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30.04.14 - Les tweets peuvent-ils fournir des informations statistiques là où manquent les chiffres officiels? Des chercheurs explorent le potentiel du service de messagerie pour tirer le portrait des villes africaines, avec Nairobi comme première étude de cas.

Demandez aux autorités combien d’habitants vivent à Lausanne, Tokyo ou San Francisco. Elles articuleront un chiffre relativement précis. Mais à Kinshasa ou à Dar es Salaam, la même question risque bien de rester sans réponse. Dans de nombreux pays africains les statistiques sont en effet opaques, surtout dans les régions les moins développées du continent. On y manque d’informations quantitatives sur des sujets aussi cruciaux que l’activité économique ou la population. Dans le cadre de l’initiative Afrotech, des chercheurs de l’EPFL et de l’IDIAP se sont tournés vers Twitter. Puissant et gratuit, le service de messagerie en ligne pourrait contribuer à combler ces lacunes.

Pour une première étude de cas, les chercheurs se sont penchés sur Nairobi, la capitale du Kenya. Cette ville compte une population hétéroclite d’à peine plus de 3 millions d’habitants. Les chercheurs comptent donner un sens aux données générées par les utilisateurs de Twitter. «Considéré individuellement, chaque tweet peut ne contenir que des trivialités, mais l’analyse de tous ces textes compilés peut faire surgir des informations intéressantes », explique Darshan Santani, doctorant à l'EPFL et à l’IDIAP, qui a mis sur pied un site qui géolocalise les tweets de Nairobi.


À l’écran, les messages collectés sur une période de plus de trois mois sont notifiés sous forme de points, le long des routes principales qui mènent au centre de la capitale kenyane. Des nuages de mots répertorient les termes les plus usités en différents endroits de la carte, montrant comment l’utilisation des médias sociaux varie au sein même de la ville. Car avant d’obtenir des données valides, les tweets doivent être analysés selon le contexte géographique et sociologique.

Le site internet propose une douzaine d’observations et d’interprétations de données basées sur le contenu des messages. Ainsi, on y lit que «le fait de tweeter n’est pas synonyme de productivité». En d’autres termes, tweets et activité économique ne vont pas de pair. En effet, il y a davantage de messages qui partent des clubs de golf et des cafés luxueux que des zones industrielles. « Qui dit tweet dit argent » assène une deuxième observation, relevant l’un des défis majeurs qui attendent les experts: les tweets ne sont pas représentatifs de l’entier de la population, car ils sont principalement envoyés par la classe moyenne et supérieure. Ainsi, les messages émanant des bidonvilles sont le plus souvent rédigés par des travailleurs humanitaires.

Pour chaque nouvelle ville étudiée, les scientifiques créeront des partenariats avec les universités locales, qui les aideront à interpréter correctement ces données. Une collaboration avec IBM Afrique est prévue cette été à Nairobi. « Nous mettons sur pied le groupe MIRROR, un consortium de laboratoires intéressés à analyser de larges ensembles de données africains, explique Jonathan Ledgard, coordinateur d’Afrotech. Notre but est de réunir tous ceux dont le travail profiterait de l’accès à ces informations et d'autre sources de données, par exemple pour mieux cerner la propagation des maladies infectieuses ou l’évolution des confins urbains.»

Les objectifs à long terme du projet vont au-delà du simple aspect urbain. « L’Afrique va produire plus de données ces prochaines années que dans toute son histoire documentée», ajoute Jonathan Ledgard. Un tel bouleversement pourrait transformer en profondeur le continent, pour autant que l’on dispose des méthodes à même d’exploiter efficacement ces données et de suivre le rythme croissant de leur production. En proposant un accès à ces informations et en développant les méthodologies nécessaires pour les analyser, les chercheurs qui travaillent au sein de MIRROR vont contribuer à tirer le maximum de cette mutation historique.

Auteur:Jan OverneySource:Mediacom
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