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Mario Botta: «J'aimerais construire un monastère»

Mario Botta. ©Alain Herzog/EPFL

Mario Botta. ©Alain Herzog/EPFL

De l’avènement de la modernité au post-modernisme, l’architecte tessinois a vécu une profonde métamorphose de son métier en 50 ans de carrière. Co-fondateur de l’Académie d’architecture de Mendrisio, il en défend la particularité.


A 75 ans, Mario Botta a déployé son architecture aux quatre coins du monde. De Tokyo à San Francisco, d’Evry à Bâle et de Pékin à New Delhi, en passant, bien sûr, par son Tessin natal. Il a étudié l’architecture à Venise à la fin des années 1960 et, comme beaucoup d’architectes de sa génération, s’est ensuite fait un nom en construisant des villas familiales. Invité par les Archives de la construction moderne et Archizoom, dans le cadre de l’exposition «Habiter la modernité : villas de style internationales sur la Riviera vaudoise», l’architecte a donné une conférence à l’EPFL en novembre. Interview.

Vous défendiez dans vos premières réalisations l’idée qu’une maison est un abri, qu’elle devait être comme le «ventre d’une mère». Est-il encore raisonnable aujourd’hui de construire des villas en Suisse ?

L’utilisation du terrain ne peut plus être celle du passé et ne permet évidemment plus la construction de villas comme nous l’avons faite. Les changements de manière de vivre sont réels et les valeurs collectives dans la gestion du territoire sont importantes. Mais l’expression «je rentre à la maison» a gardé tout son sens. Nous avons tous besoin d’un abri ultime, d’un lieu qui nous permette de retrouver la paix tout en restant inscrits dans une collectivité. L’habitat reste un ventre maternel qui doit nous ressourcer et nous aider à affronter la bataille du lendemain. Le défi de l’architecte est de trouver comment créer un espace qui remplisse cette mission et donne de la joie de vivre malgré les contraintes de construction que nous avons aujourd’hui.

Vous avez cofondé l’Académie d’architecture de Mendrisio en 1996 et en avez été le doyen de 2002 à 2003 et de 2011 à 2013. Quelle est la particularité de cette école ?

Nous avons nommé cette filière «Académie» pour la distinguer des écoles polytechniques. Nous pensons que l’architecte doit avoir une plus grande connaissance des sciences humaines que des sciences techniques pour affronter la complexité de notre société et la rapidité de la transformation du territoire. Pour nous, les sciences humaines doivent être au centre, comme durant la Renaissance italienne. L’architecte devient celui qui pose les problèmes plutôt que celui qui donne des solutions, car on apprend à donner des solutions plus tard, lorsque l’on travaille. Et selon nous, c’est le rôle de l’école d’apprendre aux étudiants à poser des problèmes.

Quels conseils donnez-vous aux étudiants en architecture ?

L’architecte a besoin de temps et d’expérimentation pour se perfectionner. Il ne faut donc pas être pressé. Je leur répète généralement ce que mon mentor Louis Kahn m’avait dit à la fin de mes propres études d’architecture : «Pour devenir un bon architecte, je n’ai que trois conseils à te donner : travailler, travailler et travailler». C’est le conseil le plus sûr que je puisse leur donner !

Peut-on dire qu’il y a une architecture suisse, avec des critères reconnaissables, au même titre qu’il y a une architecture française ou américaine ?

Les processus de construction sont plus complexes qu’ailleurs, en raison de nos vingt-six cantons. Mais toutes les réalisations tendent vers le même objectif : bâtir bien et pour longtemps. C’est une valeur importante en Suisse.

Vous citez régulièrement votre premier bâtiment religieux, l’église San Giovanni Battista de Mogno, au Tessin, comme votre ouvrage préféré…

Oui, elle est mon premier amour ! J’ai découvert la force primordiale du fait architectural et les éléments fondamentaux de mon métier à l’intérieur de ce lieu de culte. J’y ai découvert en réalité des valeurs profanes : par exemple, l’importance de la gravité, de la lumière et du seuil qui sépare l’intérieur de l’extérieur. Construire une église m’a permis de comprendre tout cela.

Vous avez réalisé durant votre carrière un catalogue de constructions dont tout architecte peut rêver. Vous reste-t-il encore un rêve à réaliser ?

J’aimerais construire un monastère. Un monastère, c’est la ville idéale où chaque élément du bâti est un élément de réponse aux besoins de spiritualité de l’homme. L’utilisateur est là par choix de vie, il doit donc y retrouver la beauté, la nature, le paysage, l’invitation à l’introspection et à l’étude. Comme la ville, le monastère est composé d’endroits de service et de lieux de loisirs. On y trouve la marginalité de la campagne et la centralité du lieu de travail. Mais il me manque la matière première : les moines !

Lire l'intégralité de l'interview dans EPFL Magazine


Source: Mediacom
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