Un flipper de couleurs

© Francesco Pennacchio

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Ni chaud ni froid, le violet est une couleur fuyante, difficile, compliquée, peu aimée. D’ailleurs, seuls 3% des Européens la préfèrent aux autres et 10% la détestent carrément. Située au-delà du bleu dans l’arc-en-ciel, elle est reléguée à la marge du spectre visible, juste avant l’ultraviolet. Celui-là est encore plus retors, puisqu’il ne se laisse pas voir.

Pour des raisons physiques, fabriquer de la lumière bleue – et a fortiori ultraviolette – est beaucoup plus difficile que le rouge et le vert. Les inventeurs des LED bleues ont d’ailleurs reçu le Prix Nobel de physique en 2014, ouvrant la voie aux LED blanches qui ont bouleversé l’industrie de l’éclairage économique.

«Il faut recourir à des astuces pour fabriquer des UV», confirme Malte Oppermann, postdoctorant au Laboratoire de spectroscopie ultrarapide. Leur secret? Le double convertisseur de fréquences lumineuses. «Nous faisons entrer un faisceau de lumière visible (vert, jaune, rouge) qui arrive sur un cristal, au centre, et qui modifie la fréquence de la lumière. Ensuite, le faisceau atteint un prisme (à gauche) qui a pour effet de séparer les couleurs de la lumière et d’isoler des faisceaux ultraviolets», explique Malte Oppermann. Pour photographier ces photons invisibles, son collègue Francesco Pennacchio a aussi fait appel à des trucs: de très longs temps de pause et l’usage de papiers blancs pour révéler les faisceaux.

Pourquoi construire ce flipper de couleurs qui produit ces UV mal aimés, responsables notamment des coups de soleil? Précisément parce qu’ils interagissent avec les molécules biologiques. A l’instar de la photosynthèse qui convertit la lumière en énergie chez les plantes, nos protéines, cellules, ADN absorbent la lumière du spectre de l’ultraviolet et la dissipent sous forme de chaleur. Mais est-ce bien tout? Cette réaction chimique affecte-t-elle aussi l’ADN? Si oui, comment? «Nous essayons de comprendre la chimie et la biologie du point de vue de physiciens. De mesurer ce qui se passe localement au niveau des molécules pour le traduire en un mécanisme utilisable pour comprendre des effets plus globaux», résume le postdoctorant. Une étape fondamentale qui pourrait éclairer les chercheurs sur le cycle d’absorption des UV dans les tissus et molécules biologiques, comme dans les cellules solaires. De quoi rendre le violet plus aimable.