Tuberculose – l'EPFL crée une fondation pour lancer son antibiotique

NIAID Creative Commons

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L’EPFL crée une fondation pour lancer un antituberculeux mis au point dans ses laboratoires dans le cadre d’un projet européen. Une démarche originale. En effet la maladie, qui tue encore plus de 1,5 millions de personnes par année, n’est pas rentable pour l’industrie pharmaceutique.

Des chercheurs de l’EPFL et de l’Institut Bach à Moscou ont découvert un nouveau traitement extrêmement prometteur contre la tuberculose, et plus particulièrement contre les formes multi-résistantes, en progression notamment dans l’Est de l’Europe. La molécule, qui répond au nom de «PBTZ169», s’est montrée très efficace contre la bactérie. Les chercheurs ont pu démontrer dans la revue EMBO Molecular medicine qu’associée à d’autres médicaments, elle pourrait venir à bout des souches les plus coriaces. C’est dans la foulée de ce projet européen FP7 que les scientifiques ont créé la fondation IM4TB sur le campus. Soutenue par l’EPFL, cette nouvelle structure a pour objectif d’assurer la mise sur le marché du nouveau traitement. Une démarche peu commune. En effet, le circuit traditionnel de transfert de technologie via l’industrie pharmaceutique ne convient pas à la tuberculose – les coûts de développement sont trop élevés, et les pays concernés ont souvent à peine les moyens de maintenir leur système de santé.

Avec sa fondation IM4TB, l’EPFL compte prendre le relais, là où le modèle industriel montre ses limites. «Le développement des antibiotiques coûte toujours plus cher et les pays les plus concernés par la tuberculose sont encore émergents, déplore Benoit Lechartier, co-auteur de l’étude sur le PBTZ169. La récente fermeture du centre de recherche indien d’AstraZeneca montre bien qu’il est toujours plus difficile pour l’industrie pharmaceutique d’investir dans les maladies infectieuses.»

Des essais sur l’humain en 2015
Située sur le campus, la fondation IM4TB compte procéder, dans une année déjà, à des essais de phase I sur l’humain, en collaboration avec la Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV).

Le PBTZ169 s’est avéré extrêmement prometteur. Il s’attaque au point fort de la bactérie, à savoir sa paroi cireuse, véritable blindage contre les assauts des antibiotiques et du système immunitaire. «Notre molécule fait littéralement éclater la bactérie», explique Stewart Cole, directeur de l’étude et chef de l’Institut d’Infectiologie de l’EPFL.

Une arme redoutable et bon marché contre les souches résistantes
Les chercheurs ont pu démontrer que le PBTZ169 était extrêmement efficace en trithérapie, c’est à dire en combinaison avec un traitement standard, la pyrazinamide, ainsi qu’avec un médicament plus récent, la bédaquiline, que l’Union européenne et la FDA américaine ont déjà approuvé pour les cas de multirésistance aux antibiotiques. Une stratégie qui pourrait s’avérer la bonne, selon Stewart Cole: «ces molécules s’attaquent à des cibles différentes chez la bactérie. En les associant, nous réduisons drastiquement le risque qu’elle ne mute vers des formes résistantes».

Le PBTZ169 présente de nombreux avantages. Ses coûts de production seront faibles, dans la mesure où il est relativement simple de le synthétiser en laboratoire. Les premiers tests ont montré une bonne compatibilité avec les autres traitements antituberculeux et il est attendu qu’il soit aussi compatible avec les antirétroviraux contre le VIH – les personnes séropositives sont en effet particulièrement vulnérables face au bacille de la tuberculose, et les cas d’infections croisées sont en augmentation.

Cette molécule est l’aboutissement de nombreuses années de recherche. Les premières versions étaient redoutables en laboratoire, où elles décimaient les bactéries de culture, mais l’efficacité chez l’animal était limitée. Les nouvelles technologies comme la biologie structurale ont permis de redessiner la molécule, de sorte qu’elle soit rapidement absorbée. «Nous avons ainsi pu "améliorer la pharmacodynamique", explique Stewart Cole. La tuberculose est souvent considérée à tort comme une maladie du passé, mais pour en venir à bout, nous avons besoin des technologies du 21ème siècle.»

Plus de 1,5 millions de morts par année
La tuberculose tue encore plus de 1,5 millions de personnes par année. Sa prévalence est limitée en Europe mais certains pays, notamment l’Ukraine, connaissent une recrudescence de malades affectés par des souches multirésistantes. L’UE mène un programme visant à l’élimination de la maladie. Par ailleurs, les recherches menées à l’EPFL pour développer le PBTZ169 ont bénéficié du financement du septième programme-cadre de la Commission européenne, dans le cadre d’une collaboration internationale.


Author: Lionel Pousaz
Source: EPFL