Un médicament prometteur pour un type invasif de cancer du sein

Modèle préclinique en laboratoire du sous-type histologique le plus courant du cancer du sein. 2026 EPFL/George Sflomos CC-BY-SA 4.0
Une équipe de l'EPFL a développé des modèles précliniques pour le carcinome lobulaire invasif et testé un nouveau médicament. Celui-ci ralentit efficacement la croissance tumorale en ciblant des caractéristiques spécifiques de la maladie et ouvre la voie à des essais cliniques.
Le cancer du sein n'est pas une maladie homogène. Certains types de carcinomes ne forment pas de masses distinctes, mais se propagent sous forme de filaments, ce qui les rend difficiles à détecter. C'est le cas des carcinomes lobulaires invasifs (CLI), où les cellules cancéreuses se détachent les unes des autres et se développent en fines bandes diffuses. Ils représentent 10 à 15% des cancers du sein.
Comme les essais cliniques s'appuient sur la mesure de la taille de la tumeur pour juger de l'efficacité d'un traitement, ces tumeurs ne sont souvent pas prises en compte. Du coup, la plupart des patientes atteintes d'un carcinome lobulaire reçoivent des traitements développés pour d'autres types de cancer du sein. Et il n'existe aucun traitement spécifiquement adapté à la biologie unique des CLI.
« L'une des principales raisons est que les carcinomes lobulaires invasifs ont été peu représentés dans les essais cliniques. En outre, les scientifiques ne disposaient pas de bons modèles de laboratoire reproduisant fidèlement le comportement de ce cancer chez les patientes », explique la professeur Cathrin Brisken de l'Institut suisse de recherche expérimentale sur le cancer de l'EPFL et de l'Institut de recherche sur le cancer au Royaume-Uni.
Sous sa direction, une équipe internationale a développé et testé un nouveau médicament prometteur spécialement destiné au carcinome lobulaire. Appelé PXS-5505, il est déjà en cours d'évaluation et s'est révélé bien toléré dans les essais cliniques de phase précoce pour une autre maladie, la myélofibrose. Son innocuité étant en cours de validation, cela pourrait accélérer son passage à des essais cliniques sur le CLI.
Des modèles plus réalistes
« Nous avons résolu une partie du problème en créant de nouveaux modèles plus réalistes du carcinome lobulaire grâce à une technique qui consiste à cultiver des cellules cancéreuses humaines dans les canaux galactophores de souris, appelée xénogreffes intraductales », explique-t-elle.
Ces modèles reproduisent mieux la façon dont le cancer se développe et se propage chez les patientes, notamment le statut des récepteurs hormonaux et le comportement métastatique. « Nos nouveaux modèles permettent aux chercheuses et chercheurs d'étudier les cellules cancéreuses et de tester des traitements dans des conditions qui ressemblent étroitement à la maladie humaine », précise Cathrin Brisken.
L'étude est publiée dans Cancer Research.
À l'aide de leurs modèles avancés, les scientifiques ont testé les effets du médicament sur le CLI. Le produit agit en bloquant certaines enzymes qui jouent un rôle essentiel dans la formation et le maintien des tissus conjonctifs de l'organisme. Les cancers lobulaires les utilisent pour réticuler le collagène, un composant structurel majeur des tissus, et modifier la rigidité de ceux-ci.
Dans plusieurs modèles de xénogreffes, le médicament a ralenti la croissance tumorale ou réduit la propagation des cellules cancéreuses vers les poumons. Il a modifié la structure du collagène et les cellules cancéreuses ont perdu des signaux de croissance essentiels provenant de leur environnement.

Une vulnérabilité exploitable
L'équipe a également identifié des changements mesurables dans la structure du collagène et l'activité des gènes qui pourraient être utilisés pour vérifier l'efficacité du médicament dans le cadre d'études cliniques préopératoires de courte durée (window trials).
« Notre étude identifie une faiblesse exploitable de ce type de cancer : sa dépendance à un environnement riche en collagène, résume Cathrin Brisken. Le médicament montre un potentiel pour arrêter la croissance tumorale et prévenir les métastases dans des modèles précliniques réalistes. »
Elle ajoute : « Ces travaux fournissent des biomarqueurs potentiels que les cliniciennes et cliniciens peuvent mesurer chez les patientes pour voir si le médicament est efficace. Plus important encore, ils ouvrent la voie à la première stratégie thérapeutique rationnellement conçue et fondée sur la biologie, spécifiquement pour le carcinome lobulaire. »
Autres contributeurs
- Institut de recherche sur le cancer
- Tempus AI
- Centre de compétences en bio-informatique de l'EPFL
- Université de Lausanne
- Institut Francis Crick
- Université de Brighton
- AstraZeneca
- Hôpital Royal Marsden
- Centre hospitalier universitaire vaudois CHUV
- Institut international de prévention du cancer (ICPI)
- Syntara (anciennement Pharmaxis)
Breast Cancer Now Toby Robins Research Centre
The Institute of Cancer Research
Barts Charity
Worldwide Cancer Research
UK Research and Innovation (UKRI)
China Scholarship Council program
Renée L. Flaherty, Flavia Hughes, George Sflomos, Carlos Ronchi, Harriet Kemp, Theo Roumeliotis, Anya A. Nicholas, Giovanna Ambrosini, Amelie Ziehme, Sarah Becker, William W. Yang, Yueyun Zhang, Hazel M. Quinn, Laura Battista, Harveena Padda, Solene Pezot, Samuel Jouny, Yanbo Liu, Rachel Brough, Rebecca Marlow, Marjan Iravani, Alicia Okines, Nicholas C. Turner, Athina Stavrodimou, Khalil Zaman, Maryse Fiche, Beatrice A. Howard, Jyoti S. Choudhary, Victoria Sanz-Moreno, Clare M. Isacke, Lara Perryman, Wolfgang Jarolimek, Syed Haider, Christopher J. Lord, Cathrin Brisken. LOX inhibition disrupts a collagen-integrin–MYC axis as a translatable targeting strategy in invasive lobular carcinoma. Cancer Research, 18 février 2026. DOI: 10.1158/0008-5472.CAN-25-3490