer à suffisamment d’évaluations pour recueillir des données pertinentes. La réticence des sondés face à ce processus potentiellement long et ennuyeux est compréhensible. En serait-il autrement si vous étiez invités à partager votre expérience au musée en dessinant, en enregistrant votre voix, en interagissant avec des graphiques animés ou en prenant des photos? 

L’objectif de muse, une application à l’esthétisme réfléchi et conçue pour évaluer le public, aide précisément les musées à mieux connaître leurs visiteurs. L’outil sur tablette récolte des informations géographiques et démographiques et utilise une trentaine d’éléments interactifs pour recueillir des données qualitatives subjectives sur l’expérience des visiteurs au musée. 

Capter l’expérience

Sarah Kenderdine dirige le laboratoire eM+ du Collège des Humanités à l’EPFL. Elle explique qu’en Suisse, comme dans de nombreuses régions du monde, les musées récoltent en général seulement des données démographiques de base de leurs visiteurs, telles que le nombre d’entrées et l’origine. L’objectif de muse est de donner accès à des outils d’analyse susceptibles d’aider les musées à se concentrer sur les visiteurs en tant qu’individus, et à utiliser la qualité d’engagement du visiteur pour définir, mesurer et programmer de meilleures expériences muséales. 

«La valeur devrait être mesurée sur la base d’éléments sociaux, politiques, émotionnels, éducatifs et créatifs, en plus de l’intensité avec laquelle les gens participent aux programmes et aux expositions du musée», explique Sarah Kenderdine.

Contrairement à une évaluation ou à un sondage traditionnel, muse est utilisée par les visiteurs pour enregistrer leur expérience pendant qu’ils traversent une exposition plutôt qu’après. 

«Muse a été conçue pour être exploitée sur le lieu de l’expérience et non en dehors, pour que le public puisse réfléchir en temps réel à ses réactions concrètes. Simultanément, le personnel du musée peut consulter en direct les résultats agrégés sur un tableau de bord», ajoute la directrice du laboratoire, qui a commencé à développer muse en 2012.

Elle relève le succès récent d’une version précédente du modèle qui a été utilisée au festival des arts Winter at Tantora à AIUIA, en Arabie saoudite. 6000 personnes ont enregistré leur réaction dans cinq sondages comprenant 120 points de données, ce qui a donné lieu à 1200 pages de rapport. 

«Ces informations ont livré des données cruciales sur la fidélité des clients, la planification future et les réponses créatives à cette offre culturelle dans ce nouveau site du patrimoine mondial.»

À l’aide du fonds Engagement Migros et de la vingtaine de musées suisses participant, Sarah Kenderdine aspire désormais à mener muse à la prochaine étape, à savoir des analyses plus sophistiquées qui aboutissent à de meilleurs résultats pour les musées et le public. Le projet sera lancé officiellement le 17 septembre 2020 à l’EPFL ArtLab.

Tourné vers le futur

Dans un premier temps, l’équipe en charge de muse collaborera pour une durée de trois ans avec huit musées et établissements principaux, dont le Château de Morges (Morges), la Maison des arts électroniques (Bâle), le Musée international de la Croix-Rouge (Genève), le Musée d'ethnographie (Genève), le Musée Rietberg (Zurich) et le Musée olympique (Lausanne). Chaque établissement pourra s’appuyer sur un portail administratif pour créer des questions et des sondages, une application pour recueillir des données et un tableau de bord pour consulter les informations en temps réel. Seize musées supplémentaires seront invités à rejoindre le projet par l’intermédiaire d’un appel d’offres à la fin de 2020. 

Pendant les quatre ans de financement, l’équipe muse développera des études de cas convaincantes applicables au paysage des musées suisses. Elle cherchera également des options permettant de commercialiser l’application et ses modèles de licence, et de s’étendre en incluant l’ensemble des offres culturelles en Europe et au-delà, le tout en étroite collaboration avec ses partenaires.

«Grâce à son approche centrée sur l’utilisateur, muse soutient les efforts des musées à jouer un rôle actif dans la société», explique Johanna Muther, cheffe de projet chez Engagement Migros. 

Sarah Kenderdine ajoute qu’ultérieurement, muse aidera également les musées à attirer l’attention du public sous une nouvelle forme, au vu des adaptations nécessaires face aux défis posés par la pandémie du coronavirus. «En contribuant à promouvoir les musées comme des sites polyphoniques, les visiteurs se muent de simples consommateurs en participants actifs. Muse amplifie ces voix», conclut-elle.

À propos de muse
L’application muse incarne la voix du visiteur. L’outil récolte des données quantitatives telles que géographiques ou démographiques et fournit des informations qualitatives sur l’impact immédiat de la visite d’une exposition. L’accent réside dans la création d’interactions ludiques et une utilisation simple de l’outil, tant pour les musées que pour les visiteurs. Les connaissances ainsi acquises permettent de mieux tenir compte du point de vue des visiteurs lors de la conception et du développement d’une exposition, et donc de soutenir les musées pour leur permettre de rester à l’avenir des lieux actifs au sein de la société.

A propos d’Engagement Migros
Le fonds de soutien Engagement Migros permet le développement de projets pionniers qui ouvrent de nouvelles voies en expérimentant des solutions innovantes dans une société en mutation. Cette approche pragmatique combine soutien financier et services de coaching dans le cadre du Pionierlab. Engagement Migros existe grâce à l’apport annuel de quelque dix millions de francs des entreprises du groupe Migros; depuis 2012, il constitue un complément au Pour-cent culturel Mi-gros. Plus d’informations sous: www.engagement-migros.ch.


Auteur: Celia Luterbacher
Source: Innovation

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30 éléments interactifs recueillent les données d’expérience © Sarah Kenderdine
30 éléments interactifs recueillent les données d’expérience © Sarah Kenderdine
Les musées peuvent concevoir des questions sur mesure © Sarah Kenderdine
Les musées peuvent concevoir des questions sur mesure © Sarah Kenderdine
L’application est de conception ludique et conviviale © Sarah Kenderdine
L’application est de conception ludique et conviviale © Sarah Kenderdine
Les utilisateurs peuvent prendre des photos ou faire des enregistrements audio © Sarah Kenderdine
Les utilisateurs peuvent prendre des photos ou faire des enregistrements audio © Sarah Kenderdine

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