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05.07.13 - Grâce à une analyse très fine de la structure de la musique, le programme Genezik, inventé par des chercheurs du Laboratoire de traitement des signaux (LTS2) de l’EPFL, offre une manière inédite de faire des playlists et de redécouvrir ses morceaux oubliés. C’est l’une des inventions que l’Ecole présente dans le cadre du Montreux Jazz Festival.

Avec plusieurs milliers de titres téléchargés au fil des ans, une bibliothèque musicale numérique peut facilement ressembler à une jungle. A tel point que l’on finit souvent, par confort, par écouter toujours les mêmes playlists éprouvées. Genezik, un logiciel inventé par des chercheurs du Laboratoire de traitement des signaux (LTS2) de l’EPFL, propose d’en être le guide, d’explorer de nouvelles pistes et ainsi redécouvrir sa propre musique et ses morceaux oubliés d’une oreille différente. C’est l’une des inventions de l’EPFL actuellement présentées dans le cadre du Montreux Jazz. Le grand public peut la tester dans le «Chalet d’en bas» directement sur 15'000 morceaux déjà numérisés issus des archives du festival.

Ce qui fait toute l’originalité de ce programme, c’est avant tout la possibilité de créer des chemins musicaux. Il détermine quels morceaux mis bout à bout feront par exemple passer l’auditeur, tout en douceur, d’un bon vieux Aretha Franklin à un Daft Punk, ou même d’une pièce de Mozart au groupe Metallica. Si on choisit un seul titre, il créera un parcours cohérent parmi ceux dont les propriétés auront été déterminées comme similaires sur une base scientifique.

Extraire le goût musical de l’utilisateur

«Pour cataloguer la musique, la plupart des programmes proposés aujourd’hui se basent sur les tags ou avis des utilisateurs, relève Kirell Benzi, inventeur de Genezik avec son collègue Florian Carrere. Or, un groupe comme Led Zepplin, par exemple, est généralement classé dans le hard-rock, mais certaines de leurs chansons, notamment «D’yer Maker», sont beaucoup plus proches de Bob Marley! Notre programme pourra facilement l’identifier comme tel».

Car le secret de Genezik, c’est de conjuguer pour chaque utilisateur une analyse informatique très fine du signal musical et son «ADN» musical. Pour chaque chanson, le logiciel décortique des données telles que la structure rythmique, le timbre, la progression harmonique, les notes, leurs enchaînements, les espaces entre elles, les dysharmonies, etc. La «théorie des graphes» permet naturellement de représenter chaque chanson comme un noeud. Tous les noeuds sont regroupés et reliés selon leurs similarités, formant des nuages «rock», «pop», «jazz» plus ou moins proches les uns des autres. L’ ADN musical est progressivement déchiffré en utilisant des algorithmes d’apprentissage automatiques sur les habitudes d’écoutes de chacun.

Graphes en réseau

Afin d’intégrer la dimension humaine de l’écoute, le logiciel enregistre les indications de l’auditeur, qui peut à tout moment dire s’il aime ou n’aime pas une transition entre deux chansons. Le système va tenir compte de ces informations dans ses propositions suivantes et ainsi progressivement s’affiner et se personnaliser. Sans oublier une dimension sociale: les graphes de différents utilisateurs peuvent également être reliés les uns aux autres, former un réseau et s’adresser mutuellement des recommandations de morceaux à découvrir.

Dans les prochains mois, les inventeurs de Genezik comptent monter une start-up et lancer une application pour mobiles et tablettes. Ils ont également le projet de développer le système afin de pouvoir proposer des playlists adaptées à une activité spécifique, comme le sport, les moments de détente ou le travail.

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