«On circule dans une ville et on se retrouve avec un modèle 3D!»

© DHLAB / EPFL

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Albane Descombes, jeune membre du Laboratoire d’humanités digitales (DHLAB) de l’EPFL, possède une expérience en recherche solide et peu commune, et a contribué à la mise en œuvre finale d’un projet de quatre ans en numérisation urbaine, le ScanVan.


Albane Descombes a commencé son parcours universitaire à l’EPFL avec une licence de génie civil avant de poursuivre avec un master en humanités digitales en 2017 dans le cadre de la toute première cohorte pour ce nouveau programme. «Je pensais que c’était parfait pour moi car j’aime beaucoup la programmation, que j’ai découverte à l’EPFL, et j’aimais aussi les sciences humaines. J’apprécie la peinture et l’histoire de l’art.» Après avoir rejoint le DHLAB, elle est devenue spécialiste de modélisation 3D et de photogrammétrie dans le cadre d’un projet en collaboration avec le musée du Louvre. Elle était principalement chargée d’évaluer les différents sites à balayer, de planifier l’itinéraire, d’effectuer les balayages et d’adapter des algorithmes existants pour traiter les données. «Dans le projet ScanVan, je faisais tout cela, mais ce qui était surtout différent par rapport à ma précédente expérience c’est que pour la première fois nous le faisions avec une voiture. En voiture, nous allons plus vite et nous prenons beaucoup plus d’images, mais nous sommes aussi plus gênés par l’animation dans les rues et la météo.» Le ScanVan est surmonté d’une caméra omnidirectionnelle qui produit des images sphériques à intervalles réguliers lorsque le véhicule circule dans l’environnement urbain. 

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Albane fixe la caméra sur le toit de la voiture avec son collègue Didier Dupertuis (qui est également le développeur web du projet), avant de partir pour une tournée de numérisation.

La première tâche d’Albane Descombes lorsqu’elle a rejoint le projet ScanVan début 2020 a été de faire l’acquisition d’une voiture. Elle s’est rendue chez des concessionnaires automobiles autour de Lausanne et a arrêté son choix sur la Fiat 500, pour sa taille compacte et sa manœuvrabilité. La voiture a ensuite été équipée pour devenir le ScanVan à l’Institut de recherche en systèmes industriels de la HES-SO Valais/Wallis. Avec d’autres membres du projet du DHLAB, Albane Descombes s’est rendue à Sion où une équipe dirigée par Pierre-André Mudry a installé la caméra omnidirectionnelle qu’elle a construite pour le projet. 

Après la pose, la tâche finale consistait à produire un modèle 3D géolocalisée monolithique de la ville de Sion afin de tester le ScanVan. Albane Descombes s’est préparée en développant un programme capable de planifier l’itinéraire du ScanVan dans Sion. Cette tâche était complexe car chaque rue (y compris celles à sens unique) est, idéalement, visitée une seule fois par le ScanVan suivant un trajet en boucle fermée. Albane Descombes et une équipe de collègues se sont relayés pour conduire le ScanVan dans Sion jusqu’à la fin de l’itinéraire complet. Elle se rappelle:

J’aimais à la fois être sur site et travailler sur la partie technique…c’était vraiment sympa de conduire toute la journée et de prendre des photos avec mon collègue, mais je ne le ferais pas tous les jours. Un jour c’est suffisant. En même temps, rester au labo devant l’écran toute la journée peut être gratifiant mais parfois assez aliénant. Alors c’est un soulagement de pouvoir passer de l’un à l’autre…j’aime aussi faire les deux car c’est fascinant, on circule dans une ville et on se retrouve avec un modèle 3D !

Après avoir terminé le balayage de Sion, Albane Descombes a veillé à la conformité des données avec les réglementations relatives à la confidentialité. Avec un collège de l’EPFL, elle a collaboré avec l’ITSL (Center for Information Technology, Society, and Law) de l’Université de Zurich où deux étudiants en droit ont indiqué les exigences à respecter en matière de confidentialité avant de publier les données du ScanVan. Sous la direction de Florent Thouvenin, l’équipe de Zurich a recommandé une stratégie «privacy by design» (protection de la vie privée dès la conception), qui utilise des processus algorithmiques automatiques pour flouter les données identifiables (comme les visages ou les plaques d’immatriculation des véhicules). De retour au DHLAB, Albane Descombes devait s’occuper de la mise en œuvre pratique de l’approche «privacy by design»: «Cela impliquait d’entraîner un modèle de segmentation d’image à reconnaître tous les visages et les plaques d’immatriculation, puis d’exécuter le modèle sur toutes les images pour flouter le contenu privé.»

En réfléchissant au ScanVan dans son parcours professionnel et intellectuel sur le long terme, Albane Descombes confie: «Je suis maintenant assez spécialisée en photogrammétrie, ce qui n’est pas un travail commun, mais je l’aime vraiment et j’espère continuer à travailler dans ce domaine.» Elle fait remarquer que les conditions pandémiques ont mis en évidence le vaste potentiel à venir de la photogrammétrie et de la modélisation 3D pour les jeux vidéo, la réalité virtuelle et le streaming 3D: «Maintenant qu’on est tous à la maison, on souhaite découvrir les lieux inaccessibles dans le monde.» Pour le moment, Albane Descombes profite de cette opportunité pour explorer ce domaine émergent par le biais de son travail au DHLAB avant de décider de la voie qu’elle choisira par la suite. 

Lire un article général sur le projet ScanVan.

Author: Madeleine Dungy
Source: People