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16.06.17 - Les centres-villes de taille moyenne sont de plus en plus confrontés à de sérieux défis en termes d’attractivité. En se penchant sur la ville de Neuchâtel, des chercheurs de l’EPFL proposent des mesures concrètes pour lui assurer une attractivité durable.

En Suisse comme ailleurs, les risques de déclin sont réels pour les centres-villes de taille moyenne. Mandaté par la branche neuchâteloise de la fédération internationale Cobaty, le Laboratoire d’architecture et de technologie durable (LAST) de l’EPFL s’est projeté dans le futur de la ville de Neuchâtel. Sa mission? Trouver des solutions urbanistiques concrètes pour assurer à son centre-ville un avenir vivant et attractif. Interview d’Emmanuel Rey, architecte, urbaniste et directeur du LAST, après la parution d’un ouvrage qui dresse le bilan de cette recherche menée avec son équipe.

En quoi les défis que rencontre le centre-ville de Neuchâtel sont-ils représentatifs de ceux d’autres villes d’Europe?
Ces villes se trouvent aujourd’hui dans une situation paradoxale: alors que les territoires qui les environnent sont en constant développement, leur centre-ville reste figé, perdant en dynamisme et en vitalité. Leur périphérie entre ainsi toujours plus en concurrence avec leur centre historique au niveau résidentiel, culturel et commercial. Ces communes subissent de plus des charges qui dépassent leurs propres moyens et peinent à lever des fonds ou à générer de l’enthousiasme pour rénover leurs espaces publics. Beaucoup d’aménagements, notamment piétons, y sont pourtant partiellement obsolètes, car avant tout basés sur une prédominance de l’automobile en ville.

Votre ouvrage identifie trois grandes stratégies de revitalisation de centres-villes. Quelles sont-elles?
L’arrivée d’un équipement de prestige ou d’activités socio-culturelles marquantes, telles que le Théâtre de Carouge ou le Festival Images de Vevey, peut contribuer à revitaliser une ville en lui donnant une forte identité, un caractère. On cite souvent comme exemple le cas emblématique de Bilbao, dont le centre, déserté, a été redynamisé par l’arrivée du Musée Guggenheim. Offrir du logement dans des lieux stratégiques et innovants architecturalement, à l’exemple de villas urbaines, d’appartements avec jardins sur les toits ou de logements innovants dans leur mode de fonctionnement - je pense notamment aux coopératives d’habitation à vocation intergénérationnelle à l’instar du récent complexe Kalkbreite à Zurich - est une autre stratégie. Enfin, un centre-ville peut être transfiguré par le réaménagement de ses espaces publics et la promotion de la mobilité douce. Le plus grand décalage entre les attentes des usagers et la réalité de nos villes de taille moyenne se cristallise ici. Le centre-ville de Sion, qui permet aujourd’hui une cohabitation sereine des piétons et des automobilistes, est un exemple de ce type d’évolution.

Comment avez-vous procédé pour la ville de Neuchâtel?
Nous avions reçu une carte blanche de la fédération Cobaty, qui regroupe de multiples acteurs concernés par l’acte de bâtir, l’urbanisme ou l’environnement et qui vise l’amélioration du cadre bâti. Nous ne voulions pas pour autant proposer une vision utopique. Sur la base d’un projet de master mené au sein du laboratoire, nous nous sommes donc projetés sur une génération, soit les années 2030-2040. Premièrement, le périmètre du centre-ville a dû être redéfini, car il ne correspondra plus au centre historique, mais sera plus étendu, allant du dépôt de tram, à l’ouest, jusqu’à Microcity, l’antenne neuchâteloise de l’EPFL, à l’est. Ce que l’on appelle aujourd’hui «le grand centre». Une fois notre périmètre défini, nous avons identifié des polarités dans la ville, des lieux de forte attraction: le quartier Ecoparc près de la gare, l’Université, le pôle de Microcity, le parc des Jeunes-Rives ou, encore, la Maladière. Ces lieux sont actuellement mal connectés entre eux, en particulier pour les piétons, alors que l’on parle de distances relativement courtes à parcourir. Les obstacles liés aux ruptures du trafic routier rendent ces liaisons moins attractives. Nous avons ensuite tenu compte de projets en cours ou d’idées évoquées parfois de manière informelle et retenu une partie d’entre eux.

Votre projet se concentre sur la prolongation de la ligne de transports publics «Littorail», un projet envisagé à l’horizon 2030…

Cette infrastructure peut devenir à notre sens l’épine dorsale d’une revitalisation durable du centre-ville. L’idée est de profiter des arrêts de ce nouveau tram pour construire un espace public de qualité autour d’eux, de profiter, par exemple, de relier la place Pury au lac en surface, et non plus en souterrain. Investir dans ce nouveau mode de transport permettrait de développer également deux nouvelles polarités, respectivement au Quai Philippe Godet et à la Rue de la Pierre-à-Mazel, avec des logements innovants, des espaces à vocation tertiaire et des activités culturelles.

Quelles mesures complémentaires devraient selon vous accompagner la mise en œuvre du tram?
Il faut profiter de la réalisation d’une telle infrastructure pour réparer les ruptures de mobilité douce qui rendent actuellement le centre de Neuchâtel moins attractif et veiller à augmenter le nombre de logements au centre-ville. Construire des parkings-relais en bordure de ville et aménager certaines zones à 30 km/h proches du tram permettront de faciliter la cohabitation des différents usagers et de rendre les différents types de déplacements plus fluides. Nous parlons dans notre démarche d’«intensités urbaines» plutôt que de densité, qui recouvre souvent des notions purement quantitatives. Cette étude vise ainsi à augmenter non seulement la densité de la ville mais aussi sa qualité de vie et à faciliter les rencontres, les usages et les échanges dans les meilleures conditions possibles. Cette approche est évidemment applicable à d’autres villes de cette taille en Europe.

Référence
INTENSITES URBAINES, Une vision prospective pour le centre-ville de Neuchâtel,
préface de Thierry Oppikofer, Président fédéral de Cobaty, Lausanne: EPFL, Laboratoire d'architecture et technologies durables, 2017, 78 pages.
L’ouvrage peut être obtenu en s’adressant à Cobaty: info@cobaty-ne.ch

Auteur:Sandrine PerroudSource:Mediacom
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